En début de semaine dernière, partir le 29 novembre n’était qu’une probabilité de 20 %, qui est ensuite passée à 25 %. Plusieurs autres fenêtres météo s’étaient ouvertes et refermées, donc nous étions un peu toutes relax en nous disant quand même : “Tenons-nous prêtes”. Et puis soudain, on est passé à une probabilité de départ de 50 % puis de 75 %, et jeudi, nous savions que nous la décision allait être prise, ce qui a été confirmé quand nous avons ensuite fait le briefing météo avec Christian [Dumard, le routeur à terre, NDLR].Qu’est-ce qui a été décisif ?
Il y avait deux sujets qui nous faisaient hésiter, d’abord l’état de la mer, qui était assez horrible pour le départ, et le risque de se faire attraper par une dorsale au cap Finisterre. En fait, il s’est avéré que la mer n’était pas si terrible, alors nous nous sommes dit : “Allons-y et essayons !” Sachant que le cap Finisterre était l’élément clé. Finalement, nous avons réussi à descendre le long de la côte portugaise sans nous faire attraper, la situation s’est ouverte devant nous, donc on a continué à avancer.
Vous tournez à une moyenne d’environ 500 milles par jour, es-tu satisfaite ?
Nous avons même fait une journée à 600 milles [620, NDLR], ce qui était d’ailleurs un peu frustrant, parce qu’elle aurait dû être plus rapide, mais nous avons dû ralentir pour différentes raisons, nous savons donc qu’il y a définitivement plus de potentiel. Mais pour l’instant, c’est bien, j’ai l’impression que nous avons eu besoin de cet Atlantique Nord pour nous installer et prendre nos marques, ce qui est compréhensible. Nous avons eu une journée de ralentissement super frustrante pour traverser une dorsale, nous y sommes restées plus longtemps que nécessaire, mais finalement, c’était un bon moment car je crois que l’émotion du départ a surpris quelques-unes d’entre nous, c’était plus émouvant que je ne l’avais imaginé. Donc à ce moment-là, les filles étaient fatiguées et n’avaient pas vraiment mangé ni dormi, ce passage a permis à tout le monde de reprendre le dessus. Et de peaufiner quelques réglages, en particulier de pilote automatique, de sorte que nous sommes tous devenues un peu plus confiantes et compétentes dans ce que nous faisons.
“Ce serait génial d’avoir un Atlantique Sud
comme sur le Vendée”
Oui, il tient ses promesses. C’est étonnant de voir à quelle vitesse on s’habitue à aller partout entre 25 et 30 nœuds. Et quand ce n’est pas le cas, on se sent super lent ! Mais ce qui est drôle à voir, c’est la résilience mentale qu’il faut avoir quand on voit les milles que l’on perd par rapport au rythme d’Idec Sport [alors mené par Francis Joyon] lors de son record [40 jours 23 heures et 30 minutes, en janvier 2017, NDLR], on sait aussi que ça peut revenir tout aussi facilement. Nous avons par exemple eu 800 milles de retard et vendredi, nous n’en avions plus que 400.Cela veut dire que vous surveillez le rythme du record tout le temps ?
C’est difficile de ne pas le faire ! Quand nous avons vu qu’il avait ralenti dans le Pot-au-noir, nous nous sommes dit : “C’est notre moment !” En revanche, nous avons encore probablement 300 milles à parcourir pour sortir du Pot-au-noir, tout le monde est concentré pour continuer à bien avancer tant que nous avons encore de la vitesse.
Comment se présente l’Atlantique Sud en général ?
Il y a quelques jours, cela semblait vraiment misérable, un peu en mode cabotage le long du Brésil, mais ça change et là, ça a l’air très fluide et dynamique. Nous ne sommes pas obligées d’aller très à l’ouest pour traverser le Pot-au-noir, ce qui veut dire que nous devrions avoir un bon angle une fois sorties. Maintenant, nous sommes occupées à regarder ce qui sort du Brésil, ce serait génial d’avoir une situation comme ils ont eu lors de la dernière édition du Vendée Globe [les dix premiers, NDLR] pour couper la route dans l’Atlantique Sud.
“C’est plus relaxant pour Alexia”
Mon Dieu, oui ! C’est plus relaxant pour elle car elle n’a pas à gérer tout le stress, les appels téléphoniques, les e-mails, les partenaires, le financement, et la gestion globale du projet. Maintenant, Alexia peut simplement faire ce qu’elle voulait faire quand elle a imaginé ce projet. C’est aussi l’occasion pour elle de se rappeler qu’elle n’est pas en solitaire, qu’elle n’a plus à tout faire elle-même et qu’elle peut compter sur l’équipe. C’est vraiment agréable de la voir se dire : “Oh ! Nous sommes toutes en train de faire ça !” C’est génial.Une partie de la bonne ambiance à bord est-elle due au fait que c’est un projet entièrement féminin et que vous n’êtes pas en course ?
Honnêtement, je ne sais pas si le genre fait une différence. Mon expérience me fait dire que c’est l’atmosphère que tu crées en tant que leader qui est vraiment importante. Alexia et moi sommes très similaires et sur la même longueur d’onde à ce sujet. Nous avons essayé de créer un environnement où chacune a un domaine de responsabilité, tout en sachant qu’elle peut demander de l’aide. Grâce à cela, tout le monde est très collaboratif, je pense que cela a été une véritable force et a permis aux dernières recrues de l’équipe de se mettre rapidement à niveau.
Photo : Robin Christol