Quentin Delapierre

SailGP Team France veut voir plus haut en 2026

Quatrième de la saison 3, septième de la saison 4 et cinquième en 2025, l’équipe de France de SailGP veut franchir un cap en 2026, avec pour objectif d’atteindre enfin la grande finale. Pour cela, des changements ont eu lieu lors de l’intersaison, avec notamment l’arrivée d’un nouveau team manager, Philippe Presti, et un équipage modifié. Sailorz fait le point à une semaine du coup d’envoi de la nouvelle saison, à Perth (17-18 janvier).

Présente sur le circuit SailGP depuis ses débuts, en 2019, l’équipe de France veut enfin briser le plafond de verre qui l’empêche jusqu’ici de se qualifier pour la finale, qui, chaque année à l’issue du dernier Grand prix, réunit sur une manche unique les trois premiers au général, avec un beau chèque de 2 millions de dollars pour le vainqueur. Chèque encaissé fin 2025 par les Britanniques d’Emirates GBR, qui ont succédé au palmarès à l’Espagne et à l’Australie, victorieuse des trois premières saisons.

Depuis que Quentin Delapierre a succédé à l’automne 2021 à Billy Besson en tant que pilote du F50 tricolore, les Bleus ont engrangé dix podiums, dont trois victoires (Cadix et Sydney en 2022/2023, Sassnitz en 2025), mais leur manque de régularité ne leur a jusqu’ici pas permis de viser plus haut, ce que concède le skipper français : “L’an dernier, on dispute dix Grand Prix sur douze [le bateau français n’était pas prêt pour les deux premiers, NDLR], on va quatre fois en finale, mais à côté, on casse l’aile et on finit 10e à Portsmouth et on passe à travers à Genève, Saint-Tropez et Cadix. On a certes eu des aléas, mais on n’a pas été capables de retourner les choses en notre faveur, à nous de régler ça et de sortir très rarement du top 5 tout en continuant à gagner des Grands Prix.”

C’est dans cette optique qu’a été recruté fin 2025 au poste de team manager l’expérimenté Philippe Presti, l’un des coachs les plus réputés au monde (écouter l’épisode d’Into The Wind qui lui est consacré), à la fois sur SailGP (équipes australienne, américaine, italienne…) et sur la Coupe de l’America (BMW Oracle, Luna Rossa…), et « dragué » depuis plusieurs saisons par Bruno Dubois, le CEO de l’équipe, et Quentin Delapierre.

“On a enfin réussi à ramener
Philippe Presti sur ses terres !”

“Ça fait plusieurs années qu’on est en contact avec « Prestoche », confirme le skipper. Il nous avait beaucoup aidés avec Manon (Audinet) pour la préparation des JO de Tokyo (en Nacra 17). C’est lui qui a ensuite encadré ma première navigation en F50 à Cadix (en octobre 2021), Jimmy Spithill (alors skipper de l’équipe US) avait accepté qu’il fasse une journée avec nous. Depuis, j’essayais de le convaincre de venir, parfois avec des arguments, parfois avec de l’humour, mais en vain. A la fin de la Coupe à Barcelone, je sentais qu’il n’était pas loin d’accepter, finalement, il avait décidé de donner un dernier coup de main à Jimmy Spithill.”Comment Philippe Presti s’est-il finalement laissé convaincre ? “J’étais jusqu’ici très connecté avec Jimmy, une relation forte coach/barreur et amicale. A l’issue de la campagne Luna Rossa (ils ont disputé ensemble la Coupe de l’America 2024 avec le défi transalpin), comme il avait la possibilité de lancer son équipe SailGP (sous les couleurs de Red Bull et de l’Italie), j’ai accepté de m’en occuper en lui disant toutefois que dès que tout serait en place, j’irais sans doute dans une autre voie, sachant que dans la configuration de l’équipe italienne, la dynamique était différente, puisque Jimmy était le CEO et non plus le barreur. Bruno, Stephan (Kandler) et Quentin ont été patients et persistants, et en cours de saison dernière, j’ai senti que c’était le bon moment.

D’autres arguments ont joué dans la décision de Philippe Presti. D’abord le double projet SailGP/Coupe de l’America, selon les mots de Bruno Dubois – une communication ultérieure sera faite sur le défi tricolore qui fait partie des cinq membres fondateurs d’America’s Cup Partnership. Ensuite la présence dans l’équipe française de SailGP d’un « vieux » compagnon de route, Philippe Mourniac, coach depuis l’année dernière. “Nous sommes très proches, il a été mon équipier en match racing, on a beaucoup travaillé en binôme barreur/tacticien et tacticien/stratège, c’est sympa de recréer cette relation. Ces dernières années, je n’ai été que dans des équipes étrangères, c’est top de revenir dans ce cocon avec des gens que j’apprécie.” Quentin Delapierre ajoute : “C’est une super nouvelle pour la France, on a enfin réussi à ramener Philippe Presti sur ses terres !”

Une équipe remodelée

Un des premiers dossiers sur lequel a travaillé le nouveau team manager a été le remodelage de l’équipage, avec les arrivées au réglage de l’aile de Leigh McMillan (45 ans, déjà passé par le team tricolore) et de Bruno Mourniac (30 ans, fils de Philippe) en tant que grinder, aux places de Kevin Peponnet et Matthieu Vandame. On n’a pas fait ces changements au doigt mouillé, commente Quentin Delapierre, qui reconnaît que la séparation avec Kevin Peponnet (parti dans l’équipe allemande), “n’a pas été facile” en raison de la proximité des deux marins. Ça part de faits, tu te demandes ce dont tu as besoin, si tu as les ressources en interne et ce qu’un changement éventuel peut te faire gagner ou perdre. Une fois que tu as fait la balance, tu prends les décisions.”Celle de conserver Quentin Delapierre (33 ans) s’est-elle posée ? “Je ne suis pas du genre à me bloquer avec quelqu’un et je n’ai pas eu peur de retirer Billy Besson ou Marie Riou malgré les critiques que j’ai reçues, répond Bruno Dubois. Mais si on regarde les statistiques, Quentin reste le meilleur starter, et de loin, il faut travailler sur la suite, c’est à ça que Philippe Presti va s’atteler.” Un travail qui a déjà commencé : “Philippe me pousse énormément pour que je sois plus précis et plus pertinent dans le champ, que je redevienne plus tacticien, un rôle que j’avais trop délégué. On a fait beaucoup de tours de parcours devant les écrans pour que ce soit plus solide”, confirme le skipper.

La décision de recruter Leigh McMillan s’est de son côté vite imposée aux dires de Bruno Dubois : “On avait déjà failli faire le changement un an plus tôt quand Leigh sortait de la campagne de la Coupe avec Ineos, il avait finalement rejoint l’équipe brésilienne. Là, il était disponible, on a sauté sur l’occasion, c’est quand même quelqu’un qui a été en finale de la Coupe de l’America !” Selon Philippe Presti, “quand tu écoutes les communications à bord, c’est parfois volcanique, l’expérience et le côté anglo-saxon de Leigh vont permettre de stabiliser l’énergie. Si tu ajoutes la fougue de Bruno (Mourniac) qui a envie de tout casser, il y a de belles choses à faire.”

Le pari du financement réussi

L’arrivée de ce dernier en tant que team manager est également synonyme de rôle élargi“C’est la performance globale de l’équipe qui m’intéresse, navigante bien sûr, mais ça inclut aussi le shore team et le coaching des entraîneurs, dont le rôle a évolué avec la « coach booth » (cellule de coaching à terre, mise en place depuis l’an dernier et qui interagit en direct avec l’équipage pendant les courses)Mon rôle est de mettre de l’huile dans tout ça, pendant que Bruno (Dubois) garde celui de CEO, en charge du management, des médias, des partenaires.”Pour ce dernier, “c’était le bon moment pour faire ces changements, ça nous permet de nous lancer sur les trois-quatre prochaines années, sachant qu’on a fait le plein de sponsoring et d’investisseurs jusqu’au moins fin 2029. Un nouveau partenaire titre de l’équipe va d’ailleurs être annoncé la semaine prochaine, de quoi conforter un budget de fonctionnement “autour de 8 millions de dollars (un peu moins de 7 millions d’euros), selon Bruno Dubois, qui ajoute : “Il augmente à chaque fois qu’on ajoute des événements, il y a aussi les transferts des marins qui impactent les budgets, parce que comme on n’a pas assez de monde sur certains postes, les gars négocient, on commence à parler de chiffres qu’on voit dans des sports plus populaires.” Et le CEO d’ajouter : Le fait d’utiliser la base d’American Magic va permettre d’entraîner les athlètes de réserve et de former plus de monde, comme Enzo (Balanger) chez nous, donc de potentiellement faire baisser les prix.”

Reste que Bruno Dubois se félicite de voir que l’équipe française a réussi à s’autofinancer : “Je me souviens avoir rencontré il y a quelques années des financiers en France, quand je leur disais que l’équipe pouvait être achetée 10 à 15 millions de dollars, ils me répondaient que c’était n’importe quoi et qu’il n’y avait pas d’argent à faire dans la voile. Aujourd’hui, la dernière équipe s’est vendue 70 millions, donc on peut dire aujourd’hui que le pari est réussi.” Reste désormais à relever le pari sportif, ce que France SailGP Team compte bien faire à Perth pour le premier rendez-vous de la saison 2026, attendu avec impatience par Quentin Delapierre : “Je ne veux pas teaser, mais il y a de grandes chances que ce soit le plus beau Grand Prix de l’histoire de SailGP, parce qu’il y a du sud-ouest de 20 nœuds ou plus tous les jours avec un peu de mer, ça va être magnifique à regarder et pour nous très technique. Il va falloir s’engager, mettre les œillères et serrer la jugulaire, ça va être très sport !

Photo : France SailGP Team

Sailorz est le média
expert de la voile de compétition

Sailorz by Tip & Shaft

Sailorz décrypte la voile de compétition chaque vendredi, par email :

  • Des articles de fond et des enquêtes exclusives
  • Des interviews en profondeur
  • La rubrique Mercato : l’actu business de la semaine
  • Les résultats complets des courses
  • Des liens vers les meilleurs articles de la presse française et étrangère
* champs obligatoires


🇬🇧 Want to join the international version? Click here 🇬🇧