Class40

Class40 : le Rhum entretient la dynamique

Si la Rorc Caribbean 600 a lancé la saison le 23 février dernier, c’est en avril que les choses sérieuses commencent pour la Class40, avec le Spi Ouest-France BPGO suivi de la Trin’40. Une nouvelle course en solo destinée à préparer le rendez-vous phare de l’année, la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, point d’orgue du cycle de quatre ans pour une classe toujours aussi dynamique. 

Un niveau sportif de plus en plus élevé, une flotte de 70 à 80 bateaux naviguant régulièrement, 16 courses au calendrier… La dynamique est là !, se réjouit Cédric de Kervenoaël, président de la Class40. À un moment où la course au large est affectée par tout ce qui se passe économiquement et au niveau géopolitique, c’est sûr que comme les investissements en Class40 sont sans commune mesure avec ceux d’autres classes, ils sont moins remis en cause, ce qui ne signifie pas que c’est facile de trouver des partenaires.” 

Et ce dernier d’ajouter : “D’une manière générale, les budgets restent abordablesJ’ai discuté avec un skipper qui part faire la Route du Rhum avec un total de 80 000 euros, quand d’autres visent jusqu’à 500 000 euros. Et puis le marché de l’occasion est en train de se réguler un peu.”

Stéphane Le Diraison, dont l’objectif est de s’aligner sur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026 sur un Class40 d’occasion, confirme : “La situation économique, politique et internationale fait que les entreprises sont extrêmement prudentes. J’ai eu 19 ans de sponsoring non-stop de 2005 à 2024, et 2025, l’année où j’ai cherché à monter ce nouveau projet, a été clairement la plus compliquée, alors que je n’avais jamais été aussi crédible sur le papier.” Celui qui a terminé 18e du Vendée Globe 2020-2021 poursuit : “J’ai trouvé un sponsor, mais nous étions dans l’incertitude concernant ma qualification à la Route du Rhum. Comme le nombre de places ouvertes aux Class40 vient d’augmenter, la route s’éclaircit et la décision devrait pouvoir être actée rapidement.”

“OC Sport, l’organisateur de la course, nous avait annoncé 40 places, un cataclysme pour nous et contre lequel on a lutté pendant quatre ansnous en aurons finalement 50 plus quelques wild cards, donc 52 ou 53 bateaux“, confirme en effet Cédric de Kervenoaël.

La Route du Rhum reste
le catalyseur de la classe

Détenteur du Trophée Jules Verne sur Sodebo Ultim 3 depuis janvier dernier, Pierre Leboucher fait partie des candidats, lui qui vient d’acquérir le Lift V2 de Nicolas d’Estais grâce à un investisseur, mais confie des difficultés à trouver un sponsor : “J’ai commencé à chercher activement à l’issue de la Transat Café L’Or, mais pour l’instant, ça n’a rien donné. Et je vais devoir trouver des solutions car je dois payer 18 000 euros de frais d’inscription et 5 000 euros de caution pour la Route du Rhum d’ici le 31 mars.”

Même quête pour Axel Tréhin, dont le nouveau Lift V3 sera mis à l’eau le 6 avril : “Même si ça a toujours été compliqué de trouver de l’argent, c’est sûr que ces derniers temps, entre les errances gouvernementales en France et le contexte international, ça ne rassure pas nos potentiels partenaires.” Le skipper, qui a récupéré en juin dernier la boîte composite (pont, structure et coque) du bateau lancé par Frédéric Denis, dont le projet n’a pas abouti faute de financement, finalise lui-même le chantier afin de réduire les coûts. “Ça permet de proposer un projet Route du Rhum à un prix hyper intéressant, avec 250 000 euros de budget de fonctionnement pour l’année, alors que mes concurrents cherchent à peu près le double.”

Du côté du neuf – une construction avoisine désormais le million d’euros – trois bateaux sont attendus cette année (contre six sortis l’an dernier) : ceux d’Axel Tréhin donc, d’Alexis Loison (en cours de finition chez Neo Sailing Technologies) et d’un troisième skipper pas encore communiqué officiellement. Au total 28 constructions sur le cycle 2023-2026, très proche du nombre du précédent (30 entre 2019 et 2022). Après quasiment vingt ans de Figaro et une victoire sur la Solitaire du Figaro Paprec en 2025, Alexis Loison, toujours soutenu par le groupe Réel, a donc fait le choix du Class40, support auquel il a déjà goûté. “C’est une classe très dynamique, avec un sacré plateau et un niveau sportif qui a clairement augmenté ces dernières années. Et ne pas faire la Route du Rhum dans une carrière de marin aurait été un peu dommage, ça commençait vraiment à me déranger de regarder les autres partir sans moi.”

Le Lift V3, “une arme de guerre”

Tout comme Axel Tréhin, il a fait le choix du Lift V3, le plan Lombard ayant clairement le vent en poupe actuellement. Les résultats parlent pour luiconfirme le Normand. C’est le cabinet qui a remporté les deux dernières éditions de la Route du Rhum [Yoann Richomme en 2022 sur un Lift V2 et en 2018 sur un Lift 40, NDLR] et Corentin Douguet, avec son co-skipper Axel Tréhin, en a fait une bonne promotion l’an dernier.” Le skipper de SNSM, faites un don ! a en effet marqué les esprits en remportant le Spi Ouest-France, la CIC Normandy Channel Race, la Rolex Fastnet Race avant de prendre la deuxième place de la Transat Café L’Or derrière le duo Guillaume Pirouelle/Cédric Chateau.

“Même si on n’a pas encore découvert tout son potentiel, c’est une arme de guerre, je pense que c’est la nouvelle référence en termes de vitesse sur le circuit, ajoute Axel Tréhin. Selon les architectes, quand on commence à accélérer, le différentiel de vitesse devient de plus en plus significatif avec nos concurrents car on a moins de traînée qu’eux.” Alexis Loison, qui disposera de son Groupe Réel mi-mai, modère cependant : “Avant, dès qu’il y avait un bateau neuf, il torpillait les autres. Aujourd’hui, on est arrivé à un stade où il y a moyen de faire évoluer les plateformes, les bateaux ne sont pas identiques, mais pas loin, on voit vite que c’est le marin qui reste au centre de la performance.”

Un constat partagé par Achille Nebout, qui navigue sur Amarris, le Lift V2 vainqueur de la Route du Rhum 2022 : “Même s’il y a eu une trentaine de Class40 neufs construits depuis le mien, ça reste un bon bateau de référence aujourd’hui. Par ailleurs, le solo étant un exercice particulier, j’espère pouvoir tirer mon épingle du jeu cette année.” Et Pierre Leboucher d’ajouter : “Le Lift V2 est très compétitif au près et au reaching, et sur une Route du Rhum, on sait que c’est souvent la route nord qui passe, celle où il faut passer les fronts.”

La Trin’40, mise en bouche en solo

Avant de penser au grand rendez-vous de la saison et d’un cycle de quatre ans qui tracte la grande majorité des projets Class40, les skippers de la classe prêts pourront se roder sur la Trin’40, nouvelle course lancée à l’initiative de quelques skippers d’Orlabay, le centre d’entraînement à la course au large basé à La Trinité-sur-Mer (départ le 24 avril). “On a souhaité créer une course en solitaire pour que tout le monde puisse se jauger dès le début de saison et faire les premiers ajustements rapidement, et ce dans la foulée du Spi Ouest France (2-6 avril) qui attire de plus en plus de Class40 [une quinzaine d’inscrits, NDLR]explique Quentin Le Nabour, l’un des skippers à l’origine de l’épreuve. Le parcours de 1 200 milles est en plus suffisamment long afin pour être qualificatif pour la Route du Rhum.”

“C’est super important d’avoir cette course en solitaire assez longue sur une année de Rhum, car on a besoin de s’y préparer, se réjouit Achille Nebout, actuellement en convoyage retour de Cascais (Portugal), où il est parti s’entraîner avec Pep Costa et Luca Rosetti. Il va y avoir pas mal de concurrents, ça s’annonce un beau succès pour une première.” Également ravi de l’initiative, Axel Tréhin confie toutefois ne pas partir “avec un objectif de performance très précis car ce sera la première de la saison en solo. Je pense que pour beaucoup, ce sera une course de travail.” 

Coorganisatrice de cette nouvelle épreuve, la classe, qui souhaite, selon son président, “maîtriser davantage le circuit et s’approprier les courses du calendrier”, investit environ 50 000 euros et s’occupe de la partie communication, déléguant la partie sportive à la Société Nautique de La Trinité-sur-Mer. “L’an prochain, nous voulons faire la même chose pour Les Sables-Horta”, précise-t-il, l’objectif de la Class40 étant de faire davantage parler d’elle“Nous avons un beau championnat, mais sur certaines courses, on pense qu’il y a des choses améliorables, notamment au niveau de la médiatisation”, confirme Quentin Le Nabour.

Pour 2027, “nous avons été sollicités par Gênes pour un projet de course là-bas, indique enfin le président de la classe. L’idée serait de débuter la saison en Méditerranée avec cette épreuve, suivie de la CIC Med Channel Race, pour remonter ensuite vers l’Atlantique et la Manche.”

Photo : Vincent Curutchet / Alea

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