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Jean-Pierre Kelbert : “C’était un peu bête de rater ça”

On ne présente plus Jean-Pierre Kelbert, qui a donné ses initiales au chantier JPK, dont les différents modèles ont tout gagné depuis vingt ans en IRC, en France et à l’étranger. Patron affairé d’une PME de 50 salariés, le constructeur de 62 ans a conservé un appétit intact de compétition et rempile en solitaire sur la troisième édition de la Cap Martinique, qui s’élance dimanche de La Trinité-sur-mer, direction Fort-de-France, avec un joli plateau de 32 duos et 14 solitaires. Une course qui sonne aussi comme un match des chantiers.

Vu le nombre de JPK (18) au départ de la Cap Martinique, tu n’as même plus besoin de faire la promotion du chantier ? Tu pars just for fun ?
Exactement, j’y vais sans pression. En fait, je ne pensais pas refaire la course et c’est le bateau (le JPK 10.50) qui m’ a donné envie d’y revenir. C’est sans doute ma dernière et je me suis dis que c’était un peu bête de rater ça. Du coup, je me suis arrangé avec une cliente qui m’a prêté son bateau, celui sur lequel nous avons remporté le Spi Ouest-France. Nous serons trois 10.50, avec Alex Ozon, qui avait gagné en 2022 [sur un Sun Fast 3300, devant Jean-Pierre Kelbert, NDLR] et skippera Léon, le bateau qui appartient au chantier, et Jean-François Hamon qui est aussi un bon client.

L’exercice d’une transat en solitaire sans escale au printemps n’est pas anodin, à bientôt 63 ans, tu n’as pas eu envie de t’engager en double ?
J’ai adoré courir en double, mais je me suis découvert heureux en solo. Ce n’est pas que je sois un solitaire né, mais je trouve facilement mon rythme, je ne suis pas contraint par un système de quarts. Figure-toi que j’arrive à plus bouquiner en solo qu’en double ! Après, il faut un super pilote et que tout marche parce que les bateaux ont gagné en vitesse, planent beaucoup plus tôt et réclament plus d’anticipation. La quille siffle fort à partir de 13-14 nœuds, c’est un peu plus stressant. J’espère que je ne vais pas regretter !

Nous avons poussé les curseurs
en maintenant une certaine polyvalence”

Dans ton récit du Spi Ouest-France, tu dis que ça navigue dans un mouchoir avec le Pogo RC signé Sam Manuard (l’architecte court la Cap Martinique en double, avec Erwan Le Méné, un Pogo RC est en lice en solo, mené par Pascal Coret) et le Sun Fast 3300, peux-tu nous présenter les forces et faiblesses de chacun ?
Je dirais que le Sun Fast est un cran en-dessous, parce qu’il y a une génération d’écart. Ce plan Verdier était le premier IRC à investir dans une carène gonflée dans les lignes avant, avec une inversion de pente sous la voûte, donc beaucoup de puissance de carène. On avait suivi avec le JPK 10.30 et ensuite, Lann Ael 3, qui est le proto du Pogo RC, est sorti. Ils étaient allés encore plus loin avec une carène assez radicale et on a vu que ça marchait mieux. Sur le JPK 10.50, avec notre architecte maison Jacques Valer, nous avons poussé les curseurs en maintenant une certaine polyvalence. On s’en sort souvent un peu mieux au près que le Pogo, mais ils sont très à l’aise au portant, d’autant qu’ils ont gonflé leur plan de voilure avec plus de corne de GV et de plus grands spis. Ils devraient logiquement naviguer devant mais reste à savoir s’ils sauveront leur rating. Ils nous doivent quand même 30 minutes par jour…

Tu parlais de performances à la hausse mais le prix des bateaux a aussi considérablement augmenté : 280 000 euros pour un JPK 10.50. Comment expliques-tu ça ?
C’est vrai qu’on a augmenté de plus de 70 000 euros par rapport au JPK 10.30. Les bateaux sont un peu plus techniques. La mousse du sandwich est du Core Cell et pas de l’Herex car elle consomme moins de résine, le mât de série est en carbone, les safrans sont relevables sur paliers JP3… Mais l’essentiel de l’écart se trouve dans la main d’œuvre car le composite est plus raffiné. On est revenu aux stratifications sous vide à la place de l’infusion sur de nombreuses pièces pour réduire le taux de résine, il n’y a pas de lèvre de collage structural. Tous les greffages sont faits à la main. Ça se rapproche du niveau de construction des Class40.  Au final, on arrive à gagner plus de 200 kg sur la plateforme, mais on est passé à un total de 1 100 à 1 400 heures de travail.

“A partir du JPK 1010,
on n’a fait que des bons choix”

Il y avait 60 bateaux au départ de la Cap Martinique en 2024, 48 cette année. Cette baisse peut-elle s’expliquer justement par le prix et le niveau de technicité des bateaux ?
Franchement, je ne pense pas. On continue à sortir un JPK 10.50 par mois, la demande est là et cette course fait rêver plein d’amateurs éclairés. Il y avait d’ailleurs 65 pré-inscrits il y a un an, mais l’organisation a enregistré pas mal de défections. Certaines pour raisons médicales car il faut cocher pas mal de cases, d’autres, je pense, à cause de la conjoncture. Il y a beaucoup de patrons de PME dans le public de cette course et la période n’est pas simple, avec un grand nombre d’incertitudes. Quand ça devient plus tendu au boulot, ce n’est pas forcément le moment d’aller faire du bateau.

Ce qui n’est visiblement pas ton cas !
J’ai la chance d’être sur un créneau porteur et entouré d’une super équipe, avec notamment Jean-Baptiste Dejeanty qui épaule bien Jacques (Valer). Nous ne sommes pas loin de 60 chez JPK, le chantier fonctionne bien et je commence à penser à la transmission. J’ai reçu pas mal d’offres (de rachat) de l’extérieur, mais je ne les ai pas vraiment regardées car je voudrais que ça se fasse en interne. La compétence est là.

Quand tu as lancé le premier JPK en 2003 (le 9.60), tu arrivais de la planche à voile, sans légitimité de constructeur ou de marin, avec un architecte inconnu et atypique, quelle est la recette de la success story JPK ?
J’avais sans doute une bonne étoile et j’y ai toujours cru. Je débarquais un peu de nulle part, comme tu dis, mais j’avais déjà un bon savoir-faire à l’époque car en plus des planches, la marque JPK faisait beaucoup de modelage et de pièces pour la course au large. Je connaissais les qualités des carènes de Jacques et à partir de là, il n’y avait pas de limite à l’imagination. On n’a pas eu non plus que des années faciles. Nous avons expérimenté quelques modèles qui n’ont pas marché, mais à partir du JPK 1010, on n’a fait que des bons choix et on est rentrés dans une spirale vertueuse. Nous avons su nous diversifier, avec des bateaux IRC mais aussi de croisière rapide, un peu de moteur. Quand je serai retiré, je pense d’ailleurs que j’aurai du mal à ne plus participer au travail de conception qui est quand même génial. Je continuerai à donner des coups de main !

Photo : Sam Cade

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