Nouveau rendez-vous, la Trin’40, au départ de La Trinité-sur-Mer, était la première course Class40 en solitaire depuis juillet dernier. Si Guillaume Pirouelle (Sogestran-Seafrigo) a survolé la course, Corentin Douguet (SNSM – Faites un don, 2e), Fabien Delahaye (Legallais, 3e) et Axel Tréhin (Affaire à Faire) ont tenu la cadence et la flotte est restée très serrée. Le directeur de course Gilles Bricout, les skippers Pauline Courtois et Alexis Loison, ainsi que Basile Rochut, météorologue, décryptent les résultats.
Si la Caribbean 600, en février, et le Spi Ouest-France BPGO, en avril, ont déjà accueilli des Class40, la Trin’40 était la véritable rentrée pour la flotte des 40 pieds. Il s’agissait en effet du plateau le plus fourni de ce début de saison avec trente bateaux au départ, à La Trinité-sur-Mer, de cette première édition, organisée par la classe. Surtout, une grande partie des favoris de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe était au rendez-vous. Il s’agissait en effet de la première grande explication en solitaire depuis la dernière course en solo remontant à l’été dernier (la deuxième étape des Sables – Horta).
Le parcours, qui longeait la Bretagne depuis la baie de Quiberon avant un aller-retour dans le golfe de Gascogne, a été réduit avant le départ, de 1 200 milles initialement prévus à 700 milles. « La pétole annoncée aurait pu mettre la flotte en danger qui aurait été poussée par les courants dans le DST d’Ouessant au milieu des cargos », explique Gilles Bricout le directeur de course. « Malgré la réduction du parcours, ils ont eu beaucoup de molle très tôt avant de rencontrer beaucoup d’instabilité, en raison d’un front stationnaire dans le golfe de Gascogne, ajoute Basile Rochut, météorologue de la course pour Marine Wetaher Intelligence. Il y avait un minimum de pression, ce qui rendait difficile de cerner la direction et la force du vent » Pour Pauline Courtois, cette situation a encouragé les skippers « à être très exigeants, focalisés sur la bonne marche de leurs bateaux ». « Le vent instable ne leur a pas laissé de répit », souligne Alexis Loison.
Pirouelle,
« rapide en toutes circonstances »
L’intensité a en effet été prégnante tout au long des quatre jours de course. « Même Guillaume Pirouelle m’a dit qu’il hésitait parfois à aller manger pour ne pas perdre 0,5 ou 1 nœud de vitesse », sourit Gilles Bricout. Pourtant, le Normand, à bord de son Mach 40.5 Sogestran-Seafrigo, a pris les commandes de la course dès la remontée des côtes bretonnes et les a conservées durant l’aller-retour dans le golfe de Gascogne. En matière de stratégie, « il n’a jamais fait de choix extrêmes, il a toujours cherché des compromis et de petits recalages. Face à ce type de conditions, c’était la bonne approche », décrypte Basile Rochut. « Guillaume est resté conservateur dans son placement sans faire du marquage de la flotte et en réussissant les principales bascules », poursuit Alexis Loison. « Il était rapide en toutes circonstances et il a fait de belles transitions qui lui ont permis de creuser l’écart, Il était dans tous les bons coups ! » admire Pauline Courtois. « C’est un métronome, il ne néglige aucun détail ; à l’arrivée, son préparateur s’est étonné que le bateau soit aussi clean », s’amuse Gilles Bricout. Le vainqueur surfe sur une sacrée dynamique, lui qui s’est imposé sur la Transat Café L’Or avec Cédric Château puis sur le Trophée Jules Verne avec l’équipage de Sodebo Ultim 3.
Néanmoins, Guillaume Pirouelle a dû composer avec la résistance de plusieurs concurrents dont Corentin Douguet (SNSM – Faites un don, Lift V3) qui a franchi la ligne une heure plus tard. « Corentin confirme son bel état de forme après une très belle saison 2025 [1er sur la Fastnet Race, 2e à la Transat Café L’Or] », rappelle Alexis Loison. « Il n’a été ralenti qu’au départ à cause d’une option manquée dans la molle mais sinon, il n’a rien lâché », souligne le directeur de course. Derrière, Fabien Delahaye a « su être dans le compromis, comme Guillaume Pirouelle », souligne Basile Rochut. Le skipper de Legallais (Lift V2) démontre son aisance en solitaire, lui qui s’était imposé sur Les Sables – Horta (2e étape et général).
« On sent que les bateaux
sont déjà prêts »
Alexis Loison s’avoue également impressionné par la prestation d’Axel Tréhin (Affaire à Faire) qui prend la 4e place, alors qu’il a mis à l’eau son Lift V3… le 9 avril dernier, quinze jours avant le départ de la Trin’40 ! « On savait qu’il allait être performant mais là, en étant tout près du podium, il a été remarquable », rappelle Alexis. Gilles Bricout, lui, tient à souligner la ténacité de Pierre Leboucher. Alors qu’il avait disputé le Trophée BPGO la semaine précédente (14e avec Tiphaine Ragueneau), il s’est engagé à bord de Penfret. « Dès le départ, Pierre a fait face à un black-out électronique mais il s’est accroché jusqu’au bout (9e) », raconte Gilles. Pauline Courtois, elle, évoque la prestation de Théa Khelif (Women of course), 19e à l’issue de sa première course en solitaire en Class40.
La quintuple championne du monde de match racing rappelle d’ailleurs que « la bataille a été intense à tous les niveaux » avec « des bateaux au contact dans toute la flotte ». Il y a eu peu de dégâts techniques majeurs et seulement un abandon, celui de Vincent Riou (Pierreval – Fondation GoodPlanet, avarie de J1). « Globalement, on sent que les bateaux sont déjà prêts et qu’un gros travail de préparation a été effectué », constate Alexis Loison. « On est déjà dans les détails, quelques réglages, de petits aménagements mais on voit que les skippers connaissent déjà très bien leurs bateaux ». Tous ont bien entendu la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en ligne de mire.
« Ce qui est impressionnant, c’est le niveau au sein de la flotte, s’enthousiasme Pauline Courtois. Il y a une grosse densité de bateaux, tout le monde s’entraîne fort et ça promet une belle bataille à la Route du Rhum ». La préparation va se poursuivre ces prochaines semaines. La plupart des coureurs doivent encore effectuer leur qualification, soit 1 200 milles à réaliser en solitaire. Une grande partie de la flotte est désormais attendue en Normandie avec la CIC Normandy Channel Race (départ le 31 mai de Caen) et la Drheam Cup (le 12 juillet à Cherbourg).