Guillaume Pirouelle

Guillaume Pirouelle : “On arrive à l’apogée du potentiel du bateau”

Issu de la voile olympique et du Tour Voile, Guillaume Pirouelle, 32 ans, a le vent en poupe : celui qui a terminé deuxième et premier bizuth de la Solitaire du Figaro en 2022 est aujourd’hui l’un des ténors du circuit Class40, vainqueur en six mois de la Transat Café L’Or, de la Trin’40, et, mercredi, de la CIC Normandy Channel Race avec Jules Ducelier. Sans oublier le Trophée Jules Verne l’hiver dernier à bord de Sodebo Ultim 3Sailorz s’est entretenu avec le skipper normand de Sogestran-Seafrigo.

Peux-tu nous raconter le scénario de cette CIC Normandy Channel Race, qui a été une course bien engagée ?
C’est clair que les conditions ont été assez velues ! Avec Jules (qui lui avait succédé en 2024 à la barre du Figaro Région Normandie), on a un peu raté le départ à cause d’un petit souci d’écoute mal passée, on s’est heureusement tout de suite bien rattrapés sur le côtier. Je fais toujours gaffe à essayer d’être dans le bon paquet dès le début, car on n’est jamais à l’abri d’une cassure dans les zones de courants, on l’a vu avec Axel (Tréhin) et Antoine (Carpentier) qui ont eu du mal à revenir. Ensuite, ça s’est bien passé jusqu’au Solent, on a eu un coup de chaud à la sortie, on était à côté de Legallais (Fabien Delahaye/Pierre Leboucher) qui est arrivé à passer au moment où on est restés collés, en marche arrière avec le courant. Heureusement, on avait encore le gennak amuré sur le pont, on a eu le temps de l’envoyer et de passer. Le long des côtes sud anglaises, Legallais a creusé un peu, car il est très rapide au près, mais on a réussi à recoller juste derrière lui en arrivant sur Wolf Rock.

C’est à ce moment que vous avez définitivement pris la première place, ça s’est joué comment ?
La traversée a été bien engagée, sous grand gennak à 120 degrés du vent, une bonne boucherie avec des surfs à 24 nœuds, on allait un peu plus vite que Legallais parce que notre bateau (Mach 40.5, plan Manuard) est davantage fait pour ces conditions. Ensuite, on a fait une bonne course de vitesse toute la journée sous petit spi, ce qui est assez rare. On s’est mis de bons tas, je n’ai jamais rempli autant le Class40 ! Dans les plantés, on se faisait rentrer dans le bateau par les portes de descente. Le point positif, c’est qu’on a globalement creusé sur ce grand bord de portant, ça nous a donné un petit matelas avant d’attaquer le près, plus favorable à d’autres. La fin avec tous ces virements a été une punition, car on était bien cramés, mais au final, on a gardé suffisamment de marge pour finir en tête.

“J’avais la certitude que j’étais
capable d’apprendre vite”

Quelle saveur a cette nouvelle victoire pour toi ?
Déjà, c’est chouette de gagner en Normandie, d’autant qu’on avait fait deuxièmes avec Cédric (Chateau) l’an dernier. Je suis content de soulever la coupe, car le plateau est toujours dingue sur cette course. Je pense qu’on n’a pas fait beaucoup d’erreurs et dans la perspective de la Route du Rhum, je suis super content de ce qu’on a pu voir sur le bateau dans des conditions engagées au portant sous spi. Après, ça n’a duré que trois jours, mais on a terminé cramés comme si on avait navigué une semaine et été jusqu’au Fastnet, les conditions sont toujours rudes sur cette course.

Tu as remporté les quatre dernières courses en double et en solitaire du circuit, tu sors d’un Jules Verne victorieux, comment expliques-tu cette réussite ? C’est le fameux « flow » ?
C’est sûr que dernièrement, ça marche très bien, mais il ne faut pas oublier qu’avant, on a galéré avec le Class40. Le projet aurait très bien pu s’arrêter, on a mis beaucoup d’énergie deux fois de suite pour reconstruire le bateau [il a notamment failli être perdu après avoir été frappé par la foudre, voir notre article], il nous a aussi fallu du temps pour le mettre au point, je pense qu’aujourd’hui, on arrive à peu près à l’apogée de son potentiel. Même chose pour moi : en 2023, quand je suis arrivé en Class40, je n’en avais quasiment pas fait, ce sont des bateaux quand même assez différents du Figaro, il me manquait certaines clés que j’ai davantage aujourd’hui, c’est cool.

Tu aurais imaginé obtenir de tels résultats quand tu t’es mis au large, en 2021 ?
Non, la voile olympique et le large sont deux mondes quand même très différents, je ne savais pas trop dans quoi je me lançais, j’arrivais juste avec l’envie de découvrir de nouvelles choses et de continuer à apprendre. J’ai eu une belle opportunité avec le Figaro Région Normandie, mais je n’avais aucune certitude que ça allait marcher. J’avais en revanche la certitude que j’étais capable de travailler et d’apprendre vite. Après, j’ai eu d’autres opportunités qui se sont bien enchaînées, notamment avec Sodebo.

“L’envie du Vendée Globe
est venue petit à petit”

Avec ces résultats, te voilà l’un des favoris de la prochaine Route du Rhum, tu assumes ce statut ?
Oui, c’est mieux d’être favori qu’outsider ! Mais il y en aura plein d’autres, je pense notamment à Corentin (Douguet) qui n’était pas sur la Normandy et est toujours un sérieux candidat avec énormément d’expérience. On sera pas mal à être capables de terminer sur le podium, ça rendra le jeu d’autant plus intéressant.

Tu as fait part récemment de ton envie de Vendée Globe, peux-tu nous en dire plus ?
Depuis cet hiver, j’ai commencé à me dire pourquoi pas ? Avant, j’étais plus réservé sur le sujet, ça n’a jamais été un objectif ni un rêve, dans la mesure où c’était un monde très différent de la voile que je pratiquais avant. C’est venu petit à petit. L’expérience du tour du monde avec Sodebo ne m’a pas déplu et mes dernières réussites me font dire que je suis plus armé, donc oui, on commence à travailler avec l’équipe sur le projet, avec un horizon 2032. Comme je n’ai encore jamais navigué en Imoca et que l’idée est d’y aller avec un projet performant et un objectif de résultat, avec un bateau de 2028 ou un neuf, il faudra une bonne préparation avant. On n’a pas encore les partenaires, mais on commence à démarcher, c’est d’ailleurs la plus grosse difficulté pour moi, certains sont très à l’aise pour ça, moi je préfère être sur l’eau, mais je m’y mets, ça fait partie du job !

Photo : Jean-Marie Liot / CIC Normandy Channel Race

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