Axel Tréhin

Axel Tréhin : “Un projet gagnant à un prix défiant toute concurrence”

Après quatre ans à bord de Project Rescue Ocean, plan Raison mis à l’eau en 2020, et une saison 2025 aux côtés de Corentin Douguet, Axel Tréhin a lancé en avril dernier son nouveau Class40, Lift V3 sur lequel il a terminé au printemps 4e en solo de la Trin’40 puis de la CIC Normandy Channel Race (avec Antoine Carpentier). A dix jours du départ de la Drheam-Cup, le skipper de 37 ans évoque ce projet, semé de quelques embûches.

Tu es arrivé en Class40 en 2021 avec un bateau neuf (plan Raison), quel bilan as-tu tiré de ce premier projet ?
Je me suis vraiment épanoui sur le 162 au sein de la Class40, qui, avec des moyens raisonnables, permet d’arriver à faire des choses bien. Ce n’est pas forcément la course à l’armement, énormément de courses se terminent sur des arrivées très groupées et le circuit suscite un réel engouement côté coureurs. Les deux premières années, j’ai réussi à faire les choses bien avec les moyens que je voulais [budget annuel autour de 350 à 400 000 euros, NDLR], ça a été plus difficile les deux suivantes, c’était très limite, de l’ordre de 140 000 euros. Si bien qu’en 2025, je n’étais plus capable d’assumer l’exploitation du bateau.

Comment as-tu rebondi ?
On a trouvé un locataire pour le bateau, ce qui m’a permis de me libérer en tant que “moi tout seul”, avec l’idée, comme on était en année Transat Café L’Or, d’être l’équipier d’un projet ambitieux. C’était aussi lié au fait que j’ai à l’époque dû revoir mes ambitions à la baisse après avoir tenté, en vain, de monter un projet de Vendée Globe pour 2028. Je me suis alors rapproché de Corentin Douguet, qui était en train de construire le 209, le tout premier Lift V3 (plan Lombard). Vu il n’avait pas un budget de fonctionnement complètement bouclé et que de mon côté, j’étais capable de réunir un petit ticket, en plus de ma venue dans l’équipe et à bord, on s’est tapé dans la main fin 2024. Tous les deux, on a vite vu qu’on était assez complémentaires, on a réussi à trouver les manettes du bateau assez vite, ce qui nous a permis d’être compétitifs d’entrée de jeu, et finalement, on a fait une belle année [que des victoires sauf la Transat Café L’Or, 2e, NDLR]

“Un bateau efficace et opérationnel”

Est-ce cette expérience qui t’a donné envie de te lancer à ton tour cette année sur un Lift V3 neuf ?
En fait, le projet initial était d’avoir deux bateaux en même temps avec un deuxième coureur pour faire des économies d’échelle. Comme ce dernier n’a pas pu aller au bout, il restait la coque structurée pontée, avec la quille posée à côté ! Forcément, pas mal de monde regardait ça de près, mais personne n’est vraiment passé à l’action. Je l’avais aussi dans un coin de la tête, je voyais que le bateau ne partait pas, mon envie s’est vraiment renforcée quand j’ai commencé à naviguer sur le bateau de Corentin. Je me suis alors projeté vers la Route du Rhum en me disant que c’était vraiment un argument pour être compétitif. J’ai alors passé quelques soirées à essayer de tout faire entrer dans un tableau Excel, et assez vite, l’idée de récupérer la black box et de finir le bateau avec une équipe restreinte a germé, ça permettait de faire des économies importantes et d’avoir un budget de fonctionnement moindre dès la première année.

Tu peux nous en dire plus ?
Un bateau neuf comme ça coûte à peu près un million d’euros, avec un niveau d’amortissement la première année autour de 140 000 euros. Sur un budget de fonctionnement ambitieux, entre 400 000 et 500 000 euros par an, tu retranches de 50 000 à 100 000 euros si tu ajoutes les économies liées au fait que j’ai passé un an à fiabiliser et optimiser le bateau de Corentin, ce qui me permet de disposer tout de suite d’un bateau efficace et opérationnel, avec des systèmes aboutis. C’est un choix assumé de ma part de faire la Route du Rhum avec les moyens techniques et sportifs pour jouer en haut du tableau, au détriment, par exemple, de la partie RH. Si je me paie, c’est un miracle… Donc c’est un projet gagnant à un prix défiant toute concurrence, 250 000 euros clés en main pour un sponsor. Dans l’équipe, on en est convaincus, notre plus grande difficulté est de rencontrer et convaincre des interlocuteurs.

“Quand tout a cramé, le projet
est devenu beaucoup plus réalisable”

Au milieu de tout ça, tu as vécu il y a un an avec ta famille un événement particulièrement difficile, avec l’incendie de votre maison et de ton atelier, comment as-tu réussi à mener de front cet épisode et ce projet de Class40 ?
On avait signé le bateau trois semaines avant, donc forcément, la question s’est posée de continuer. Je pense que si ça n’avait pas été signé, j’aurais lâché l’affaire, parce que c’était abyssal, on s’est retrouvés confrontés à des sujets qu’on ne maîtrisait tellement pas… Mais j’ai eu la chance d’avoir des gens qui m’ont fait confiance pour continuer, et finalement, ce projet a été un des moteurs pour ne pas rester prostrés à regarder nos pieds et pour continuer à garder de l’allant. En plus de l’élément principal, à savoir la présence de notre petite fille, d’un an à l’époque, qui attendait qu’on soit là pour elle dès le lendemain matin. Sachant qu’en parallèle, la saison avec Corentin démarrait tout juste, c’était juste avant le Spi Ouest-France. Je me souviens que les 5-6 jours avant la signature, j’avais les jambes qui tremblaient un peu en me demandant si je ne faisais pas une bêtise, mais finalement, quand tout a cramé, le projet est devenu beaucoup plus réalisable, car le sujet d’inquiétude s’était déplacé. Le cerveau avait switché de “comment on va faire pour mener de front la fin de la construction et la saison avec Corentin” à “comment on reconstruit une maison”.

Après tes deux premières courses de la saison, tu prends le départ le 12 juillet de la Drheam-Cup, dans quelles dispositions l’abores-tu ?
Avec une grosse envie. La Trin’40 et la Normandy Channel Race ont montré que le bateau était bien né, que le potentiel était là, j’ai envie de continuer à progresser sur cette course où il y a un très beau plateau (36 Class40), avec plein de bons concurrents qui connaissent leur bateau sur le bout des doigts. Personnellement, je n’en suis pas à leur niveau de connaissance, j’ai encore beaucoup à apprendre, sachant que comme mon projet n’est pour l’instant pas financé, je fais beaucoup d’à-côtés qui ne me permettent pas de m’entraîner autant qu’il faudrait.

Feras-tu la Route du Rhum quoi qu’il arrive ?
Vu où j’en suis rendu, j’ai envie de te dire oui. On a trop engagé d’énergie et trop parié sur nous pour ne pas aller au bout. Aujourd’hui, si j’arrête, il me restera un peu de dettes et d’amertume, si je fais le Rhum, j’aurai plus de dettes mais moins d’amertume !

Photo : Manon Le Guen / La Trin’40

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