Golden Globe Race

La Golden Globe Race repart pour un tour

16 marins s’élancent dimanche des Sables d’Olonne sur la Golden Globe Race, course en solitaire sans escale ni assistance « à l’ancienne ». Sailorz vous en dit plus sur cette troisième édition.

Lancée en 2018 pour les cinquante ans du Golden Globe Challenge, premier tour du monde en solitaire de l’histoire, la Golden Globe Race, courue avec les instruments de navigation de l’époque (compas, cartes papier) et sur des bateaux de 32 à 36 pieds conçus avant 1988, revient aux Sables d’Olonne pour sa troisième édition. Ils étaient 18 (5 à l’arrivée) pour la première, remportée en 212 jours par Jean-Luc Van den Heede, 16 (3 à l’arrivée) quatre ans plus tard (victoire de Kirsten Neuschäfer en 233 jours), ils sont de nouveau 16 cette année, dont 3 qui étaient déjà sur la ligne de départ en septembre 2022.

Un chiffre qui, selon l’organisateur Don McIntyre, joint cette semaine par Sailorz, aurait pu être plus important : « Il y a trois mois, nous avions encore 26 inscrits, nous en avons perdu 10 depuis pour différentes raisons : certains par manque d’argent ou de temps, d’autres pour des raisons médicales ou qui, après avoir fait leur qualification, ont estimé qu’ils n’étaient pas prêts… C’est difficile d’être sur la ligne de départ, d’autant qu’en tant qu’organisateurs, nous ne leur facilitons pas la tâche. »

L’Australien fait référence à un règlement qui, à chaque édition, hausse le niveau d’exigence en ce qui concerne les équipements de sécurité à bord et la qualification : cette année, il faut justifier de 8 000 milles au large pour s’inscrire, puis 2 000 de plus en solitaire et enfin 4 000 milles dans les 18 mois précédant le départ sur le bateau choisi. L’épreuve, sans assistance ni escales (le marin qui s’arrête une fois peut cependant basculer en Chichester Class, un deuxième classement), ne respecte cependant pas les règles RSO 0 de World Sailing s’appliquant aux courses transocéaniques et autour du monde, d’où une absence de reconnaissance officielle de la fédération internationale et de la Fédération française de voile.

Jean-Luc Denéchau :
« Ce n’est pas une course »

Président de cette dernière, qui n’a pas le pouvoir de l’interdire sur le sol français (il incombe aux préfectures), Jean-Luc Denéchau explique à Sailorz : « Pour nous, c’est très simple, la Golden Globe Race n’est pas une course, parce qu’elle ne respecte ni les règles définies par World Sailing, ni le règlement de la Fédération française de voile, délégataire de l’État pour organiser ce sport en France, ni celui des directeurs de course. C’est une belle aventure, qui pourrait être un rallye ou une route, mais en aucun cas une course. »

Interrogé sur les échanges avec les deux fédérations, Don McIntyre répond : « Nous avons des discussions constructives avec World Sailing, qui a même fait la promotion de la course, puisque Kirsten (Neuschäfer) a été élue Marin de l’année (en 2023). Avec la FFVoile, c’est un autre sujet… Ils ont même vivement déconseillé aux Sables-d’Olonne de nous soutenir. »

Ce que confirme sans ambiguïté son président : « J’en ai effectivement parlé plusieurs fois à Yannick Moreau (l’ancien maire) en l’alertant sur les risques encourus d’accueillir la Golden Globe Race ; je n’en ai aucune certitude, mais je pense que cette année, c’est la dernière aux Sables. »

Un budget très nettement à la baisse

L’avenir le dira, en attendant, la ville du Vendée Globe accueille encore l’événement, mais en y investissant beaucoup moins de moyens. Là où Yannick Moreau avait réuni environ 1,3 million d’euros d’argent public il y a quatre ans (lire notre article), dont un coût net de 800 000 pour la ville et l’agglomération, qui prenaient en charge le village et de nombreuses animations, le montant total du sponsoring est tombé cette année à environ 150 000 €, assuré en très grande partie par la ville et le département de la Vendée, selon Don McIntyre. L’agglomération nous a de son côté fait savoir que le soutien à la GGR se montait à « 90 000 € d’aide financière et 50 000 d’aide matérielle ».

« Pour cette édition, nous avons perdu 70 % du budget de sponsoring que nous avions en 2022, poursuit-il. Le budget total de l’événement est inférieur à un million d’euros (contre plus de 2,5 il y a quatre ans). Du coup, il n’y a pas de village de course, la ville nous fournit en revanche la marina et des bureaux et elle organisera la remise des prix à la fin. » Une remise des prix qui verra le vainqueur, comme en 1968, recevoir un prize money de 5 000 livres sterling (de la part du Sunday Times à l’époque), apporté par un partenaire de l’événement, Scipio.

Pas de quoi rembourser des frais d’inscription qui se montent à 11 500 € (10 000 en plus si le skipper est sponsorisé), le budget total des participants étant quant à lui compris dans une fourchette allant de 150 000 à 300 000 € environ. « Cette fois-ci, sachant que j’avais déjà le bateau (un Rustler 36 qu’il avait acheté 80 000 € pour la précédente édition)mon budget est aux alentours de 200 000 euros tout compris sur un an », estime Damien Guillou, qui, quatre ans après avoir abandonné sous les couleurs de PRB, remet ça, cette fois soutenu par Solarem (écouter le dernier épisode de Pos. Report dont il est l’invité). Le Breton, qui emmène 200 jours de nourriture (et 600 litres d’eau) sur cette édition, inclut sa rémunération sur la période.

Un team manager par projet

L’autre skipper français en lice, Louis Kerdelhué, étudiant ingénieur de 21 ans, évoque quant à lui un budget, bateau inclus, d’environ 250 000 €, mais ne se paie pas. Chaque concurrent doit être accompagné d’un team manager, celui de ce dernier s’est imposé de lui-même : « Le mari de ma marraine est Dominique Dubois (ancien patron du groupe Carboman, qui comprend Multiplast), il m’a fait découvrir la navigation hauturière il y a six ans. C’est en l’accompagnant sur un convoyage entre La Trinité-sur-Mer et Les Sables pour une conférence de presse de l’Ocean Globe Race [également organisée par Don McIntyre, Dominique Dubois a couru la première édition, NDLR] que j’ai entendu parler de la GGR. J’ai alors demandé à Dominique ce que c’était, il m’a répondu : « Laisse tomber, c’est un truc de tarés ». Je suis ensuite allé au départ de l’OGR, j’ai échangé avec Don et Jean-Luc Van Den Heede, qui m’a aidé à trouver un bateau. »

En l’occurrence un Biscay 36 en ketch, qui a couru les deux premières éditions, que Louis Kerdelhué a acheté en décembre 2023 à l’Autrichien Michael Guggenberger, troisième de la deuxième édition. « Ça fait presque trois ans que je me prépare, accompagné par Dominique depuis son retour de l’OGR ; avec son expérience, il me demande des trucs qui ne sont même pas dans les safety check-lists, mais il a souvent raison ! »

Lui aussi sponsorisé – par IECharge, entreprise de son père – l’étudiant fait partie des huit marins qui embarquent à bord le système GGR Window Live, mis au point pour cette édition, qui va permettre, via un boîtier connecté à Starlink et plusieurs caméras, de suivre en permanence sur YouTube la moitié des 16 concurrents. Jusqu’ici, les rares images du bord étaient déposées sur une carte vidéo par les marins à deux points de rendez-vous obligatoires, aux Canaries et à Hobart.

Un live permanent sur YouTube

« Les temps changent et nous nous sommes résolus à nous lancer dans cette grande évolution, à laquelle nous avons consacré du temps et de l’argent et que nous avons souhaité limiter à la moitié de la flotte, explique Don McIntyre. Chaque participant a un créneau horaire programmé, au cours duquel il allume une de ses trois caméras. Nous recevons alors le signal que nous envoyons sur notre chaîne YouTube pour permettre aux gens de regarder en direct ce qui se passe à bord. Le programme hebdomadaire est annoncé une semaine à l’avance. » Coût de l’opération ? 300 000 euros, pris en charge par l’organisation, la société suédoise TriPeak, qui a développé le système, et les huit marins, à qui il en coûte 14 000 € chacun pour tout installer à bord et payer la connexion.

Déjà activé, ce GGR Window Live fera vivre dimanche le départ de l’intérieur, un départ qui, pour respecter l’esprit originel du Golden Globe Challenge – les concurrents avaient alors cinq mois pour s’élancer -, ne se fera pas cette année sous la forme d’une ligne à heure fixe, mais directement depuis le ponton de Port Olona, chaque marin s’élançant toutes les deux minutes à partir de 16h« C’est aussi pour souligner qu’il s’agit d’un événement très différent des autres courses, explique l’Australien. Avant de courir contre les autres participants, on court d’abord contre soi-même. »

Ce que concède d’ailleurs l’ancien figariste Damien Guillou, qui, lorsqu’on lui parle d’objectif de victoire, répond : « On me colle l’étiquette de favori, mais mon plus gros combat ne sera pas d’aller plus vite que les autres, mais de tout faire pour arriver, c’est vraiment la clé. Statistiquement, on sait qu’il y aura un pourcentage d’abandons très élevé, donc c’est impossible de faire des pronostics. Par exemple il y a quatre ans, personnellement, je n’avais pas du tout misé sur Kirsten au regard de sa préparation et de son bateau, et finalement, c’est elle qui gagne, ça peut très bien se reproduire cette fois-ci. »

Don McIntyre accepte pour autant de se livrer au jeu des pronostics, citant, outre Damien Guillou, le Britannique Henry Wootton et l’Irlandais Pat Lawless, avant de formuler un vœu, que « la moitié de la flotte soit cette fois à l’arrivée ». Rendez-vous en fin d’hiver prochain pour le savoir.

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Photo : Bernard Gergaud

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