La présentation officielle de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026 a eu lieu mardi 22 septembre aux Folies Bergères, à Paris, précédée le matin par un point presse « économique ». Sailorz y était et décrypte les grandes lignes budgétaires de cette 13e édition, à laquelle prendront part 118 solitaires.
Comme l’avaient fait un an plus tôt les organisateurs de la Transat Café L’Or, OC Sport Pen Duick avait convié mardi matin la presse économique pour un point destiné à présenter les chiffres principaux de l’édition 2026 de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe.
Directeur général d’OC Sport, Joseph Bizard a ouvert le bal, d’abord pour rappeler que la transat en solitaire « est un événement majeur qui, tous les quatre ans, touche des millions de personnes, les chiffres donnent souvent le vertige, en particulier pour la ville de Saint-Malo, qui a accueilli 1,2 million de visiteurs en 2022 (60 % bretons), pour 300 000 en Guadeloupe ». Ensuite pour insister sur la spécificité en termes de business model d’une telle épreuve, qui, à l’instar des autres grandes courses au large, ne repose ni sur des droits TV ni sur des recettes de billetterie, « qui assurent en général 70 % du budget de ce type d’événements ».
Et l’intéressé d’ajouter : « Pour la diffusion TV, on est même déficitaires car la production du départ et des arrivées nous coûte 500 000 euros » ; celle du départ n’étant plus, depuis l’édition 2022, réservée en exclusivité à France Télévision, « d’abord parce que France TV pouvait de moins en moins financer le dispositif, ensuite parce que le fait de libérer le flux pour l’ensemble des chaînes nous permet d’avoir un rayonnement le plus large possible ».
Joseph Bizard a ensuite listé « les contraintes grandissantes« , auxquelles l’organisateur doit faire face, entre sécurisation du site à Saint-Malo – « le coût est exorbitant, il était de 50 000 euros en 2014 contre 1,1 million en 2026 » – et investissement croissant en raison des enjeux RSE : « On est aujourd’hui sur un budget autour de 400 000 euros, contre quasiment rien en 2018« , précise-t-il. Avant de citer, comme principaux postes de dépenses en la matière, « la délimitation et la sécurisation des sites de la pointe du Grouin et du cap Fréhel liées au dispositif Natura 2000, les analyses d’impact carbone, le gros travail de pédagogie pour communiquer sur les enjeux environnementaux, notamment de mobilité, et, cette année, un village à Saint-Malo 100 % électricité pour réduire notre empreinte carbone, ce qui n’est pas neutre, parce que c’est beaucoup moins cher de mettre des générateurs que de l’électricité partout ».
Un budget de 11,5 millions d’euros
Ces « contraintes grandissantes », auxquelles s’ajoute l’inflation,
Le reste du budget se répartit comme suit : 22 % lié aux recettes du village et aux hospitalités, ces dernières – 20 000 personnes en bénéficient – gérées par Rivacom Events, filiale, comme OC Sport, du groupe Advenn, ex-Télégramme) ; 20 % provient des collectivités hôtes, 1,25 million d’euros pour Saint-Malo, 1,1 million pour la Guadeloupe (en plus du partenariat titre), 250 000 euros pour la région Bretagne ; les inscriptions comptent quant à elles pour 20 % – 90 000 euros par Ultim, 30 000 par Imoca, 20 000 par Ocean Fifty, 15 000 par Class40, 10 000 par Vintage Mono et Vintage Multi ; les derniers 3 % proviennent de « produits opportunistes » (activations, prestations hébergements et voyage…)
Et Joseph Bizard de préciser que Saint-Malo « investit en plus environ un million d’euros », correspondant aux moyens et personnels sur et autour du village, tandis que la région Bretagne met à disposition le port, « soit une valorisation d’environ 2 millions d’euros« , autant d’apports en nature « qui n’apparaissent pas dans le budget ».
« Nous tablons sur une
rentabilité entre 3 et 5% »
Interrogé sur les retombées pour l’agglomération de Saint-Malo de la dernière édition du Rhum, Jean-Virgile Crance, premier adjoint en charge notamment de la plaisance et du nautisme, présent mardi matin au point presse, a évoqué un total de 29 millions d’euros de retombées directes et 700 emplois créés sur la période du village. Avant d’ajouter : « Les commerçants nous disent aussi qu’en général, l’année qui suit la course est une très bonne année, preuve qu’elle contribue à la promotion de l’image de Saint-Malo. » Pour ce dernier, « la Route du Rhum est un événement incontournable de l’histoire de la ville », au point qu’elle « aura toute sa place » dans son futur musée maritime, L’Hydro (ouverture en 2029), et qu’elle justifie en bonne partie le développement tant attendu par les teams professionnels locaux d’un véritable pôle de course au large, « projet à dix ans » porté principalement par la région Bretagne.
Si le budget de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe est à la hausse pour cette édition 2026, l’ambition de l’organisateur est, selon Julie Coutts, directrice générale d’OC Sport Pen Duick, de « faire mieux plutôt que plus ». Côté plateau, la tendance est même à la décroissance, puisque de 123 participants en 2018, 138 en 2022, il est passé cette année à 118. « On veut continuer à avoir moins de bateaux, le fait de rajouter des concurrents n’ajoute pas forcément de l’intérêt au regard des contraintes que cela implique », commente à ce propos Joseph Bizard.
Le village de Saint-Malo, qui nécessite cinq semaines d’installation, reste quant à lui de taille identique par rapport à 2022 (70 000 m2), l’objectif étant « d’essayer de lisser la fréquentation pendant les 13 jours d’ouverture », note Julie Coutts. Accompagné sur les enjeux de mobilité par l’agence Mollow, OC Sport Pen Duick a réalisé une étude sur l’édition précédente, qui fait état d’un taux de satisfaction de 80 % lié à la facilité d’accès du village. Cette année, l’organisateur annonce un total de 281 000 places de train à destination de Saint-Malo sur la période du village et 15 TGV supplémentaires au départ de Paris (soit 60 000 places).
La Route du Rhum est-elle rentable pour OC Sport Pen Duick ? « En 2022, nous avons perdu plus d’un million d’euros, en raison principalement du décalage du départ, qui a été un gros surcoût. Pour cette édition, nous tablons sur une rentabilité entre 3 et 5% », répond Joseph Bizard [soit un résultat entre 345 000 et 575 000 euros, NDLR]. Interrogé enfin sur le chiffre d’affaires annuel d’OC Sport Pen Duick, il précise : « Sur une année Rhum, on est autour de 15 millions d’euros, ce qui n’est rien comparé aux 350 millions de Roland-Garros ou aux 150 du Tour de France, alors que la Route du Rhum est un des événements majeurs de l’année. Pour 2027, où on a la Transat Paprec, le Tour de Belle-Ile et la Solitaire du Figaro Paprec, on sera à 3,5 millions de CA, donc en moyenne sur quatre ans, on est entre 8 et 10 millions d’euros. »
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Photo : Jean-Louis Carli/Fact Story