La cinquième et avant-dernière étape de la Globe40, entre Valparaiso (Chili) et Recife (Brésil) s’élance mercredi 18 février. Pour Sailorz, organisateur, skippers et architectes dressent un premier bilan technique et sportif de cette deuxième édition du tour du monde en double en Class40.
Avant le départ, c’était LA grande interrogation de la Globe40 2025-2026 : les scows seraient-ils capables d’enchaîner autant d’étapes et d’affronter les mers du Sud sans subir de casse majeure ? Aux deux tiers du tour du monde, alors que la flotte est arrivée au Chili après avoir traversé les océans Indien et Pacifique, le bilan technique est positif.
Sur les trois scows au départ, tous restent officiellement en course, même si les Allemands de Next Generation Boating (Lennart Burke/Melwin Fink) ont subi une casse lors de la troisième étape dans l’Indien et ne reprendront la course qu’à Recife pour la dernière. “Il s’agit d’une avarie de gréement déjà rencontrée par beaucoup de Class40 et qui n’est pas liée à la longueur des étapes, note Ian Lipinski, skipper de Crédit Mutuel. En ce qui nous concerne, nous n’avons eu aucun souci au niveau de la structure ni du gréement. Et pourtant, nous avons tiré fort sur le bateau, dans des conditions soutenues.”
Architecte de Crédit Mutuel, David Raison n’est pas surpris par la robustesse de la machine : “Je savais qu’on avait le bateau le plus solide de la flotte, nous avions placé le curseur très haut dans la conception, affirme-t-il. On s’est creusé la tête pour avoir un Class40 très costaud sans être trop lourd. J’étais donc confiant, mais je suis toujours content d’apprendre aux arrivées qu’il n’y a rien à signaler, ou alors des détails.”
Des perspectives encourageantes
Du côté de Belgium Ocean Racing-Curium, actuel leader au classement général, quelques soucis techniques (un peu de strat à faire, du matelotage et de petites casses mécaniques) ont été constatés en arrivant à Sydney, après une exigeante traversée de l’océan Indien. “Mais le fait de rester en course n’a jamais été remis en cause, précise le skipper belge Jonas Gerckens. Avant le départ, nous avions voulu la jouer safe. En plus de rajouter les cloisons étanches obligatoires, nous avions prévu des renforts, notamment au niveau de la quille. Nous étions aussi passés sur un mât à deux étages de barres de flèche.”
Éric Levet, architecte au cabinet Lombard, concepteur de ce Lift V2, affiche aussi sa satisfaction : “C’était l’épreuve de vérité sur le comportement des scows dans les mers du Sud. Ils s’en sont sortis très correctement et ont prouvé qu’ils sont adaptés pour cet exercice. Certes, ces bateaux sont parfois très inconfortables pour les navigateurs, mais ils sont stables de forme, très marins et capables d’encaisser des efforts soutenus sur la longue durée.” Organisateur de la Globe40, Manfred Ramspacher salue quant à lui “la qualité de la préparation en amont et du suivi technique tout au long de l’épreuve”. Il rappelle aussi que les cinq pointus sont de leur côté toujours en course.
Et si la prudence reste de mise jusqu’au terme de ce tour du monde, le fait que la traversée des mers du Sud se soit jusqu’ici bien passée dessine selon lui des perspectives encourageantes pour une troisième édition de la Globe40. “Nous prouvons que les Class40, et notamment les scows, sont de véritables bateaux océaniques, au même titre que les autres séries, se réjouit Manfred Ramspacher. Cela montre qu’on peut vivre les émotions du Grand Sud, se confronter à cet univers mythique, sans forcément disputer le Vendée Globe.”
Un duel particulièrement accroché
Côté sportif, la Globe40 tourne au duel pour la victoire finale. Belgium Ocean Racing-Curium et Crédit Mutuel ne se lâchent pas, avec des arrivées se jouant à quelques minutes (à La Réunion), voire à quelques mètres (à Valparaiso). Au Chili, après une étape de trois semaines, les deux équipages ont été déclarés ex aequo. “Après enquête technique, les résultats contraires de l’analyse cartographique Adrena et du système de balises Yellowbrick ne permettaient pas d’obtenir un résultat incontestable”, a justifié l’organisation.
Concrètement, la ligne d’arrivée était virtuelle, sans comité de course présent sur place, ce qui a empêché de trancher de visu et n’a pas manqué de surprendre Jonas Gerckens (qui ne disputait pas cette étape). “Cela doit faire réfléchir pour la suite. Le virtuel ne peut pas tout remplacer, l’œil humain doit encore servir, souligne-t-il. Hormis ce petit couac, cette édition de la Globe40 est magique. Je suis impressionné par le rythme qu’on s’impose, c’est une sorte de Normandy Channel Race, mais à l’échelle planétaire. C’est à la fois usant et génial à vivre. Crédit Mutuel était le grand favori et nous avions davantage un rôle d’outsider. Nous sommes ravis de faire jeu égal.”
Ian Lipinski se montre tout aussi enthousiaste quant à l’intensité du duel : “Je savais que le team belge serait coriace et qu’il faudrait se battre pour gagner, mais honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à un duel aussi serré car je me projetais sur de grands écarts pendant les étapes, avec l’un ou l’autre des équipages disposant d’une belle avance, limite à naviguer dans des systèmes météo différents. Je pensais qu’il y aurait parfois des longueurs, ce n’est pas du tout le cas. L’excitation de la course est là, du début à la fin. C’est carrément motivant. Ça manque un peu de bateaux mais, au moins, il y a du jeu.”
Ian Lipinski :
“On n’a pas le droit à l’erreur”
D’après nos interlocuteurs, la probabilité est forte pour que ce duel continue jusqu’au bout, les Belges n’ayant que 2 points d’avance au classement général, avant les deux dernières étapes. “Sur la dernière, le retour de l’équipage allemand va pimenter le jeu, analyse Manfred Ramspacher. Il peut jouer le rôle d’arbitre s’il s’intercale entre les deux leaders, comme il l’a fait à l’arrivée de l’étape 2 à La Réunion. Cela peut bouleverser le classement final.”
Pour ces deux dernières étapes (Valparaiso-Recife puis Recife-Lorient), Ian Lipinski sera associé à Antoine Carpentier, tandis que Jonas Gerckens partira avec Corentin Douguet sur la prochaine et un co-skipper à déterminer pour la dernière – Benoît Hantzperg, Renaud Dehareng et Djemilla Tassin ont navigué sur le bateau belge lors des précédentes.
“On n’a pas le droit à l’erreur : globalement on doit gagner les deux dernières étapes pour remporter l’épreuve. La pression est plus sur nous que sur eux”, reconnaît Ian Lipinski, impatient de repartir en mer et de s’attaquer au “gros morceau qui nous attend, le passage du cap Horn.” Et le skipper de Crédit Mutuel d’ajouter : “A priori, c’est la meilleure saison pour le franchir, mais on connaît la réputation de cette zone et on espère que les conditions seront acceptables. En tout cas, quand le Horn sera derrière nous, on ressentira une forme de soulagement.“