Lancées en 2017, les ETF26 Series, qui comprendront cinq événements en 2026, le premier du 11 au 14 mars à Mar Menor (Espagne), franchissent un nouveau palier avec un bateau qui vole désormais également au près. L’occasion Pour Sailorz de faire le point sur ce circuit et sur la classe avec ses promoteurs et quelques skippers.
Cinq mois après la fin de la précédente à Mar Menor (Espagne), qui a couronné l’équipe Entreprises du Morbihan de Matthieu Salomon pour la troisième année consécutive, c’est au même endroit, près de Murcie, que débute du 11 au 14 mars la 9e saison des ETF26 Series, circuit lancé en 2017 par Jean-Pierre Dick et racheté cinq ans plus tard par Pierre Picot avec sa société Anemo Sailing. La grande nouveauté de ce nouvel exercice, c’est que les catamarans à foils vont désormais voler non seulement au portant, mais également au près, grâce à la combinaison de plans porteurs sur les safrans, de nouveaux foils et d’un jeu de voiles neuf.
“C’est l’aboutissement de plusieurs années de développement, commente Pierre Picot. Nous avions déjà modifié les safrans l’an dernier en ajoutant des plans porteurs et un réglage de différentiel, tandis que les nouveaux foils [dessinés par Guillaume Verdier et construits par Avel Robotics] ont été testés sur le dernier Grand Prix de la saison, avec un tip plus long, une corde réduite et une section plus aérodynamique et plus cambrée qui apporte plus de portance. Quant aux voiles, dessinées par Mathieu Guillaud de North Sails, elles permettent de réduire la traînée aéro.”
Résultat, l’ETF26 va donc désormais voler tout le temps et plus tôt, à partir de 7 nœuds de vent au portant et environ 10 au près, précise celui qui explique avoir investi 150 000 euros dans le développement technique des catamarans depuis 2022. “L’objectif était de donner une seconde vie au bateau pour repartir sur un cycle de plusieurs années et de continuer à attirer des équipes qui visent le top niveau”, ajoute Pierre Picot, celles-ci étant au nombre de huit cette saison.
Attirer les “olympiques”
Qu’en pensent justement les utilisateurs ? “La nouvelle version du bateau compte pour beaucoup dans mon réengagement cette année, répond Matthieu Salomon, qui repart pour une cinquième saison consécutive. Ça va changer considérablement la physionomie des régates, en particulier au niveau tactique, avec, en outre, un support plus exigeant, parce qu’on va atteindre des vitesses plus élevées au près. Et sportivement, tout le monde repart un peu à zéro, ça va être très ouvert.”
Pour Léo Chapalain, qui pilote le programme ETF26 au sein de l’Académie K-Challenge (deux bateaux engagés, comme l’an dernier), le fait de passer en full foiling répond aux attentes d’une équipe qui, cette année, s’aligne sur le circuit dans la perspective de la Youth et Women’s America’s Cup (printemps 2027 à Naples). Les deux équipages jeune et féminin sont en cours de sélection, celle-ci sera dévoilée fin mars/début avril, K-Challenge sera donc absent à Mar Menor. “L’ETF26 dans sa nouvelle version est une belle plateforme pour naviguer en équipage sur un support volant à haute vitesse, il se rapproche encore davantage de l’AC40“, commente-t-il.
Attirer des équipes de la Coupe fait d’ailleurs partie des ambitions de Pierre Picot et Maxime Grimard, manager de la classe, qui lorgnent aussi du côté des teams SailGP, mais également de la voile olympique, en particulier des marins naviguant en 49er et Nacra 17. “On va profiter du Mondial en mai à Quiberon pour proposer à des équipes d’essayer le bateau, on se positionne clairement comme une passerelle entre la voile olympique et la voile professionnelle, le circuit est vraiment adapté”, confirme Pierre Picot.
Des budgets de 100 000
à 200 000 euros
Et effectivement, le circuit attire les “olympiques”, puisqu’on y retrouve notamment cette saison des spécialistes de Nacra – Tim Mourniac, de retour avec son père Jean-Christophe et Team Pro (ils étaient absents en 2025) et les Britanniques John Gibson et Anna Burnet, champions du monde en titre – mais également de 49er, à savoir Clément Péquin et Erwan Fischer, champions du monde 2024, qui intègrent le circuit avec Team Sport Bams.
“Bams, qui nous accompagne en 49er, voulait qu’on puisse mener un autre projet qui nous permette de vivre de notre sport tout en gardant comme finalité la médaille d’or olympique à Los Angeles, explique Erwan Fischer. Souvent, les doubles projets permettent d’être plus performants, mais également de faire plus de régates, il y en a de moins en moins en 49er. Comme on avait eu l’opportunité de découvrir le circuit ETF26 en faisant deux Grands Prix avec Tim (Mourniac) après les Jeux de Paris et qu’on avait kiffé le bateau, on s’est rapprochés de la classe pour voir comment concilier les calendriers et nous permettre de faire toute la saison.”
Team Sport Bams a ainsi racheté un ETF26 d’occasion – 150 000 euros avec les nouveaux foils (55 000 à la location annuelle, jeu de voiles compris) – pour un budget total, “comprenant le bateau et la masse salariale, d’à peu près 400 000 euros”, selon Erwan Fischer. La moyenne des budgets de fonctionnement oscille, selon les teams, entre 100 000 et 200 000 euros. “Le bateau et le circuit sont vraiment chouettes pour un montant raisonnable, mes partenaires sont super satisfaits du cocktail navigations/visibilité qu’on leur propose”, commente Charles Dorange. A la tête de Blueshift Sailing Team, ce dernier réunit cette année un équipage européen, avec le Belge Henri Demesmaeker et le Suédois Rasmus Rosengren, moyennant 100 000 euros de budget.
“On aimerait 10-12 teams”
Pour Matthieu Salomon, qui continue cette année avec le même équipage (Franck Cammas, Solune Robert, Valentin Bellet) et vise un total de 200 000 euros, les ETF26 permettent aux partenaires de “toucher du doigt un bateau inaccessible pour le commun des mortels, sachant que sur les journées RP, on fait naviguer une douzaine de personnes par jour. C’est un très bon support de cohésion des équipes, et sur les régates, ils sont vraiment en immersion, dans des lieux souvent sympas.”
A savoir cette année, Mar Menor pour ouvrir la saison, le lac de Garde en juin et juillet, Lorient mi-août et Quiberon en octobre, cinq événements organisés par la classe pour une enveloppe totale de 100 000 euros et autofinancés par les droits d’entrée (11 000 euros par équipe). “La principale nouveauté cette saison, c’est Lorient, où on voulait aller depuis quelques années et qui a un côté un peu historique pour nous, parce que le bateau y est né, explique Maxime Grimard. On y arrive enfin sur un week-end de forte affluence (12-15 août), on espère que ça va booster la visibilité du circuit auprès du grand public et des partenaires.”
Car l’objectif de la classe est de trouver un sponsor titre – tarif environ 100 000 euros – “pour faire grandir les événements, mieux communiquer et apporter plus de services aux équipes”, explique Pierre Picot, mais également d’attirer plus d’équipes, notamment étrangères. “Quatre bateaux sont encore disponibles, on aimerait 10-12 teams dans un avenir proche”, ajoute ce dernier.