Portsmouth accueille samedi et dimanche le huitième rendez-vous de la saison de SailGP, l’Emirates Great Britain Sail Grand Prix, avec au passage un nouveau format de course, une première phase composée de deux groupes et une finale qui se court désormais à quatre. Vainqueur du circuit en 2025 et pour l’instant troisième au général, l’équipe Emirates GBR (*) a bien l’intention de briller à domicile. Ce que confirme à Sailorz son skipper Dylan Fletcher (38 ans), par ailleurs champion olympique de 49er à Tokyo en 2021 et barreur du défi GB1 pour la prochaine Coupe de l’America.
Quel est l’état de l’équipe Emirates GBR avant d’attaquer ce week-end le Grand Prix de Portsmouth à domicile ?
Portsmouth est un moment clé de notre saison, notre Grand Prix à domicile, donc nous sommes vraiment concentrés pour essayer de gagner. Nous sommes juste au-delà de la moitié de la saison et dans le top 3 au classement, nous devons vraiment commencer à être plus réguliers, comme nous l’avions fait l’année dernière. Il y a indéniablement une pression supplémentaire, j’espère que les supporters vont nous mettre dans de bonnes conditions. Je sais que l’année dernière, Hannah (Mills, stratégiste) et moi avions beaucoup parlé de la pression que nous ressentions pour ce Grand Prix à domicile. Nous sortions alors d’une série catastrophique avec trois événements très difficiles, nous avions vraiment le sentiment qu’il fallait relancer notre saison, et nous avions réussi à le faire ici, même si nous n’avions pas gagné (deuxièmes).
Comment vois-tu la flotte SailGP aujourd’hui ?
Je pense qu’elle est très compétitive, elle a beaucoup évolué depuis l’année dernière. On voit que les Australiens performent très bien, ‘Goobs’ (Iain Jensen, auparavant régleur d’aile d’Emirates GBR) s’est bien intégré dans cette équipe, on peut voir qu’ils ont très bien repris une partie de notre approche tactique et certaines choses que nous avions mises en place. Les Néo-Zélandais ont en revanche connu des difficultés de manière assez surprenante, tandis que les Espagnols semblent avoir progressé. De notre côté, comme je le disais, c’est plus un problème de régularité, mais quand je repense au début de la saison 2025, c’était pareil, il y avait beaucoup de hauts et de bas dans la flotte, c’est vraiment dans la deuxième moitié de la saison que les grandes équipes ont émergé, nous, les Australiens et les Néo-Zélandais.
Considères-tu que SailGP est très complémentaire de la Coupe ?
Oui, c’est une excellente chose de continuer à courir sur ce circuit pour rester très affûté. A côté, nous avons la chance de pouvoir beaucoup naviguer à deux AC40 avec APP (Athena Performance Pathway, l’équipe britannique féminine et jeunes), ça nous pousse réellement, nous pouvons travailler les manœuvres, les départs et les parcours, c’est formidable. Mais le fait d’avoir des courses en flotte, d’être présents sur la scène mondiale et de ressentir la pression de la compétition sur SailGP est vraiment bénéfique. J’espère continuer à faire les deux jusqu’à ce que je sois trop vieux et ou plus assez performant. (rires)
« L’équipe est beaucoup
plus agile et efficace »
Parlons maintenant de la Coupe de l’America, que gardes-tu de la régate préliminaire fin mai à Cagliari ?
Nous avons évidemment été profondément frustrés par le résultat, on ne va pas le cacher [dernière place pour GB1, cinq DNS à cause de problèmes techniques, NDLR]. C’était difficile pour l’équipe, car nous avions le sentiment d’avoir bien préparé cette échéance, je pensais que nous pourrions nous battre pour la finale, mais nous avons perdu des points sur la fiabilité. Cependant, si l’on compare avec notre situation lors des régates préliminaires de la précédente campagne, où nous terminions les courses mais n’étions pas en mesure de nous battre pour le podium, j’ai le sentiment qu’à Cagliari, nous étions dans une meilleure position, en mesure de jouer le top trois (trois podiums sur les trois manches courues). Maintenant, nous devons travailler dur pour comprendre et régler tous ces problèmes de fiabilité.
Où situes-tu GB1 par rapport à Ineos à la même époque il y a trois ans ?
Je pense que la véritable force de GB1, c’est que l’équipe est beaucoup plus agile et efficace. Nous avons tiré de grands enseignements de la précédente expérience, notamment du partenariat avec la F1 (Mercedes), nous avons aujourd’hui une équipe un peu plus petite, dans laquelle chacun connaît mieux le rôle des autres, ce qui se passe dans chaque domaine, ça donne un état d’esprit plus familial, c’est assez différent, mais très positif. C’est une approche un peu plus proche de celle de Team New Zealand, avec cette recherche d’efficacité et une réflexion très précise sur la manière dont on choisit d’investir son temps, son argent et ses ressources humaines. Maintenant, nous savons que nous sommes en retard par rapport aux Néo-Zélandais et à Luna Rossa en termes de temps passé sur l’eau, l’écart est assez important. Mais ce n’est pas un problème. La prochaine Coupe sera la première d’une série d’éditions qui auront lieu tous les deux ans, nous sommes en train de construire les bases. Ce qui ne nous empêche pas de penser que nous sommes ici pour essayer de gagner la Coupe de l’America l’année prochaine.
« Une véritable tempête
dans le bon sens du terme »
Le conflit avec Jim Ratcliffe (patron d’Ineos, ancien sponsor titre du défi britannique, qui revendique la propriété de l’AC75) a-t-il un impact sur vous et l’équipe ?
Non, Ben s’occupe de tout cela, nous avons aussi une excellente équipe juridique, c’est quelque chose qui suit son cours. Moi, je me concentre simplement sur le fait de mettre GB1 dans la meilleure position possible l’année prochaine pour gagner la Coupe de l’America.
Un mot sur ton parcours : comment as-tu réussi à devenir aujourd’hui un des meilleurs spécialistes du monde du foil à très haute vitesse ?
Je suis arrivé sur le circuit SailGP lors de la première saison [pilote du F50 britannique, NDLR], je faisais alors du 49er et du Moth. Je pense que j’avais montré que j’avais du potentiel, mais j’avais perdu le poste de barreur au profit de Ben (Ainslie), ce qui était tout à fait compréhensible, compte tenu du fait qu’il voulait prendre ce rôle pour préparer la Coupe de l’America (36e édition en 2021). Cette déception nous a poussés avec Stu (Bithell) à nous investir à fond en 49er pour montrer ce dont nous étions capables, avec l’idée d’aller chercher la médaille d’or à Tokyo pour nous ouvrir un poste en Coupe de l’America ou de nouveau sur SailGP. Après Tokyo, j’ai beaucoup insisté auprès de Ben qui m’a finalement laissé naviguer sur un AC40 à Palma, je suppose que j’ai suffisamment bien performé pour finalement devenir barreur remplaçant de l’AC75. Les deux dernières années ont été incroyables, une véritable tempête dans le bon sens du terme, j’ai vraiment l’impression d’avoir accéléré ma carrière, ma progression a été extrêmement rapide.
Lorsque tu faisais du Moth, tu pensais justement à cette perspective d’accéder à la Coupe ou à SailGP ?
C’était d’abord pour le plaisir, mais il y avait effectivement cette vision à long terme. À cette époque, j’avais l’impression que les critères d’entrée étaient une médaille d’or olympique ou un titre de champion du monde de Moth. Je pense d’ailleurs que c’est toujours le cas aujourd’hui, on l’a bien vu récemment avec Enzo Balanger qui a gagné le championnat du monde de Moth, et a intégré l’équipe française de Coupe de l’America, d’abord jeunes, puis principale, mais aussi de SailGP, c’est formidable de voir une telle progression.
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Photo : Emirates GBR