Du 11 au 17 mai, l’Institut National du Nautisme (I2N) accueille à Saint-Pierre-Quiberon (Morbihan) les mondiaux de trois séries olympiques : Nacra 17, 49er et 49er FX. Un rendez-vous d’ampleur, puisque c’est le seul championnat du monde d’une discipline olympique disputé en France en 2026, tous sports confondus. Sailorz décrypte les coulisses de cette organisation.
Début 2025, lorsque les classes 49er/49er FX et Nacra 17, qui organisent traditionnellement leurs grandes compétitions internationales en commun, lancent un appel à candidatures pour accueillir les championnats du monde 2026, Jimmy Pahun et Alain Champy se disent que l’opportunité est trop belle pour ne pas passer à côté. Le premier, député de la deuxième circonscription du Morbihan, est aussi un ex-régatier reconnu ; le second est président du comité départemental de voile du Morbihan (CDV 56), ancien entraîneur de l’équipe de France de 49er et ex-arbitre international.
Alors que Quiberon n’a plus accueilli de championnat du monde de série olympique depuis 1981 (470), l’occasion de renouer avec une grande régate internationale est tentante. “Quelques mois après les JO de Paris 2024, on y voyait l’opportunité de faire perdurer l’esprit olympique, mais aussi de faire rayonner la baie de Quiberon, et plus largement tout le territoire, raconte Jimmy Pahun. J’y ai cru dès le début, j’en avais vraiment envie. La fonction d’un député, c’est aussi de mettre en avant sa circonscription.”
La candidature bretonne a des atouts à faire valoir : le CDV 56 dispose d’un savoir-faire reconnu et d’une réelle expérience dans l’organisation de championnats de France et de régates internationales. La structure peut en outre mobiliser les moyens humains (bénévoles) et logistiques (bateaux comités, semi-rigides) nécessaires en fédérant plusieurs clubs du Morbihan. Surtout, le département dispose avec l’Institut National du Nautisme (I2N), ex ENVSN, d’un cadre d’accueil exceptionnel, au cœur de la baie de Quiberon. C’est en juin 2025 que la candidature française est validée, reste pour les organisateurs à boucler leur budget.
Un budget de 270 000 euros,
pas de partenaire titre
Il est alors estimé à 330 000 euros, les organisateurs espérant attirer un partenaire titre à hauteur de 60 000 euros. “Je pensais qu’on trouverait facilement, compte tenu de la portée de ce rendez-vous. Il s’agit tout de même du seul championnat du monde d’un sport olympique organisé en France en 2026. A côté, il n’y a qu’un championnat d’Europe, celui de natation (31 juillet-16 août à Paris et Saint-Denis)“, raconte Jimmy Pahun. “Bruno Troublé (qui a notamment contribué à créer la Coupe Louis Vuitton au début des années 1980, écouter l’épisode d’Into The Wind qui lui est consacré) nous a aidés dans nos démarches de recherche d’un partenaire titre. Nous avons eu de bons contacts, mais ils n’ont pas abouti. En France, la voile olympique est semble-t-il moins porteuse que la course au large”, déplore quant à lui Alain Champy.
Un partenaire de taille est néanmoins impliqué : la SNCF qui “finance deux expositions sur les championnats du monde dans les gares de Rennes et Vannes, ainsi que l’affichage dans celles de Paris-Montparnasse, Auray et Lorient ; elle prend également en charge le transport des arbitres, à hauteur de 15 000 euros, ce qui représente un poste de dépense important dans notre organisation”, précise Maëlle Le Mestre, directrice du CDV 56.
Le budget finalement réuni pour organiser ces mondiaux s’élève à environ 270 000 euros. La communication, et en particulier la production vidéo et photo pour suivre les régates en direct lors des phases finales (sur le site des classes et sur YouTube), représente une part importante des dépenses. “De l’ordre de 70 000 à 80 000 euros”, précise Maëlle Le Mestre, Aalvaa Media et Sailing Energy, habituels prestataires des classes, ayant été retenus pour ce suivi. Les autres gros postes de dépenses sont la partie logistique mer (45 000 €) et la prise en charge des arbitres (35 000 €).
Côté recettes, les inscriptions comptent pour 120 000 euros, s’y ajoutent 144 000 euros de subventions publiques, notamment via le pôle GESI (Grands évènements sportifs internationaux), rattaché au ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie Associative, qui contribue à hauteur de 65 000 euros, la région Bretagne (20 000), le département du Morbihan (25 000), la communauté de communes Auray Quiberon Terre Atlantique (12 000) et l’Agence Nationale du Sport, qui finance une partie de la production vidéo et photo. Enfin, 5 000 euros ont été collectés grâce à des dons privés.
Un enjeu majeur :
attirer le public à l’I2N
Le fait de ne pas avoir réuni l’intégralité du budget souhaité a contraint les organisateurs à quelques compromis : pas d’écran géant sur le village de l’épreuve, pas de bateaux spectateurs, moins d’animations à terre. “Pour les régates et les coureurs, tout sera optimisé. Pour le reste, nous devons limiter certaines dépenses, l’idée n’est pas non plus de se mettre dans le rouge financièrement. L’objectif est simplement d’atteindre l’équilibre“, indique Alain Champy.
Le village, gratuit et installé au cœur de l’I2N, permettra néanmoins de suivre les départs et les arrivées à terre des coureurs, et sans doute une partie des régates, puisque si les conditions le permettent, les courses se dérouleront au plus près de la côte. Par ailleurs, différentes animations seront proposées autour de quatre thématiques : inclusion, féminisation, environnement et jeunesse.
Cela sera-t-il suffisant pour faire venir les spectateurs en nombre ? “Nous avons eu pas mal de débats autour de la question suivante : faut-il tout accueillir à l’I2N ou décentraliser un village ailleurs ? explique Tim Mourniac, engagé en Nacra 17 avec Aloïse Retornaz et local de l’étape (né à Vannes et licencié à l’ASN Quiberon), qui a joué un rôle de conseil auprès des organisateurs pour les aiguiller. Le choix a été fait de tout regrouper au même endroit. Maintenant, pour que les gens adhèrent, il faut ouvrir en grand les portes de l’I2N. Comme la compétition se déroule sur une semaine de pont (de l’Ascension), la presqu’île va être bondée, il faut réussir à orienter les spectateurs potentiels vers notre événement. Je suis confiant, car je sens une bonne émulation locale.”
Dans tous les cas, il y aura du monde sur le site de l’I2N : plus de 350 athlètes représentant 40 nationalités sont attendus avec près d’une centaine d’entraîneurs, ainsi qu’environ 80 arbitres, officiels et bénévoles. “L’I2N est un lieu idéal, il n’existe pas beaucoup d’équivalents en France, voire en Europe, pour accueillir un tel événement, note Tim Mourniac. Et la baie de Quiberon offre un terrain de jeu parfait pour nos engins instables et rapides. Je suis fier de participer à un événement de cette envergure à domicile, se réjouit Tim Mourniac. Après les Jeux de 2024 à Marseille, c’est une superbe opportunité pour les sportifs français, ça nous galvanise.”