Quand et comment a été prise la décision de confier la barre d’Initiatives Cœur à Violette Dorange ?
A la fin du Vendée Globe, nous étions assez partants avec K-Line pour repartir pour quatre ans. Comme Sam nous avait annoncé qu’elle souhaitait continuer à faire de la voile en compétition, mais plus en solitaire, il nous fallait envisager l’avenir si on voulait faire le Vendée Globe 2028. Le choix de Violette nous paraissait intéressant, mais on ne la connaissait pas tant que ça, donc le fait qu’elle puisse faire la saison avec nous, et notamment la Transat Café L’Or avec Sam, permettait à tout le monde, à elle, Sam et nous, de mieux se comprendre et s’estimer. On s’était donné toute l’année pour faire évoluer le cheminement de chacun, mais très vite, on a vu que les choses allaient coller entre Sam et Violette, entre nous et Violette. La transat a notamment été un très bon galop d’essai pour elles, ça démontrait toute la pertinence de notre choix, et quand j’ai discuté avec Sam à l’arrivée, elle m’a dit qu’on avait trouvé la remplaçante idéale, à la fois d’un point de vue sportif et d’un point de vue communication. Il y avait donc une convergence à vouloir poursuivre avec elle, ça nous paraissait naturel de l’emmener jusqu’au Vendée Globe 2028, mais on a préféré aller jusqu’au bout de la saison pour l’entériner, ce qui a définitivement été fait en fin d’année, on a ensuite laissé passer les fêtes pour l’annoncer.
Pourquoi est-elle selon vous la remplaçante idéale ?
Ce n’est pas facile de succéder à Sam, qui est à la fois une très bonne skippeuse et une très bonne communicante, avec un sourire, une envie et une détermination admirables, elle a cette positivité qui amène toujours quelque chose de rayonnant. Elle transmet un héritage précieux à Violette, mais je pense que Violette présente toutes les qualités pour reprendre le flambeau et la barre de ce projet. Elle a su souvent emmener avec elle un public qui était très peu dans la voile, or, ce qui importe dans ce projet, c’est d’arriver à toucher plus de gens. A la fois pour collecter des fonds plus largement pour Mécénat Chirurgie cardiaque et opérer de plus en plus d’enfants, mais également augmenter notre notoriété pour capitaliser avec un bon feeling autour du projet.
Dans le communiqué, il n’est plus fait mention du troisième partenaire, Vinci Energies, cela veut dire que le groupe se retire ?
Oui, cela faisait huit ans qu’ils étaient associés au projet, ils ont joué le jeu avec nous, ils ont dû faire des choix de partenariats qu’on peut tout à fait comprendre à l’échelle de groupes multinationaux comme Vinci Energies. Merci à eux et on est donc à la recherche d’un ou plusieurs partenaires pour les remplacer.
“Ça reste un projet
d’une forme de sobriété”
Oui, tout à fait, on est phase là-dessus avec David. Lui rêvait d’un projet gagnant, alors que ça n’a jamais été foncièrement le projet d’Initiatives Cœur. On a certes toujours été d’accord pour mettre de la valeur dans la sportivité afin d’être un bon outsider, mais avec certaines limites. Dans le sens où on sait très bien ce que cela signifie d’un point de vue financier et dans l’exigence sportive qui, souvent, peut être au détriment de la communication générale du projet. Ce n’est pas l’ADN d’Initiatives Cœur, on ne veut pas aller au-delà d’un certain seuil, ça reste un projet d’une forme de sobriété. On n’avait notamment pas du tout l’ambition de faire un bateau neuf, on avait été très clairs là-dessus avec K-Line. Après, j’ai très bien compris la démarche de David, c’est un sportif, il a lui-même été compétiteur, mais ça fait partie des choix qui sont faits tous les quatre ans, avec un mercato qui existe.
Et vous avez donc créé votre propre équipe autour de Ronan Deshayes ?
Oui, on repart avec une équipe de six personnes qui s’appelle Sailing Team Initiatives Cœur – le diminutif est prononcé « Sticker » – et est basée dans le Glorieux 1 à Lorient, à côté du Team Paprec. Et avec Ronan à sa tête, qui a été notre premier boat-captain sur le premier Vendée Globe de Tanguy, en 2012, c’est un d’œil et comme une régénérescence. Par rapport au changement de skippeuse, je trouvais qu’il y avait une forme de cohérence à recréer un groupe avec peut-être des visions un peu différentes dans la manière d’appréhender une équipe sportive. Mais je tiens à féliciter et à remercier David et son équipe parce qu’ils ont fait un très beau travail pour nous en nous proposant Initiatives 4, un beau bateau dessiné par Sam Manuard, qui va mériter d’avoir les « upgrades » nécessaires pour performer encore mieux. Mais on va y aller crescendo, pas à pas. La sobriété, c’est de mettre un pied devant l’autre, on ne va pas essayer de monter trois marches d’un coup.
“Progresser sans brûler les étapes”
C’était déjà une volonté de notre part, déjà, parce que Sam a encore beaucoup de choses à apporter. C’est vraiment quelqu’un qui a un énorme savoir-faire, un savoir-être aussi, on voulait vraiment conserver sa positivité et son envie dans le projet. En plus, Violette l’apprécie beaucoup. Dans la logique d’un projet solidaire et sportif, mais également de sobriété, c’était sain qu’elle reste avec nous. Elle sera donc coach pour cette année, après, on verra, parce qu’elle souhaite faire des courses en équipage, notamment The Ocean Race, mais on sait qu’elle restera toujours une des très belles ambassadrices du projet.
Vous parlez de sobriété, ça veut dire un budget autour de 1-1,5 million d’euros par an ?
J’essaie de ne pas donner de chiffre, parce que ça peut être interprété de plusieurs manières différentes, mais c’est un peu plus, les fourchettes vont plutôt de 1,5 à 2,5 millions, et ça dépend des années, des travaux qu’on fait sur le bateau.
Quels seront les objectifs sportifs dans les trois ans à venir ?
On les calera une fois qu’on aura fait le chantier d’hiver, pendant lequel on sait qu’on ne pourra pas faire tout ce qu’on veut, parce qu’on vient de reprendre le bateau et que la priorité était de remonter une équipe. 2026 va rester une année de transition et de prise en main pour Violette. On aura sans doute un chantier plus important au cours de l’hiver 2026/2027, avec l’objectif de faire progresser le bateau, sans brûler les étapes. Violette a beau être très jeune, 24 ans, elle a certes avancé très vite ces dernières années, mais toujours avec méthode et rigueur, sans ambitions survoltées, elle montre une maturité très forte, tout est bien réfléchi.
Photo : Qaptur