Naples a accueilli mercredi la présentation officielle de la 38e Coupe de l’America, dont le Match entre le Defender néo-zélandais et le vainqueur des Challenger Series aura lieu du 10 au 18 juillet 2027 au pied du Vésuve. Avant la clôture définitive des inscriptions le 31 janvier, cinq défis sont officiellement inscrits, dont K-Challenge et Tudor Team Alinghi, nouveau nom de l’équipe suisse qui s’était pourtant retirée en cours d’année dernière. Son nouveau directeur, le Néo-Zélandais David Endean, 47 ans, six campagnes de Coupe à son actif (avec notamment Artemis et Ineos UK) détaille à Sailorz les contours du nouveau projet.
Peux-tu nous raconter comment tu es devenu le directeur de Tudor Alinghi Team ?
J’avais discuté en début d’année dernière avec Ernesto (Bertarelli) et Brad Butterworth autour de la possibilité de travailler avec Alinghi s’ils décidaient de repartir. Ils discutaient à l’époque de ce qui se passait dans la Coupe de l’America, c’est ensuite devenu calme quand Alinghi s’est retiré. Finalement, fin novembre, Ernesto est revenu vers moi et m’a dit : “Écoute, les choses ont changé, le Partnership semble positif et je suis heureux et excité de recommencer.” J’ai donc commencé à travailler avec l’équipe en décembre.
Qu’est-ce qui explique qu’Alinghi ait finalement décidé de participer à la Coupe alors que tout le projet s’est arrêté l’année dernière ?
La réponse tient dans l’America’s Cup Partnership. Ernesto a finalement constaté que le groupe qui s’était réuni commençait à être d’accord avec certains des principes qu’il jugeait nécessaires pour que la Coupe soit un succès à l’avenir. Je pense aux sujets de gouvernance, de limitations de budget, à une règle de nationalité un peu plus ouverte… autant de choses qui n’étaient jusqu’ici pas sur la table. Au cours de l’année dernière, les personnes qui négociaient les détails du Partnership ont vraiment vu l’intérêt d’avoir l’équipe suisse sur la Coupe, des concessions ont donc été faites et le paysage a commencé à s’éclaircir pour Ernesto et Alinghi qui voient désormais dans ce Partnership une valeur et un avenir qui vont dans la bonne direction. Ils ont donc changé d’avis.
Cela veut-il dire que vous repartez d’une feuille blanche ?
C’est une feuille blanche parce qu’il n’y avait plus personne dans l’équipe jusqu’ici, tout le monde a été libéré de son contrat l’année dernière. Mais ce n’est pas totalement une feuille blanche car nous avons encore tous nos actifs, dont notre AC75, sachant que la prochaine édition exige de courir avec les anciens bateaux. Nous devons donc repartir de là où l’équipe s’était arrêtée. Mais c’est une bonne opportunité pour faire des changements et l’équipe sera certainement plus petite qu’elle ne l’a été en raison du plafond budgétaire. Nous allons certainement faire revenir des personnes du dernier projet car il est important de ne pas perdre la valeur créée, il y aura sans doute des visages familiers, mais vu de l’extérieur, ce sera différent, avec de nouveaux membres.
“Nous avons beaucoup de pain
sur la planche”
Quelles sont vos priorités pour les mois à venir ?
Les priorités sont de recruter pour commencer à construire l’équipe. Nous savons que nous sommes très en retard, mais pour autant, ce serait une erreur de penser que se précipiter est une bonne idée, nous devons donc prendre des décisions intelligentes et bâtir le noyau dur de l’équipe. Le recrutement prend du temps car les gens sont passés à autre chose, je ne peux pas encore donner de noms. Comme vous vous en souvenez, le bateau a subi des dommages sévères lors de la dernière campagne [à l’issue de celle-ci en entraînement, NDLR], il a été réparé, mais nous devons en faire l’inventaire structurel et tester le bateau comme s’il venait d’être construit, nous devons aussi évaluer les risques de naviguer à nouveau avec les anciens appendices, sachant que nous devons prévoyons d’en avoir de nouveaux l’année prochaine. Nous avons beaucoup de pain sur la planche dans les deux prochains mois.
Allez-vous changer complètement l’équipe navigante ou allez-vous continuer à travailler avec l’ancien skipper, Arnaud Psarofaghis, ou d’autres ?
Nous sommes en train de passer en revue toute l’équipe, pas seulement les navigants. Nous avons parlé à Arnaud et à plusieurs membres de la dernière campagne. Pour l’instant, seul Nicolas Rolaz nous a rejoints, nous regardons également quels marins internationaux nous pourrions intégrer, beaucoup d’équipes font de même pour créer de la densité, ce mélange avec les marins suisses nous rendra plus forts sur l’eau.
Certaines équipes de la Coupe courent aussi en SailGP. Pourriez-vous en faire de même ?
C’est une bonne question car le niveau de compétition en SailGP est inégalé actuellement pour les marins. Pour la préparation, la prise de décision sous pression et la technique de vol, c’est indispensable. Cependant, nous avons trop de travail actuellement pour nous associer à une équipe. Nous veillons, dans nos discussions avec les marins, à ce qu’ils puissent continuer à courir cette année sur le circuit pour leur préparation, mais nous n’envisageons pas de travailler spécifiquement avec une équipe SailGP pour le moment. Peut-être à l’avenir, mais pas maintenant.
“La compétition sera féroce
et passionnante”
Un plafond budgétaire de 75 millions d’euros a été instauré pour la prochaine Coupe, il semble qu’Ernesto et Alinghi veuillent d’ores et déjà être plus conservateurs. Pouvez-vous nous en dire plus ?
L’intention du Partnership est que le plafond budgétaire diminue encore pour l’AC39, donc nous avons effectivement décidé d’opérer dès maintenant en fonction du futur plafond budgétaire. Cela prouvera aux autres équipes que c’est possible. Nous allons beaucoup apprendre de cette approche, ce qui nous placera en position de force pour l’AC39.
Cinq équipes sont inscrites à date pour la prochaine Coupe. Pensez-vous qu’il y ait une chance d’en avoir une sixième ?
Il y a toujours une chance et des rumeurs circulent en ce sens, le Defender fait beaucoup pour aider les nouvelles équipes, donc cela ne m’étonnerait pas, mais je ne parierais pas ma maison dessus pour l’instant ! Quoi qu’il en soit, c’est un défi de commencer si tard pour une nouvelle équipe. Même pour nous qui ne sommes pas nouveaux, c’est difficile.
Avec ce nouveau départ, chaque équipe a-t-elle plus de chances de remporter la Coupe ? Et l’objectif d’Alinghi est-il de gagner en 2027 ?
Au stade actuel, je ne pense pas que nous serons aussi compétitifs que nous le souhaiterions dans 14 mois. Nous nous concentrons sur la mise en place de notre noyau dur et de bons outils de performance en vue de l’AC39 et au-delà. Cela dit, nous ferons en sorte que l’équipe navigante soit prête à se battre. Nous aurons de nouveaux appendices et un bon programme de voiles. Nous nous sentons plus dans la peau d’un outsider, les équipes comme Luna Rossa et les Kiwis restent très fortes, les Français et les Britanniques le seront aussi, les Français notamment ont déjà leur plateforme et l’expérience de la campagne de Barcelone. La compétition sera féroce et passionnante.
Photo : Team Alinghi