Partenaire d’Arnaud Boissières en Imoca depuis 2015, La Mie Câline, réseau vendéen de franchisés (200 millions d’euros de chiffre d’affaires, 235 magasins sur le territoire, employant environ 2 500 personnes), a annoncé “la fin de ce chapitre”. Son directeur général, David Giraudeau, s’en explique pour Sailorz.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez décidé d’arrêter le sponsoring voile auprès d’Arnaud Boissières ?
C’est une décision qui n’a rien à voir avec la qualité du personnage et du partenariat. Je rappelle que nous étions engagés depuis dix ans avec Arnaud, nous avons fait trois Vendée Globe ensemble, notre partenariat a toujours été clair, dans le sens où on savait très bien que nous n’allions pas jouer la gagne. L’idée en revanche était de faire en sorte que La Mie Câline gagne en notoriété, que nos franchisés et employés éprouvent un sentiment d’appartenance et de fierté à suivre Arnaud, et, accessoirement, que ça aide à faire parler de la Mie Câline comme d’un commerce de proximité. Ce qui a été le cas pendant ces dix ans.
Pourquoi, dès lors, arrêter ?
Il se trouve qu’à partir de 2023, nous avons été confrontés à une gestion compliquée de l’inflation à tous les nouveaux, ce qui nous a très clairement mis dans un modèle économique moins florissant que celui que l’on connaissait auparavant et nous a contraints à serrer les boulons à droite et à gauche. S’il reste positif, le résultat du groupe a été contracté et, compte tenu d’une année 2025 en demi-teinte et du fait que le partenariat arrivait à échéance le 31 décembre, nous avons pris la décision de ne pas continuer à investir dans des éléments qui seraient « non essentiels » pour l’entreprise. C’est une réalité : quand vous devez affiner votre gestion dans tous les domaines de l’entreprise, celui du sponsoring arrive forcément sur la table et vous vous demandez si c’est vraiment raisonnable de repartir sur une campagne de quatre ans, alors que nous avons peu de visibilité sur la santé économique du pays. C’est une décision rationnelle de dirigeant. Toutes les mesures que nous avons prises doivent nous aider à continuer à avoir des résultats et nous permettre ainsi de poursuivre nos investissements à l’avenir.
Avez-vous étudié d’autres options, comme celle de rester partenaire, mais à un niveau d’engagement moindre ?
Non, parce qu’en tant que marque de commerce de proximité, l’idée était vraiment d’être le sponsor numéro 1 du bateau. J’ai des collègues qui font du BtoB et peuvent tout à fait accompagner le bateau de façon complémentaire, mais pour nous, ce n’était pas du tout une option.
“Un investissement rentable
et intéressant”
Le climat politique et économique, national et international, rend-il d’autant plus compliqué ce type d’investissement aujourd’hui ?
Tout contribue à cette difficulté à l’heure actuelle. Ce qui est important pour une entreprise, c’est d’avoir, non pas des certitudes, mais un certain nombre d’éléments tangibles pour se projeter. Or ces trois dernières années, entre une augmentation de 40 % du prix de certaines matières premières, l’énergie qui s’envole et fait n’importe quoi, une fiscalité qui ne cesse de changer – le mardi c’est ça, le mercredi, c’est autre chose -, cela n’incite pas du tout à tracer une carte de l’avenir à peu près fiable. Par défaut, ce que vous faites dans ces cas-là, et je pense que c’est valable pour les budgets des ménages, c’est de s’abstenir, d’attendre, pour éventuellement avoir une meilleure lecture des choses plus tard. A l’heure actuelle, il n’y a pas d’éléments qui nous feraient dire que demain sera plus vert qu’aujourd’hui.
Pour La Mie Câline, l’arrêt de ce partenariat va permettre « d’économiser » combien ? De l’ordre d’un million d’euros par an ?
C’est davantage autour de 400-500 000 euros en moyenne, sachant qu’une année Vendée Globe, vous allez forcément dépenser plus qu’une année de Transat Café L’Or.
Vous arrêtez donc la voile, quel bilan faites-vous de ces dix ans de partenariat en termes de retombées pour La Mie Câline ? Et conseilleriez-vous à des entreprises d’investir dans la voile ?
Si vous voulez un grand chiffre, je dirais qu’un tel partenariat rapporte autour de deux fois la mise en termes de retombées médias, deux fois et demie l’année du Vendée Globe, une fois et demie celle de la Transat Café L’Or. Donc ça reste un investissement rentable et intéressant. La voile est un sport à la fois abordable et qui n’a pas de zones d’ombre. Si vous regardez le vélo, qui est aussi intéressant pour mettre en avant une marque, c’est désormais hors de prix, avec, en outre, deux-trois zones d’ombre qui ne nous vont pas bien. A l’inverse, la voile est plutôt vierge de tout ça, c’est un sport d’aventure, d’humilité, propre, qui coche bien des cases. Donc oui, s’il y a des gens qui veulent se lancer dans le sponsoring, je leur conseillerais d’y aller.
Joint cette semaine par Sailorz pour réagir à l’annonce de l’arrêt du partenariat et évoquer la suite de son projet Imoca – il a racheté en cours d’année dernière l’ancien Guyot Environnement de Benjamin Dutreux (plan VPLP-Verdier de 2015) -, Arnaud Boissières n’a pas souhaité en dire plus que le communiqué de La Mie Câline, qui “parle de lui-même”. Avant d’ajouter qu’il espérait “re-communiquer prochainement pour annoncer la saison et le nouveau nom du bateau”, et de conclure : “Je reste confiant.”
Photo : Jean-Louis Carli / Alea