Un an après avoir lancé un nouvel Imoca pour Loïs Berrehar en vue du Vendée Globe 2028, Banque Populaire a officialisé lundi la construction du futur Maxi Banque Populaire 15, fruit, selon Armel Le Cléac’h, d’une réflexion au long cours : “Avec les dirigeants de Banque Populaire, on a souvent l’occasion d’évoquer le long terme. A un moment donné, la question s’est posée de l’avenir de notre Ultim Banque Populaire XI (plan VPLP, mis à l’eau en avril 2021), on s’est demandé à quelle échéance il pourrait devenir moins performant par rapport à la concurrence, la perspective tournait autour de 2030, 2032 ou 2034.”
Un élément va alors accélérer la réflexion : l’annonce du lancement de Gitana 18 par le Gitana Team. “Ça nous a en tout cas permis d’avoir un timing un peu plus clair, dans le sens où on s’est dit que si on voulait être présents sur la Route du Rhum 2030 avec un bateau à même de concurrencer Gitana 18, il fallait sans doute passer par un nouveau bateau, poursuit le skipper. On sait que BP XI sera encore très performant dans les deux-trois prochaines années, mais on sait aussi qu’on arrive un peu à un plafond de verre : si on veut l’optimiser de façon conséquente, il faut faire des modifications structurelles très importantes.”
Directeur du Team Banque Populaire, Erwan Steff abonde : “On risquait de se retrouver en limite de charge partout, sur la plateforme, les bras, les flotteurs, donc ça aurait été un chantier long, coûteux, et à l’issue incertaine. On a été tous un peu marqués par les évolutions sur certains bateaux qui ont été plus ou moins réussies. On préférait donc repartir d’une page blanche avec l’état de l’art aujourd’hui.” Pour Armel Le Cléac’h, “ce n’est pas un caprice du genre “les autres ont un nouveau bateau, on en veut un nous aussi”, c’est dans l’ADN du projet Banque Populaire d’être au départ des grandes courses avec, toujours, des bateaux capables de gagner.”
Une décision unanime
Concrètement, le Team Banque Populaire s’est mis à plancher sur le sujet à l’été 2025, avec l’objectif, selon le skipper, de “construire un dossier pour que le sponsor ait tous les éléments : coût, timing, enjeux, programme de courses”. Erwan Steff ajoute : “On a alors commencé à discuter de façon plus officielle avec les différentes strates de décision de Banque Populaire : la commission sport, la commission finance, puis le conseil d’administration de la société anonyme Bateau Banque Populaire, à qui on a présenté le projet à l’arrivée de la Café L’Or en Martinique. Ils ont émis un avis favorable, sous réserve d’un accord de la part des deux collèges Banque Populaire, les directeurs généraux et les présidents, qui ont donné leur go à l’unanimité le 18 décembre.”
“La décision a été unanime au niveau de notre gouvernance, confirme Pierre-Laurent Berne, directeur du développement des Banques Populaires. J’ai une phrase assez simple pour résumer notre engagement : armateur, compétiteur, vainqueur. Face à ce qu’on voit de la concurrence, on veut continuer à avoir un bateau performant parce qu’on a un team et des skippers qui le sont aussi, ça nous paraît indispensable d’avoir tous les ingrédients pour viser la victoire.”
Ce nouvel Ultim nécessitera-t-il un effort budgétaire supplémentaire de la part du sponsor ? “Non. Quand on s’inscrit dans un temps long comme c’est notre cas – la sortie de Banque Populaire 15 coïncidera avec les 40 ans de notre implication dans la voile -, la notion de budget à court terme n’a que peu de sens. Notre budget annuel, qui comprend la voile et le surf, est de l’ordre de 8 millions d’euros annuel, il nous permet d’aborder sereinement, sans avoir à l’augmenter, la construction d’un Imoca et d’un Ultim. On espère aussi bien vendre notre bateau actuel.” A quel prix ? “Ça ne sera pas beaucoup plus cher qu’un Imoca neuf de dernière génération [entre 8 et 10 millions, d’euros, NDLR] pour un Ultim performant et disponible clé en main après l’Arkea Ultim Challenge (premier trimestre 2028)“, répond Armel Le Cléac’h.
Un design team complet
Le Team Banque Populaire n’en est pas encore là, lui qui, dès l’été dernier, a commencé à plancher sur son futur Ultim, sollicitant trois cabinets d’architecture : Guillaume Verdier, solution vite écartée par ce dernier, designer de Gitana 18 – “il nous a dit que ça allait être compliqué de répondre à notre demande”, indique Armel Le Cléac’h -, AKO (Antoine Koch Océan) et VPLP. A charge pour ces deux derniers de présenter un avant-projet à une commission composée du skipper et du directeur général, de Sébastien Josse (directeur sportif), de Pierre-Emmanuel Hérissé (directeur technique), de Maël Devoldere et de Clément Durrafourg (bureau d’études), ce qui a été fait en décembre.
“Après les avoir chacun revus une fois, on a entériné le choix d’AKO en janvier, c’est une des décisions les plus dures qu’on ait eue à prendre ces deux ou trois dernières années, parce que les deux projets étaient extrêmement bien ficelés”, commente Erwan Steff. Qu’est-ce qui a fait la différence en faveur du cabinet d’Antoine Koch ? “En partie le fait qu’ils s’appuient sur une équipe de spécialistes venant d’univers différents, répond Armel Le Cléac’h. Egalement le côté marin d’Antoine, qui n’a pas forcément autant d’expérience de l’Ultim que VPLP – même s’il a participé à tout le design de Gitana 17-, mais a beaucoup navigué.”
Antoine Koch, forcément satisfait d’avoir été choisi – “Un Ultim, c’est vraiment le projet d’une vie en termes d’architecture navale” – sera entouré au sein d’AKO par Armand de Jacquelot (gestion de projet et conception 3D) et Thomas Dalmas (conception des appendices et VPP), le trio étant accompagné par “nos deux guest stars”, Bobby Kleinschmidt (Team New Zealand), qui va se pencher sur les carènes et concepts aéro, et Guénolé Bernard (ex Luna Rossa), “un designer d’expérience très recherché sur la Coupe, qui va notamment s’occuper de l’ensemble des systèmes de réglages du bateau”. Ce design team sera sans doute complété par Félix de Navacelle, collaborateur régulier d’AKO, tandis qu’Antoine Koch ajoute : “On continue aussi notre collaboration sur la structure et la mise en plans avec GSea Design, mais aussi avec Finot-Conq pour les calculs de CFD, David de Prémorel (DG de Finot-Conq) aura aussi à titre personnel un grand rôle dans la conception 3D avec Armand.”
Une approche globale
Le travail de design a réellement été initié en janvier, avec notamment pour l’architecte un convoyage retour de Banque Populaire XI depuis la Guadeloupe. Dans quelles directions compte-t-il aller pour dessiner ce futur BP 15 ? “C’est vraiment une approche globale, explique-t-il. Pour répondre à la problématique majeure de ces bateaux, qui n’arrivent pas à réaliser leur plein potentiel au portant dans la mer formée, il faut arriver à une meilleure intégration entre l’hydro, la plateforme et le gréement, le but est que tout fonctionne mieux ensemble. Traditionnellement, on optimisait uniquement la structure pour essayer qu’elle soit la plus légère possible, et dessus, on mettait des appendices et un mât. Là on va davantage s’attacher aux interactions appendices/plateforme et plateforme/gréement, ce qui devrait produire des gains significatifs. Gitana 18 est un bon exemple d’une intégration globale du bateau, c’est vraisemblablement là qu’il a le plus progressé par rapport à G17.”
La priorité pour l’équipe d’AKO aujourd’hui est de plancher sur la plateforme, dont les plans définitifs seront livrés en fin d’année, pour un début de drapage prévu en janvier 2027 et un chantier qui va durer deux ans chez CDK, à Lorient. “On a consulté d’autres chantiers, confie Erwan Steff, on a choisi CDK pour la proximité, l’autoclave et notre historique : on fait nos bateaux chez eux depuis des années, on a une vraie facilité de dialogue. Et comme ils ont construit Gitana 18, ils voient bien tous les enjeux d’un Ultim de dernière génération.”
Armel Le Cléac’h prendra possession de BP 15 au printemps 2029 – il aura alors 52 ans – avec notamment dans le viseur la Route du Rhum 2030 et l’Arkéa Ultim Challenge 2032. “Quand je vois Thomas (Coville) qui vient de faire un Jules Verne à 57 ans et repart sur le Rhum, ou Charles qui a gagné l’Arkea à 50 ans, je me dis que 52, ce n’est pas si vieux que ça. Et il faut une énorme expérience pour mener ces bateaux”, sourit-il.