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Philippe Hartz : “du 50/50 pour se lancer cette année en Imoca”

Après quatre années sur le circuit FigaroPhilippe Hartz s’est fixé comme objectif de prendre le départ du Vendée Globe 2028. L’ancien commando marine, âgé de 42 ans, qui dispute ce week-end le Trophée Laura Vergne avec Adrien Hardy, a imaginé pour cela un projet baptisé Esprit Défense, qu’il détaille à Sailorz.

Avant de parler de ton projet Imoca, peux-tu revenir sur ton parcours et sur ce qui t’a poussé en 2021 à te lancer en Figaro ?
J’ai commencé la voile très jeune, au SNO de Nantes, je suis de la génération Adrien Hardy, François Gabart ou Paul Meilhat, j’ai participé à plusieurs championnats de France en Optimist et j’ai été champion de France puis d’Europe de 420 avec Adrien Hardy. Au moment de m’engager dans la vie professionnelle, soit je poursuivais dans cette voie sportive, soit je faisais autre chose. Comme j’avais besoin de donner un certain sens à mon engagement professionnel, je me suis engagé dans la Marine et j’ai servi chez les commandos marine, notamment comme nageur de combat, avant de passer à l’instruction. En 2012, quand j’ai vu François Gabart remonter le chenal des Sables d’Olonne, une petite graine s’est plantée dans ma tête. Je me disais en même temps qu’un jour, je ferais la Solitaire du Figaro ; je voyais les copains comme Adrien Hardy ou Pierre Leboucher y aller, je me disais pourquoi pas moi ? Plusieurs années plus tard, je suis alors instructeur à l’école de plongée, je décide de faire une proposition par voie hiérarchique à mon état-major pour leur proposer de faire rayonner la Marine à travers la course au large, un peu comme Tabarly en son temps, même si je n’oserais bien sûr pas la comparaison avec le personnage. J’ai eu le feu vert du projet Figaro le 4 janvier 2021, c’était parti !

Comment as-tu réussi à monter le projet ?
Vu que la première course était la Solo Maître Coq, le 18 mars, c’était vraiment une opération commando pour trouver un bateau, des sponsors, mais j’ai réussi, cette première année a d’ailleurs été celle de mon plus gros budget, 150 000 euros. Mon idée était de dérouler ma feuille de route en deux actes : acte un, faire quatre saisons en Figaro, acte deux, lancer un projet Imoca pour être au départ du Vendée Globe 2028. J’ai effectivement couru quatre ans sur le circuit Figaro, avec ses joies et ses peines, dont une deuxième place sur une étape de la Solitaire (en 2022) et un budget contraint et déclinant, ça n’a pas été simple mais ça reste une superbe expérience.

“La Route du Rhum en option”

Place désormais au deuxième acte, comment as-tu imaginé ce projet Imoca ?
Dans le contexte géopolitique actuel, avec les tensions qui grandissent, je pensais qu’il y aurait un petit peu d’antimilitarisme autour de mon projet, mais pas du tout, je n’ai eu aucune remarque en ce sens. Au contraire, j’ai été très agréablement surpris de l’engouement qu’il a généré. Je me suis alors posé la question de comment optimiser cette bienveillance et j’ai notamment été marqué par les discours du chef d’état-major des armées de l’époque (Thierry Burkhard) autour du renforcement de la cohésion nationale et des forces morales de la nation. Ces thématiques, ultra-ancrées pour un militaire, ne sont pas vraiment conceptualisées par le grand public, donc je me suis dit que je pourrais avoir un rôle à jouer pour les porter. J’ai réalisé un petit test sur les réseaux sociaux pour évoquer ces sujets, mon post a cassé tous les compteurs, c’est alors, que j’ai décidé de lancer ce projet Esprit Défense.

Entre avoir l’idée et la concrétisation, la marche est grande, où en es-tu aujourd’hui ?
Il y a un an, un très grand industriel de la Défense a été à deux doigts de se lancer à mes côtés, il a finalement décidé de ne pas y aller. Quelques semaines plus tard, j’ai été invité du podcast Legend, qui a été un vrai boost, j’ai passé deux semaines à recevoir des messages dans tous les sens de gens qui me disaient que mon projet était génial. J’ai notamment été contacté par Benoît Dubois, ancien officier de marine, qui fait de l’accompagnement de dirigeants d’entreprise, qui m’a aidé à mettre un peu de raison et de structuration pour finalement devenir mon directeur de projet. J’ai aussi reçu des appels de mécènes, ce qui m’a permis d’avoir un peu de trésorerie pour subvenir aux premières charges, et notamment pour embarquer une agence de communication, Persès Communication, spécialisée dans la Défense. On a aussi on a trouvé notre parrain, justement le général Burkhard, c’est un vrai sentiment de fierté pour moi qu’il mesure tout le potentiel de ce projet et les effets de levier qu’il peut avoir pour porter le message auprès du grand public. On était la semaine dernière sur le point de prendre le risque de s’inscrire à la Route du Rhum, mais quelques événements dans la semaine font qu’on va garder cette option comme bonus. C’est-à-dire que si dans un mois, le partenaire principal avec lequel on discute se décide, j’appelle OC Sport et je leur demande s’il y a encore de la place pour nous [la clôture des inscriptions est le 31 mars, NDLR].

“Deux bateaux ciblés”

Cela signifie que tu n’as pas encore finalisé de budget ?
On a aujourd’hui une discussion franchement engagée avec une entreprise qui voit un intérêt assez direct à sponsoriser le projet et nous permettrait de démarrer – un acteur civil qui cherche à augmenter son implication dans le secteur de la Défense. Aujourd’hui, je dirais que c’est du 50/50 pour se lancer dès cette année, sachant que, idéalement, il faudrait un bateau floqué avant l’été si on veut espérer faire le Rhum. Et si jamais ça ne marche pas, on sait bien que le timing décisionnel des budgets des entreprises, c’est septembre-décembre, donc ça nous laisserait quelques mois pour partir en 2027.

De quel budget parle-t-on et as-tu identifié des bateaux ?
Pour les bateaux, j’ai construit le projet avec d’un côté une fourchette haute, qui serait Advens 1 [plan Verdier de 2019, mené par Sam Goodchild sur le dernier Vendée Globe, NDLR], un bateau performant prêt à l’emploi, et une option frugale, avec un bateau fiable qui a un storytelling fort, Hubert, le bateau de Violette [Dorange sur le dernier Vendée Globe, et ex de Jean Le Cam, NDLR]. Pour le premier, on vise un budget de trois millions d’euros par an, pour le second, autour d’un million.

La Marine nationale t’apporte-t-elle un soutien budgétaire ?
Non, je ne l’ai jamais demandé, j’ai vécu avec des budgets parfois serrés pour les opérations, donc pour moi, c’est une ligne rouge, je ne veux pas d’argent institutionnel. D’autant que comme je suis militaire d’active, j’ai déjà la chance d’avoir une solde qui me permet de vivre.

Photo : Marine Nationale

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