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L’Imoca résiste dans un contexte économique tendu

Après une année 2025 de transition, la classe Imoca accueille de nouveaux skippers et bateaux en 2026 et ouvre un cycle en solitaire, dont le point d’orgue sera la Route du Rhum–Destination Guadeloupe. Le programme inclut aussi un volet en équipage avec The Ocean Race Atlantic, entre New York et Lorient. Dans une situation économique qui complique la recherche de sponsors, les plateaux s’annoncent inégaux. 

L’après-Vendée Globe est toujours un peu difficile à digérer, on l’a constaté l’année dernière, pose en préambule Antoine Mermod, président de la classe Imoca. En 2025, nous étions dans une phase de transition avec certains projets qui se sont arrêtés, d’autres qui ont mis plus de temps à redémarrer ; en 2026, la dynamique est différente, les lignes bougent. De nouveaux visages arrivent dans la classe et des bateaux neufs seront mis à l’eau dans l’été. On commence à distinguer les forces en présence pour les deux tours du monde de la classe : The Ocean Race et le Vendée Globe.”

La saison s’ouvre par la première course en solitaire depuis le dernier Vendée Globe, la 1000 Race, qui s’élance le 3 mai de Port-la-Forêt. “Le directeur de course, Hubert Lemonnier, adaptera le parcours aux conditions météo et aux caractéristiques de la flotte. Comme la plupart des marins disputeront leur première course en solitaire sur leur bateau, on évitera de les mettre en difficulté d’entrée, souligne Gwen Chapalain, organisateur de l’événement. Qui ajoute, à propos d’un plateau réduit à sept éléments : “Le mercato est encore en cours et certains marins manquent de temps ; je comprends aussi que, dans un contexte financier tendu, d’autres choisissent de se concentrer sur les courses majeures. On a malgré tout un joli plateau en qualité, avec une quasi-parité, puisque trois femmes sont engagées [Violette Dorange, Elodie Bonafous et Francesca Clapcich].”

Viendra ensuite la Vendée Arctique (départ le 7 juin), qui compte à ce jour dix participants. La première course qualificative pour le Vendée Globe 2028 propose un format inédit : les skippers devront franchir le cercle polaire arctique (66° Nord) à la longitude de leur choix, ouvrant un large champ de stratégies. “C’est un vrai défi sportif sur un parcours difficile et pionnier. Certains marins qui débutent dans la classe ne se sentent pas d’y aller, mais honnêtement, je comprends que le challenge puisse paraître intimidant et que c’est compliqué pour eux de commencer leur parcours en Imoca sur cette course hors-norme. La difficulté du challenge limite le plateau“, commente Antoine Mermod.

Combien de bateaux
sur The Ocean Race ?

Après ces deux rendez-vous en solitaire, se tiendra l’unique course en équipage de la saison 2026 : The Ocean Race Atlantic. Le départ de la première édition sera donné le 1er septembre à New York, pour une arrivée finalement jugée à Lorient, alors qu’elle devait initialement se terminer à Barcelone, qui s’est désistée. “Le contrat a été cassé en septembre dernier, dévoile Johan Salén, codirecteur de The Ocean Race. Assez vite, Lorient est apparu comme un choix judicieux, mais il a fallu attendre les élections municipales de mars pour la confirmation définitive [le maire sortant, Fabrice Loher, a été réélu, NDLR]. Au final, cette solution convient à tout le monde, d’autant qu’en termes de calendrier, c’est cohérent avec le Défi Azimut qui se tiendra juste après au même endroit.”

Les équipages seront totalement mixtes – deux femmes, deux hommes, et un-e on board reporter – le plateau très international, avec à ce jour neuf nationalités représentées. Sur les six Imoca engagés, deux, mis à l’eau quelques semaines plus tôt, disputeront leur toute première course : Malizia, le plan Koch de Boris Herrmann (avec Cole Brauer, Julien Villion, Justine Mettraux) et le plan Verdier DMG Mori (Kojiro Shiraishi, Sam Davies, Nicolas Lunven, Arisa Moriya). Les autres inscrits sont 11th Hour Racing (Francesca Clapcich, Alberto Bona, Élodie-Jane Mettraux, Will Harris), Oliver Heer Racing (Oliver Heer), MSIG Europe (Conrad Colman) et Paul Meilhat Sailing Team (Paul Meilhat).

Toujours à la recherche de partenaires, ce dernier compte bien être de la partie : “J’espère que ça va se décanter dans les prochaines semaines, sachant qu’on a l’avantage d’avoir le bateau prêt à naviguer, donc on peut dégainer au dernier moment, je suis assez optimiste.” Même chose pour The Ocean Race ? “L’un ne va pas sans l’autre, poursuit le vainqueur de The Ocean Race Europe 2025. Pour moi, The Ocean Race Atlantic est la “leg 0” du tour du monde, c’est plus que jamais l’objectif.”

Combien seront-ils en janvier à Alicante au départ de The Ocean Race, course sur laquelle seulement deux équipes sont officiellement annoncées ce jour, Malizia et DMG Mori ? “C’est une période très difficile pour la recherche de sponsors. Aujourd’hui, trois équipes sont confirmées [la troisième pas encore annoncée, NDLR], neuf sont intéressées pour trouver une solution. C’est difficile d’estimer le nombre de partants, mais on pense que ce sera entre cinq et sept, veut croire encore Johan Salén.

26 sur le Rhum ?

Pour revenir à la saison 2026, après le traditionnel Défi Azimut-Lorient Agglomération mi-septembre, place à la Route du Rhum-Destination Guadeloupe (départ 1er novembre), dont les organisateurs ont communiqué le plateau jeudi, avec 26 skippers en Imoca. Une participation dans la moyenne haute des dernières éditions, puisque l’on comptait 9 Imoca en 2010 et 2014, 20 en 2018, 38 en 2022. L’édition 2022 n’est pas une référence, elle était absolument exceptionnelle, souligne Antoine Mermod. A priori, nous aurons notre deuxième meilleur chiffre de participation. Surtout, sept ou huit bateaux seront en mesure de gagner, dont des Imoca de dernière génération.”

Cinq marins disposeront effectivement de machines mises à l’eau après le dernier Vendée Globe : Élodie Bonafous, Armel Tripon, Boris Herrmann, Sébastien Simon et Thomas Ruyant. Ce dernier, bien qu’inscrit, n’est cependant pas certain d’être au départ. L’inscription est une étape importante, mais rien n’est joué. Pour que le rêve devienne réalité, il nous faut encore un ou plusieurs partenaires pour boucler le projet”, indique le tenant du titre en Imoca.

La deadline pour s’inscrire, fixée au 31 mars, a poussé d’autres marins n’ayant pas bouclé leur budget à se positionner. C’est le cas de Robin Marais, qui, après plusieurs saisons en Figaro, veut franchir le pas. “Je souhaite acquérir un Imoca à dérivesje me positionne aujourd’hui sur un bateau en particulier, explique-t-il. J’ai une base de partenaires pour démarrer le projet, je suis en pleine prospection pour compléter le budget pour la Route du Rhum puis le Vendée Globe. J’espère que le fait d’être officiellement inscrit permettra de faire bouger les choses.”

Maël Garnier, lui aussi issu du circuit Figaro, est dans une situation similaire : À un moment, il faut se lancer, ça permet d’avancer, de montrer qu’on est actif, explique le marin, qui aimerait idéalement acquérir l’ex Imoca de Violette Dorange. Aujourd’hui, j’ai la moitié du budget pour partir cette année. Il me reste deux mois pour trouver le reste, soit 400 000 euros., j’y travaille jour et nuit.”

“J’ai l’impression que
ça bouge un peu”

Autre nouveau venu : Jean-Baptiste Daramy. Après avoir participé à la Transat Café L’Or sur le foiler de Manu Cousin, il espérait racheter un Imoca de ce type, il va finalement se rabattre sur un bateau à dérives, à cause du contexte géopolitique. “J’avais des discussions avancées avec de beaux industriels et tout s’est arrêté du jour au lendemain, au moment du début de la guerre en Iran. Ils ont d’autres contraintes et le climat d’incertitude les empêche de se projeter. J’ai quand même un groupe de partenaires qui me permet d’avancer, je me donne jusqu’à la fin du mois pour acheter un bateau.”

Même cas de figure pour François Guiffant, qui, après avoir été recalé du dernier Vendée Globe, tente de trouver des partenaires pour relancer un projet et s’élancer sur le Rhum, mais confie : “La conjoncture depuis mars est compliquée, avec des prises de décisions qui sont ralenties. Comme le bateau (Partage, plan Lombard de 2004) n’a pas été vendu, j’ai relancé le propriétaire, je cherche 400 000 euros, soit un budget de Class40. Pour l’instant, j’ai quelques partenaires, mais je n’ai pas atteint le minimum pour être sûr d’être au Rhum.”

Si ces derniers ont pris le risque de s’inscrire – 30 000 euros hors taxe, la moitié remboursée en cas de désistement avant le 15 juillet -, ce n’est pas le cas de Romain Attanasio, qui explique : “Le contexte est très compliqué, on sent que tout le monde est en position d’attente. Mes recherches sont bien engagées pour 2027, mais pour 2026, ça me paraît très compliqué, même si j’ai l’impression que ça bouge un peu. La preuve : j’ai reçu un coup de fil d’une entreprise après le reportage sur France Info, donc le Rhum, j’y crois encore quelques semaines [l’avis de course de la Route du Rhum permet à l’organisateur de délivrer des invitations, NDLR].”

De fait, le marché de l’occasion semble également bouger un peu, plusieurs rachats ayant été annoncés ces dernières semaines : Olivier Heer a repris l’ex Teamwork, Pierre-Louis Atwell l’ex Lazare, Masa Suzuki l’ex Fives Group–Lantana Environnement. Ces marins seront au départ du Rhum, tout comme Davy Beaudart sur l’ancien plan Manuard de Louis Burton – passé en Ultim – et avec le même partenaire, Bureau Vallée, qui a prolongé le partenariat cette saison. De quoi être finalement optimiste en vue du Vendée Globe 2028 ? Je ne serais pas étonné qu’on soit une nouvelle fois proche des 40 inscrits, répond Antoine Mermod. Il y a une trentaine de projets qui naviguent cette année, ça laisse la place à une dizaine qui peuvent se monter en deux ans à des coûts très raisonnables. Vu que le Vendée Globe est hyper bankable, ça offre un ROI (retour sur investissement) hyper intéressant, avis aux candidats !”

Photo : Jean-Louis Carli/Alea

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