Yoann Richomme

Yoann Richomme : “Je serai content si je rentre dans le top 10”

Sept ans après sa huitième et dernière participation, qui s’était soldée par une victoire pour la première du Figaro 3, Yoann Richomme est de retour sur la Solitaire du Figaro Paprec (il l’a aussi remportée en 2016), qui s’élance le 17 mai de Perros-Guirec. Une édition qu’il aborde entre doutes et envie.

Dans quel état d’esprit es-tu à dix jours du départ de la Solitaire du Figaro Paprec ?
C’est un peu compliqué parce que je n’ai pas vraiment eu la préparation que je souhaitais, du coup, je sais que je ne suis pas à mon top niveau. Mon plus gros souci, c’est que je me suis cassé trois côtes lors du Trophée BPGO, forcément s’en remettre en trois semaines, ça n’a rien d’évident. Aujourd’hui, il y a des jours avec et des jours sans, les dix prochains vont être cruciaux pour moi, ils vont donner la tendance de ma capacité à être impactant. Ça me trotte dans la tête, je t’avoue que je m’en serais bien passé. Ça ne reste que des côtes, mais c’est extrêmement douloureux, donc je vais devoir naviguer avec un peu d’antalgiques, ce n’est pas très satisfaisant d’attaquer une Solitaire dans cet état. La météo va sans doute dicter les choses, dans les coups de baston, ce sera sans doute plus difficile pour moi.

As-tu tout de même eu le temps de te préparer ?
Oui, je suis bien soutenu par Paprec, par mon équipe technique, j’ai fait toutes les courses, j’ai été super bien épaulé par Martin Le Pape pendant trois épreuves et j’ai réussi à montrer de belles choses en avant-saison. Maintenant, il faut avouer que je sortais d’une saison 2025 bien dense, entre le retour du Vendée, le tour de l’Europe, la Transat Café L’Or qui a été engagée, c’était dur de revenir à 100 %. On savait que ce serait un pari, je regrette juste ces petites déconvenues qui font que je n’ai pas eu la préparation optimale, entre cette blessure aux côtes, une autre à l’épaule en février qui m’a obligé à m’arrêter, la spirale n’est pas hyper positive.

Qu’as-tu appris de ces quatre mois de Figaro ?
Que c’est toujours aussi dur ! Et que ça se joue dans les détails, ce n’est pas une découverte moi, mais c’est un petit rappel à l’ordre et ce n’est pas une mauvaise chose par rapport au projet Imoca, où parfois, on n’a pas forcément le temps de creuser tous les détails. Là, on va chercher des pouillèmes dans tous les sens, c’est très agréable d’arriver à ce niveau. J’apprécie aussi de retrouver la navigation côtière, au contact avec les autres, qui te demande de prendre des décisions rapides, d’avoir une connaissance parfaite de ton bateau pour toujours être au top en vitesse, car sinon, tu te fais vite bouffer. J’ai trouvé ce jeu très sympa, la classe et le groupe d’entraînement aussi.

“Nico est vraiment dans le game”

Quel est ton regard sur cette classe qui a beaucoup changé au niveau de ses acteurs, avec pas mal de nouvelles têtes ?
Elle n’a pas trop changé dans son organisation ni dans les sujets de la vie de la classe, je trouve qu’elle est en bonne santé, avec un bateau bien cerné en termes de jauge, un beau circuit d’événements et quand même pas mal de coureurs, on était 70 au Trophée BPGO, là, on est 36 sur la Solitaire, ce sont de bons chiffres. Le Figaro reste une classe relativement peu onéreuse et un refuge en temps de crise, comme en ce moment où c’est difficile de trouver du sponsoring. Après, c’est vrai que le profil des coureurs a changé. Mon analyse, c’est qu’il y a eu un véritable appel d’air de l’Imoca et de la Class40 qui ont augmenté leurs flottes respectives et ont attiré beaucoup de skippers à la sortie de trois-quatre ans de Figaro ces cinq dernières années. Du coup, ça a laissé la place à pas mal de jeunes, je trouve d’ailleurs que beaucoup ont une vraie démarche professionnelle d’accès à la course au large, ils veulent en faire leur carrière et considèrent que le circuit est un des points de passage.

Quel regard sens-tu qu’ils portent sur toi ou Nicolas Lunven, doubles vainqueurs de la Solitaire et de retour sur le circuit cette saison ?
Je les sens à la fois admiratifs et hyper respectueux du « statut » que nous avons aujourd’hui. Avec Nico, on représente ceux qui ont lutté pour avoir des résultats en Figaro puis pour avoir des projets en Imoca jusqu’à réussir à faire le Vendée Globe, donc forcément, ils nous ont un peu en référence et ils aimeraient avoir des carrières similaires aux nôtres. Ça se sent dans leurs regards qu’ils sont contents de nous voir revenir et de régater contre nous. Et ils ne sont pas avares de questions, c’est vraiment plaisant de les connaître, j’ai hâte de passer un mois avec eux sur la Solitaire.

Que serait pour toi une Solitaire réussie ?
Vu ma situation actuelle, ce serait dur pour moi aujourd’hui de dire que je vais gagner alors que j’ai trois côtes cassées, donc je serai content si je rentre dans le top 10. Et si c’est un jeu qui reste ouvert avec un peu de météo tordue, j’espère faire mieux, être animateur de la course. Mon expérience joue forcément en ma faveur, dans le sens où j’ai une bonne connaissance du bateau et de moi-même. C’est là où je suis un peu assis entre deux chaises : je sens que je ne suis pas loin d’avoir un très bon fond de jeu et que mon niveau revient vite, mais j’ai l’impression de lutter contre mes boulets physiques qui ne me permettent pas d’être très ambitieux.

Si je te demande de me donner le top 3 de cette Solitaire, qui citerais-tu ?
Je ne peux pas ne pas mettre Nico en tête, il a admirablement bien géré son retour, a gagné deux courses, il est vraiment dans le game, ça va être la force tranquille qu’il a toujours été et l’homme à battre sur cette Solitaire. En deux, je mettrais bien Tom Goron, un petit jeune qui impressionne, à lui de continuer dans cette voie. Et en trois, Paul Morvan, qui fait partie de ceux qui naviguent en vieux briscard, avec un fond de jeu solide, très peu de trous et de ratés, toujours les bonnes vitesses et les bonnes décisions.

“J’ai mis beaucoup d’énergie
dans le futur bateau”

La saison s’arrêtera-t-elle pour toi après cette Solitaire ?
Oui, et c’est bien. Je suis très content de mon retour, mais aussi d’avoir du repos pour la suite. Je vais avoir presque un an off de gros objectifs sportifs, j’ai besoin de ce break pour revenir ressourcé physiquement et mentalement, pour la mise à l’eau du bateau au printemps 2027 et le grand chelem de l’Imoca, quatre transats et un tour du monde en solitaire. Je vais quand même faire un peu de régate, notamment trois événements 52 Super Series avec Paprec en TP52, deux à Lanzarote et un à Valence, ça va être génial, c’est un super équipage et le bateau est fantastique.

Finissons par l’Imoca, où en est le futur Paprec à date ?
Il est encore dans son moule chez Multiplast, structuré à environ un tiers, on va démouler fin mai pour laisser la place à Benjamin Dutreux qui va attaquer la construction du sien. Le cockpit part en production, le pont est en construction, le design est terminé à 98 %, on a quasiment fini les foils et on en est aux détails d’ergonomie. Donc on est dans les temps, hyper motivés et contents du niveau de connaissance qu’on a par rapport à la dernière fois. Sur le bateau précédent, on était très suiveurs de ce que nous proposait Antoine Koch, on avait peu de capacités à discuter les différents choix. Là, avec nos trois ans d’expérience, on arrive autour de la table avec beaucoup plus de billes, on participe plus aux débats, on est plus impactants dans nos retours par rapport à notre vécu. Personnellement, j’y ai mis beaucoup d’énergie, je passe beaucoup de temps avec le bureau d’études à essayer d’optimiser tout dans les moindres détails.

En quoi ce bateau sera-t-il différent du précédent ?
Je ne vais pas te le dire maintenant, j’espère que tu vas me garder une interview pour plus tard (Rires) ! Si je dois te faire un teaser, je dirais qu’on a encore trouvé du potentiel de vitesse en plus, mais on n’est pas les seuls, nos concurrents aussi, il va y avoir des designs assez osés qui vont sortir cet été, ça va être sympa de faire les comparaisons sur cette génération, avec des choix potentiellement assez différents. De notre côté, on reste dans une philosophie proche du précédent, mais avec une évolution assez agressive de notre design.

Photo : Julien Champolion / polaRYSE

Sailorz est le média
expert de la voile de compétition

Sailorz by Tip & Shaft

Sailorz décrypte la voile de compétition chaque vendredi, par email :

  • Des articles de fond et des enquêtes exclusives
  • Des interviews en profondeur
  • La rubrique Mercato : l’actu business de la semaine
  • Les résultats complets des courses
  • Des liens vers les meilleurs articles de la presse française et étrangère
* champs obligatoires


🇬🇧 Want to join the international version? Click here 🇬🇧