Tour Voile

Comment le Tour Voile va s’ouvrir aux étudiants en 2027

La Fédération française de voile a annoncé vendredi une évolution à horizon 2027 du Tour Voile, qui, en plus des Figaro 3, accueillera une flotte de Grand Surprise réservée aux étudiantsSailorz vous en dit plus sur ce retour des étudiants sur l’épreuve bientôt cinquantenaire.

Relancé en 2023 (voir notre article) avec un nouveau support, le Figaro Beneteau 3, un format ramassé de deux semaines pour contrôler les coûts, et un changement d’organisateur (Ultim Sailing), le Tour Voile, dont l’édition 2026 débute ce vendredi à Cherbourg, va connaître une évolution importante en 2027, puisqu’il accueillera une flotte de Grand Surprise – plan Joubert/Nivelt de 9,54 mètres – réservée aux étudiants.

Comment s’est décidé ce changement, officialisé vendredi matin par la Fédération française de voile, qui détient la licence d’exploitation de la marque Tour Voile, concédée depuis trois ans par Amaury Sport Organisation, toujours propriétaire de l’épreuve ? Ça fait deux ans qu’on réfléchit à la manière de faire évoluer le Tour Voile, répond Jean-Luc Denéchau, président de la FFV. On est très attachés à la monotypie et à la classe Figaro Beneteau, mais en regardant un peu dans le rétroviseur, on s’est dit que, à organisation équivalente, il y avait peut-être la possibilité de faire revenir les étudiants, un public historiquement important du Tour Voile, mais pour lesquels le Figaro 3 n’était pas hyper accessible.”

Pour Mathieu Sarrot, cofondateur d’Ultim Sailing, le projet ne date effectivement pas d’hier : “Je me souviens d’une discussion en 2023 avec le seul équipage d’une grande école qui nous disait : “Le Tour, c’est canon, mais on a passé notre temps à ramasser les bouées, le bateau est complexe et pas facilement disponible.” On avait déjà à cette époque commencé à discuter de cette possibilité avec la classe et la Fédération. Et à titre personnel, dès 2020, je m’étais rapproché de Loïc Fournet-Foch (ex-propriétaire de Team Winds, devenu Yellow Impact Sailing suite à son rachat fin 2022 par Dimitri Caudrelier et Harold Baseden) pour éventuellement relancer l’équivalent d’un Tour voile sur des Grand Surprise, mais c’était compliqué car très peu de bateaux étaient disponibles entre mars et juin, ce qui ne laissait pas de possibilités d’entraînement en amont.”

“Les planètes se sont alignées”

Les discussions se sont finalement intensifiées fin 2025 dans le cadre du Paris Nautic Show puis au premier trimestre 2026 avec l’entrée dans la danse de Yellow Impact Sailing. Son directeur général Dimitri Caudrelier raconte : “Personnellement, j’ai fait trois fois le Tour de France en tant qu’étudiant, j’avais trouvé ça génial et ça faisait un moment que j’avais cette idée en tête d’utiliser notre flotte de Grand Surprise pour un classement amateurs/étudiants. On en avait parlé il y a deux-trois ans avec la Fédé, mais on trouvait que ça risquait d’être perturbant, car il y avait déjà un peu d’amateurs et d’étudiants sur le Figaro, le timing n’était pas bon. Finalement, à force de discussions, les planètes se sont alignées cette année, entre Ultim Sailing qui voulait plus de participants, la FFV dont la priorité reste de faire naviguer des jeunes, et nous qui disposons maintenant d’une bonne flotte de Grand Surprise reconditionnés d’une vingtaine de bateaux.”

Le principe du retour des étudiants sur le Tour a été validé lors d’une réunion à La Trinité-sur-Mer en amont du Spi Ouest-France début avril, la classe Figaro Beneteau, support de l’épreuve jusqu’en 2029, date des 50 ans du Tour, ayant été associée à la décision qu’elle voit d’un bon œil, tout en précisant que le seul vainqueur de l’épreuve sera le premier en Figaro 3. “Le Tour Voile est l’épreuve phare de notre circuit Académie qui est un tremplin vers la course au large et le championnat de France Elite, explique Marcus Hutchinson, vice-président de la classe. En accueillant des étudiants qui, sportivement, ne s’estiment pas suffisamment servis par des courses comme l’Edhec ou le Spi Dauphine, on va leur permettre sur un bateau plus accessible de découvrir ce qu’est la course au large. Et peut-être, qu’après y avoir goûté, ils voudront ensuite revenir en Figaro.”

Le Tour Voile en Grand Surprise – les parcours de ralliement seront plus courts pour eux que pour les Figaro 3, plus rapides – deviendrait en quelque sorte l’Académie de l’Académie, un marchepied vers le Figaro 3, selon Mathieu Sarrot, tandis que Jean-Luc Denéchau estime qu’au-delà du côté sportif, “cela permettra de former les étudiants à la gestion de projets dans leur globalité”. Et notamment à la recherche de partenaires pour s’aligner sur l’épreuve, moyennant un budget que les organisateurs veulent rendre le plus accessible possible : “On a mouillé la chemise pour que ça tienne dans un budget acceptable, confirme Dimitri Caudrelier. Pour 20 000 euros TTC, tu fais le Tour clé en main. Ça comprend l’inscription, le bateau reconditionné équipé de voiles neuves, d’une deuxième batterie de servitude et d’un gréement courant neuf, plus l’assistance technique de Yellow Impact Sailing pendant l’épreuve.”

Une dizaine de Grand Surprise espérés

Combien d’équipages étudiants sont espérés en 2027, sachant qu’ils devront auparavant passer par une épreuve qualificative, en l’occurrence la Nuit de l’Armen, organisée dans le cadre de l’Armen Race ? “On n’est pas à l’abri d’un énorme flop, mais on espère une dizaine de bateaux pour la première année, répond le patron de Yellow Impact Sailing. Maintenant, ça passe par une grosse campagne de com’ et on a insisté là-dessus auprès de la Fédé, car quand j’ai évoqué le Tour auprès de certains étudiants, certains m’ont répondu kesaco ? Ils ne savaient pas de quoi on parlait.”

Les prochains mois diront si cette ouverture va susciter des vocations, en attendant, le Tour 2026 s’élance ce vendredi 26 juin, avec un parcours qui n’a été annoncé que deux semaines avant le départ, en particulier la ville de départ, Cherbourg. “Les choses étaient très bien engagées avec une ville qu’on devait annoncer à la Soirée du Marin de l’Année en décembre, mais quatre jours avant, elle nous a appelés pour nous dire qu’il y avait problème avec l’agglo, donc que ça ne se ferait pas, regrette Mathieu Sarrot. Comme c’était quasiment fait avec la Baie de Saint-Brieuc et Larmor-Plage et qu’on avait un accord de principe avec Camaret, il nous a fallu trouver une ville de départ qui collait au parcours, ce qui était vraiment compliqué en période de réserve électorale (avant les municipales)on a finalement réussi à finaliser le 4 juin avec Cherbourg.”

L’épreuve, qui s’appuie cette année “sur un petit budget de moins de 250 000 euros, selon ce dernier qui, dans un monde idéal aimerait “tourner avec 400 000 euros” et cherche pour cela un partenaire titre (ticket autour de 180 000 euros), accueille cette année 9 équipages (contre 14 en 2023, 15 en 2024, 8 en 2025). Ce qui fait dire à Marcus Hutchinson : “On aimerait forcément plus, mais pour moi, la vraie référence, c’est qu’on va avoir 90 coureurs, dont un grand nombre qui vont goûter pour la première fois au large et reviendront peut-être. Le meilleur exemple, c’est Paul Morvan, qui a gagné en 2023 et brille maintenant en Figaro. Ou Paul Loiseau qui, à la remise de prix de la Solitaire, m’avait dit : “Il y a deux ans, j’ai fait quelques étapes du Tour, j’ai bien compris de quoi il s’agissait et ce qu’il fallait faire pour accéder au Figaro”. Le Tour Voile sert vraiment à ça, à recruter les talents de demain.”

Photo : Jean-Marie Liot

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