Après être passé par les classes Mini, Class40 et Figaro Beneteau, Robin Marais franchit un cap cette année, puisqu’il se lance en Imoca sur un bateau à dérives, l’ancien Coup de Pouce de Manu Cousin. Avec dans le viseur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe en fin d’année et le Vendée Globe 2028. Sailorz vous en dit plus.
Si nombre de skippers “historiques” de la classe Imoca sont toujours en recherche de partenaires pour s’aligner au départ de la prochaine édition du Vendée Globe – Thomas Ruyant, Romain Attanasio, Maxime Sorel… -, le circuit des monocoques de 60 pieds accueille cette année quelques nouvelles têtes qui seront au départ le 1er novembre de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, pour la plupart sur des bateaux à dérives.
Ce sera le cas du Japonais Masa Suzuki, sur le précédent bateau de Louis Duc, de Pierre-Louis Attwell, qui a racheté l’ancien Lazare (voir notre interview), mais également de Robin Marais, qui a quant à lui fait l’acquisition de l’ex Coup de Pouce de Manu Cousin. Lyonnais de naissance, ce dernier est loin d’être un inconnu dans l’univers de la course au large, puisqu’il a auparavant fait ses gammes en Mini (Mini Transat 2013), Class40 (Route du Rhum 2018), avant d’enchaîner sur cinq saisons de Figaro, avec à la clé une 8e place sur la Solitaire 2023.
Pourquoi se lancer aujourd’hui en Imoca ? “D’abord parce que ça fait très longtemps que j’y pense. Tout ce que je fais depuis des années est tourné vers l’objectif de faire un jour le Vendée Globe, une course qui me fait rêver depuis que je suis gamin, j’avais un poster de Christophe Auguin au-dessus de mon lit”, répond celui qui fêtera ses 40 ans le 30 septembre. Du rêve à la réalité, il y a un certain nombre de marches à gravir, ce que le Rochelais d’adoption s’est évertué à faire patiemment.
Une expérience décisive
auprès de Phil Sharp
D’abord en se forgeant une légitimité sportive, d’où son passage par la case Figaro en particulier, ensuite en développant une expertise technique sur de nombreux projets. “Quand je suivais le Vendée Globe, je me sentais toujours plus proche de profils de techniciens/coureurs, comme ” le Professeur” (Michel Desjoyeaux) ou Jean Le Cam, qui m’ont beaucoup inspiré“, commente Robin Marais.
Ce dernier a en particulier œuvré auprès du Britannique Phil Sharp, qui avait lancé en novembre 2023 OceansLab Innovations, un Imoca à foils (plan Manuard) alimenté en énergie grâce à un système hydrogène-électrique innovant, mais qui n’avait pu se qualifier à temps pour le Vendée Globe 2024. “Ce projet a été une vraie tranche de vie de 6-8 mois qui m’a permis de toucher à ces machines de près. D’autant que comme Phil était accaparé par d’autres problématiques, il était peu présent sur le terrain, si bien que j’ai endossé pas mal de responsabilités techniques.”
De quoi le convaincre de lancer en 2025 son propre projet, d’entrée tourné vers un bateau à dérives plutôt que vers un foiler. “Ma priorité est d’être sur la ligne de départ en 2028. Donc si on prend les choses de manière très pragmatique, le bateau à dérives était plus pertinent sur pas mal de points, financier bien sûr, mais aussi sportivement, avec une phase de prise en mains a priori plus rapide.”
Restait à trouver le bon Imoca et le financement pour le racheter. “On est passés à deux doigts de finaliser l’achat de l’ancien bateau de Tanguy Le Turquais (Lazare) l’été 2025, ça n’a finalement pas pu se faire, raconte Robin Marais. A la fin de l’hiver dernier, je me suis dit qu’il fallait vraiment se lancer cette année si on voulait être au prochain Vendée Globe. Pour moi, c’était indispensable d’être au départ de la Route du Rhum, à la fois sur le plan sportif, mais aussi pour embarquer des partenaires dans le projet.”
“Le pari est encore loin d’être gagné”
Aiguillé par un ami, il contacte finalement Manu Cousin au printemps, qui, après avoir racheté l’ex bateau à foils d’Arnaud Boissières, cherche à vendre son ancien Coup de Pouce, plan Farr de 2006 (mis à l’eau pour Jean-Pierre Dick). “Il n’était pas au départ dans ma short list. Manu m’a dit de venir voir le bateau aux Sables, et avec mon directeur technique (l’architecte naval Antoine Mainfray), on a tout de suite flashé. Un des critères n°1 était que la plateforme soit saine structurellement, elle nous a paru irréprochable. Comme le prix paraissait juste [il ne souhaite pas le dévoiler, NDLR], la vente s’est faite assez vite après la première visite, financée par un investisseur de confiance qui m’accompagne depuis dix ans, c’est grâce à lui qu’on peut se lancer.”
Elle sera définitive dès que les navigations d’essai seront terminées, en fin de semaine prochaine, le bateau rejoindra La Rochelle le 12 juillet, il porte le nom de Respire. “Ayant souffert d’asthme étant enfant, j’ai voulu porter à travers ce nom la nécessité de protéger la qualité de l’air, explique celui qui, sur son précédent projet, mettait en avant l’association Ma chance moi aussi, destinée à offrir aux jeunes les plus vulnérables les mêmes chances de réussir que les autres. On espère embarquer deux autres associations pour travailler à la fois sur la qualité de l’air et sur l’environnement marin.”
Le budget du projet ? “Pour cette année, la cible était de réunir 500 000 euros, je ne vais pas te dire exactement où on en est, mais le seuil de déclenchement était de 300 000, un budget pour l’instant porté par un collectif de partenaires historiques. Vu qu’on a récupéré un bateau très propre, on peut se permettre de fonctionner avec un budget réduit, mais ce ne sera pas le cas en années 2 et 3, il y aura plus de technique, il faudra des voiles neuves, donc on veut monter crescendo. On vise 750 000 en 2027 et proche du million sur l’année du Vendée Globe, le pari est encore loin d’être gagné.”
En attendant, le marin a pour objectif de boucler sa qualification pour la Route du Rhum avant le 1er septembre, peut-être de s’aligner sur le Défi Azimut – “Sur le plan sportif, ce serait génial de prendre un départ de course avant la Route du Rhum, mais ce n’est priorité absolue du projet” -, avant de faire route vers Saint-Malo “pour faire plein de belles rencontres et emmener des partenaires sur le Vendée Globe”.
Photo : Bernard Gergaud