Cherbourg a accueilli du 18 au 20 juin une toute nouvelle épreuve, la J Cup Europe, cadre également du tout premier championnat d’Europe de la classe J/99. Cette initiative, poussée par le constructeur de voiliers J Composites, déjà organisateur de régates de ce type à l’échelon national (J Cup France, Angleterre, Irlande, Etats-Unis, Australie…), est née d’un constat dressé par Frédéric Bouvier, directeur commercial du chantier : « Aujourd’hui, on assiste à une désaffection certaine en termes de participation pour les régates amateurs. »
Ce dernier l’explique par plusieurs raisons : « Il y a d’abord la complexité administrative qui entoure ces événements ; il suffit de compter le nombre de pages des avis et des instructions de course, on y trouve un tas de règles que personne ne lit ni ne comprend vraiment. » À cela s’ajoute, selon lui, des systèmes de jauge sur les courses à handicap « trop complexes pour un propriétaire amateur qui ne s’y connaît pas ; que ce soit l’ORC, l’IRC ou les jauges nationales, rien ne va dans le sens de la simplicité et de la compréhension. »
Face à cet état des lieux, J Composites a donc décidé de lancer cette année un nouvel événement dédié à ses propriétaires, qui a réuni en rade de Cherbourg une trentaine de participants à bord de J/99, 105, 109, 112 et 120. Avec plusieurs priorités pour l’organisateur. D’abord la simplification : « L’avis de course ne fait qu’une page recto, avec seulement les informations essentielles : dates, types de bateaux autorisés, zones de navigation. Même chose pour les instructions de course, largement abrégées.” Ensuite, maximiser les temps de course une fois les amarres larguées : « Un parcours côtier permet de rejoindre la zone de départ des parcours bananes. Une fois ces derniers disputés, un nouveau côtier ramène les concurrents au port, cela permet d’éviter les longues attentes sur l’eau. »
Enfin, l’équité, l’objectif étant de permettre aux propriétaires de conserver leur bateau dans la configuration correspondant à leur programme habituel, tout en leur donnant des chances de batailler pour les places d’honneur. « Comparer des dessins de carènes similaires simplifie déjà l’exercice, on peut ensuite facilement faire évoluer les paramètres et ainsi bonifier certains bateaux standards, explique Frédéric Bouvier. Par exemple, un voilier avec un esprit plus course-croisière, équipé d’un enrouleur ou d’autres équipements moins orientés performance, peut bénéficier de compensations. Nous sommes en train de mesurer ces éléments pour trouver les bons compromis. »
Dernier objectif pour cette première J Cup, à laquelle l’intéressé – deuxième du championnat d’Europe de J/99 – a lui-même participé : proposer une régate conviviale et valoriser l’ensemble des participants, pas uniquement les vainqueurs. « Si on estime que seule la victoire est belle, on finit par faire beaucoup de déçus », souligne-t-il. À Cherbourg, cette philosophie s’est entre autres traduite par la remise du prix du Golden Hoops, (« bêtise en or »), récompense presque aussi attendue que celle du vainqueur.
Cette convivialité est justement mise en avant par l’un des participants, le propriétaire franco-anglais du J/99 Jolly Jumper, Jean-Baptiste Brian : « L’accent a été mis sur la bonne ambiance, plutôt que sur les querelles de règles, la preuve : sur trois jours de régate, il n’y a eu que deux protests ! Le port de Cherbourg se prêtait aussi parfaitement aux échanges : nous étions tous réunis sur le même ponton, à deux pas du village de course. Et le plan d’eau était vraiment intéressant, avec la possibilité de courir dans la rade ou à l’extérieur, l’objectif de faire concourir des bateaux aux niveaux d’équipage très différents, sans se prendre la tête, a été atteint. »
Satisfaites de cette première édition, les équipes de J Composites comptent remettre ça dès l’an prochain et multiplier ce type de rendez-vous, convaincues qu’ils peuvent trouver leur public car susceptibles de redonner l’envie de passer du temps sur l’eau en régate.
Photo : Caroline Liabot / J Cup Europe
