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Ken Read : “La coupe fait partie de ma vie à bien des égards” 

Il y aura bien un défi américain sur la 38e Coupe de l’America ! Officiellement annoncé mardi, American Racing Challenger Team USA est porté par deux entrepreneurs, Chris Welch et Karel Komarek, et sera dirigé par Ken Read, 64 ans, jusqu’ici président de North Technology Group. Ce dernier a accepté de détailler le projet pour Sailorz.

Peux-tu nous raconter comment s’est monté ce défi américain ?
La classe des super-yachts 100 pieds avait été réunie à Barcelone dans le cadre la dernière édition de la Coupe. Karel (Komarek), que je connais depuis presque quatre ans [l’homme d’affaires est propriétaire d’un super-yacht, NDLR] et moi avions visité toutes les bases et nous avions parlé de la Coupe. Mais il avait été très clair : il n’avait aucune envie d’être vu comme un riche jouant à un sport de riches. Depuis, il n’avait pas manifesté de marque d’intérêt, jusqu’à ce qu’il commence à parler il y a environ deux mois et demi à Ernesto [Bertarelli, patron d’Alinghi] et Peter Dubens [majoritaire dans le capital de North Technology Group, via le fonds d’investissement Oakley], qui sont ses amis. Karel m’a alors appelé et m’a demandé : “D’après eux, la donne a changé avec le Partnership, est-ce que ça vaut le coup d’y jeter un œil ? J’ai répondu : “Tout vaut la peine qu’on y jette un œil”. Mais je pense qu’il avait déjà pris sa décision. On peut dire que c’est vraiment le Partnership qui a changé la donne en permettant à l’épreuve de devenir durable, cet accord est le sauveur de la Coupe de l’America. Le fait qu’il puisse y avoir – je ne le sais pas de source sûre – six ou sept équipes à Naples en ferait l’édition la plus populaire depuis Valence [12 équipes en 2007, NDLR], alors qu’on était à deux doigts de revenir à un match de défi pur et dur qui aurait pu sonner le glas de la Coupe de l’America.

As-tu hésité quand la proposition t’a été faite de diriger ce nouveau défi ?
Bien sûr, parce que j’ai fait assez de choses pour savoir que c’est le genre de projet qui change une vie. Cela fait presque 30 ans que je travaille chez North Sails, il fallait vraiment quelque chose de spécial pour m’éloigner de la marque et des gens que j’aime dans cette famille. Comme il y avait tellement de choses à rassembler et qu’il y avait une date limite [le 31 janvier, repoussée au 31 mars], certains jours, je donnais 10 % de chances pour que le projet aboutisse, d’autres 90 %, c’était fou. Mais ça devenait clair pour moi – mais aussi pour ma femme, ce qui était tout aussi important – que, entre mes programmes de Grand Prix et mon temps passé à aider à diriger une marque comme North Sails, tout me préparait pour ce poste, ça avait du sens. L’autre chose, c’est que Karel et Chris Welch sont des amis et des gens sérieux en qui j’ai confiance, c’est une base énorme quand il s’agit de prendre une décision qui bouleverse une existence.

“Pas encore une équipe de voile”

L’attrait de la Coupe, que tu as disputée deux fois en tant que naviguant (en 2000 et 2003 avec Dennis Conner) a-t-il aussi joué ?
La Coupe fait partie de ma vie à bien des égards. J’habite à Newport, où il y a toujours un America’s Cup Boulevard en centre-ville. Quand on était enfants, on descendait la baie de Narragansett au moteur sur le bateau de croisière de mon père pour aller voir les courses des 12 mètres JI, encourager Intrepid ou Courageous, Ted Turner ou Dennis Conner. J’ai toujours dit que North Sails était la plus grande marque dans le monde maritime, c’est la même chose pour la Coupe de l’America dans la voile de compétition, elle garde pour moi ce prestige. Si vous prenez un taxi à New York et que vous demandez au chauffeur s’il a déjà entendu parler de la Coupe de l’America, neuf fois sur dix, il répondra oui. Pour moi, l’attrait est toujours là, alors pourquoi ne voudrais-je pas y retourner ?

Où en êtes-vous exactement en termes d’actifs ?
Nous avons racheté à American Magic tous ceux de la dernière Coupe [dont l’AC75 Patriot et deux AC40, NDLR], ce qui était une partie très importante du projet. Nous avons conclu un accord de fournisseur avec American Magic Services, société qu’ils ont lancée lorsqu’ils ont décidé d’arrêter la Coupe, pour que les installations construites à Pensacola, en Floride, soient notre base d’entraînement, tous les actifs y resteront jusqu’à ce qu’ils partent pour Naples. Tyson Lamond (COO d’American Magic) va passer une bonne partie de son temps avec nous, il est précieux pour comprendre ce que nous avons racheté et faire venir des personnes clés de la dernière campagne, qui peuvent aider à passer sans transition dans ce nouveau programme. Côté technologique, comme nous arrivons tard, nous avons beaucoup de travail à effectuer pour faire en sorte que Patriot, qui une très bonne carène, soit compétitif à Naples en 2027.

Et côté équipe navigante ?
Pour être honnête, c’est tout en bas de la liste pour le moment. Aujourd’hui, nous sommes une startup technologique, pas encore une équipe de voile, nous avons d’ailleurs une dispense pour ne pas aller à Cagliari [pour la première Preliminary Regatta programmée en mai, NDLR]. Nous devons déjà finaliser notre équipe de direction, nous travaillons vraiment dur sur la conception et au fur et à mesure qu’on avancera, la partie navigation viendra. Maintenant, nous travaillons avec US Sailing, et son président Charlie Enright en particulier, qui est d’une aide précieuse. Il y a aujourd’hui une belle liste de jeunes marins américains parmi lesquels choisir. Est-ce que nous allons avoir exclusivement des marins américains ? Non, bien sûr, nous n’allons pas nous limiter à ça, mais ce sera toujours un objectif, parce qu’avec ce projet, nous voulons développer la voile aux Etats-Unis, l’utiliser comme un tremplin non seulement pour faire connaître ce sport à plus de gens et montrer à quel point il peut être excitant, mais aussi comme un moyen de devenir plus inclusif et d’amener plus de gens vers la voile. C’est d’ailleurs pour ça que nous sommes liés à Sail Newport [le yacht-club de rattachement] qui est le meilleur exemple d’une structure visant à amener plus de monde vers la voile.

“La Formule 1 est un exemple parfait”

En termes de budget, où en êtes-vous ?
Nous avons le même plafond que tout le monde [budget maximum de 75 millions d’euros, NDLR], une partie de mon travail va consister à respecter ce budget. Encore une fois, je pense que l’époque des dépenses illimitées et des équipes pléthoriques de 150 personnes est révolue : ce n’est pas bien pour la Coupe de l’America, c’est génial pour la Coupe de l’America ! Et je serais étonné que pour la Coupe 2029, il n’y ait pas dix, onze ou douze équipes parce que tout d’un coup, la Coupe devient une option viable pour les sponsors et les entrepreneurs. Avant le Partnership, c’était un gouffre financier pour celui qui voulait injecter le plus d’argent. Nous devons changer cette image, la Formule 1 est un exemple parfait. C’est toujours considéré comme un sport de gens assez riches, mais avec des plafonds de coûts pour permettre de créer une entreprise et de la gérer commercialement pour que ce ne soit pas juste une passoire. En tant que le PDG, mon rôle ne sera pas simplement d’essayer de mettre une équipe de voile sur l’eau, mais également de construire une marque et de la rendre commercialement viable pour des sponsors et des investisseurs.

Quelles seront les ambitions sportives du défi ?
Nous ne nous leurrons pas en pensant que c’est la victoire ou rien tout de suite, nous sommes réalistes quant au retard que nous avons, surtout pour la prochaine édition, et au chemin qu’il nous reste à parcourir. Mais c’est un projet à long terme pour Karel et Chris, pas un coup, donc je pense pas que je n’aurais pas ce job si je n’avais pour ambition de gagner la Coupe de l’America.

Photo : North Sails

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