Philippe Presti

Philippe Presti : “Pour l’instant, on est les rois de la piste, tout seuls à Lorient”

Actualité chargée pour Philippe Presti ! A peine revenu du Grand Prix des Bermudes, où DS Automobiles SailGP Team France, dont il est le manager, a pris la neuvième place, celui qui est aussi directeur sportif de La Roche Posay Racing Team s’est envolé ce vendredi pour Cagliari, théâtre, du 21 au 24 mai, de la première régate préliminaire de la 38e Coupe de l’America. Autant de raisons pour échanger avec lui.

Que retiens-tu du Grand Prix des Bermudes où, une nouvelle fois, l’équipe française n’a pas été vernie, avec la blessure de Glenn Ashby ?
On est dans le dur. Après l’accident d’Auckland (blessures de Leigh McMillan et Manon Audinet dans une collision avec le bateau néo-zélandais), on avait fait le choix de prendre des gens d’expérience avec Glenn, et on se retrouve en effet avec une nouvelle blessure, puisqu’il s’est cassé le tibia-péroné au départ la deuxième manche en se prenant le pied dans la life line. C’est vraiment dommage, parce qu’en entraînement, ça tournait bien, on avait retrouvé de bons repères sur un plan d’eau qu’on connaissait bien, donc on arrivait sur le Grand Prix avec des ambitions. Il a fallu repartir de zéro après la blessure de Glenn, mais ce qui est génial, c’est qu’avec les moyens qu’on avait à disposition, on a réussi à s’adapter pour faire une super journée le dimanche avec deux podiums. D’une situation difficile, on a créé un peu d’espoir pour la suite.

De quelles options disposez-vous pour remplacer Glenn Ashby en attendant le retour de Leigh McMillan (espéré en milieu d’été) ?
Le régleur d’aile est une position clé sur le bateau et sur le marché, il n’y a aujourd’hui plus de régleurs d’aile d’expérience. Donc il va falloir trouver des solutions avec des navigateurs moins expérimentés, sachant qu’on est dans une phase où on n’a pas du tout d’entraînement en amont des Grands Prix. C’est un gros challenge, auquel nous sommes en train de réfléchir en vue du prochain Grand Prix, à New York (30-31 mai). Quelle que soit la personne qui sera sur le bateau, on devra forcément réorganiser notre playbook pour qu’elle soit à même de ne se concentrer que sur ce qui est important, ça va sans doute demander des adaptations à Quentin (Delapierre).

Ces accidents successifs et le peu de remplaçants disponibles peuvent-ils vous conduire à élargir votre pool de navigants à l’avenir ?
Je crois qu’il y a une volonté de la ligue de verrouiller les transferts pour justement permettre aux équipes de développer leurs équipes navigantes, parce que déshabiller Pierre pour habiller Paul, ça ne marche pas forcément. Nous, on a effectivement cette ambition, on a pour cela une structure géniale, l’Académie, qui nous permet de mieux connaître les jeunes forces vives de la voile française. L’objectif est que certains jeunes nous rejoignent à terme, ce qui va peut-être nécessiter de changer de braquet pour faire venir plus de monde sur les épreuves, alors que jusque-là, on était plutôt minimalistes.

Êtes-vous contraints de revoir vos ambitions à la baisse sur les prochains Grands Prix ?
Quand on a le niveau pour gagner, on n’a pas peur d’afficher nos ambitions, ce qui était le cas en début de saison. En quittant Perth, où on fait troisième de la finale après avoir dominé toute l’épreuve, on part dans l’idée de faire des podiums toute la saison. Et finalement, on se retrouve en galère après l’accident d’Auckland, maintenant celui de Glenn, l’approche est forcément un peu différente, mais ça ne veut pas pour autant dire que ça ne va pas marcher !

“Techniquement, je pense
qu’on est vraiment bien”

Place la semaine prochaine à la première régate préliminaire de la Coupe de l’America à Cagliari, comment vous êtes-vous préparés ?
On a commencé début mars à Lorient, on en est 35 jours de stage, dont une vingtaine de navigations, ce qui est un ratio énorme, la rade de Lorient nous a offert des conditions incroyables. On a dans un premier temps utilisé le simulateur, parce que si les AC40 sont des gros Moth, il y a des trucs assez spécifiques, donc c’est mieux de commencer sur simulateur pour mettre les doigts au bon endroit, travailler sur la communication, dessaler sans que ce soit un problème… Ensuite, on a été sur l’eau, avec beaucoup de rotations avec les sept équipiers, et lors du dernier stage, on s’est focalisés sur des sessions plus courtes avec l’équipage aligné à Cagliari. On a répété toutes les manœuvres dans les environnements les plus diversifiés possible et en essayant de cibler les conditions de vent les plus difficiles, la grosse brise et le petit temps, avec l’objectif de rester sur les foils quand c’est léger et de ne pas mettre la girouette dans l’eau dans du vent fort. Il ne manquait finalement qu’une seule chose, c’est d’avoir des concurrents autour, c’est ce qu’on va découvrir à Cagliari.

Comment Diego Botin et Florian Trittel (champions olympiques de 49er et vainqueurs de SailGP en 2024, entre autres) se sont adaptés à l’équipe ?
C’est une fierté d’avoir réussi à les faire venir. Leur intégration s’est super bien passée, avec une vraie volonté du noyau dur de K-Challenge, Quentin en tête, de les accueillir, ce n’est pas toujours comme ça dans les équipes pro. Pour ce qui est de leur adaptation à l’AC40, ça n’a pas pris beaucoup de temps, je n’avais pas trop de doutes là-dessus, l’objectif était ensuite d’avoir le même playbook, la même façon de décrire les choses, ça avance à pas de géants.

Qu’espères-tu à Cagliari ?
Je n’en ai absolument aucune idée. Techniquement, je pense qu’on est vraiment bien, je les vois faire des choses dont on n’était pas capables avec Luna Rossa sur la dernière Coupe, mais encore une fois, pour l’instant, on est les rois de la piste tout seuls à Lorient !

Quelle sera la suite du programme sur le projet La Roche Posay Racing Team ?
La priorité sera en juin de se concentrer sur le simulateur de l’AC75. L’outil est arrivé à maturité, on va l’utiliser pour le design, l’énergie, la communication, la conduite du bateau. Il sera alors temps d’aller sur l’eau avec le gros bateau au début de l’été avec l’objectif de pousser ce design jusqu’à un niveau qui n’a pas pu être atteint sur la campagne précédente faute de temps, avant de passer à des évolutions plus précises en vue de la 38e Coupe.

Du haut de ton expérience de l’épreuve, comment vois-tu le potentiel du défi français ?
Pendant ma longue carrière, comme tu dis, j’ai vu la Coupe changer de mains trois fois. La première (2003), les Suisses ont fait un chèque pour acheter Team New Zealand. La deuxième (2010) – et j’étais partie prenante -, Oracle a trouvé une brèche dans le règlement pour faire exploser le système. La troisième, une équipe qui avait perdu la Coupe (Team New Zealand) s’est peu à peu reconstruite, ça n’a pas marché la première fois, ni la deuxième, ni la troisième, mais à chaque fois, elle a réussi à agglomérer des compétences pour devenir peu à peu légitime et avoir une chance de la gagner, ce qu’elle a fini par faire (en 2017). J’ai l’impression qu’on est dans cette démarche. Sur la dernière Coupe, on a terminé derniers, depuis, on ajoute des assets, avant tout des personnes, pour créer un environnement favorable. Mon job est vraiment de faire en sorte que les chaînons tiennent correctement et qu’il n’y ait pas de trous dans la raquette. J’ai bon espoir que si on continue dans cette voie, on arrive à un niveau qui nous permette de performer. Maintenant, te dire où on en est aujourd’hui, je ne sais pas, mais on est mieux qu’hier !

Photo : La Roche Posay Racing Team

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