C’est la Solo Guy Cotten qui, du 6 au 14 mars, va lancer la nouvelle saison du circuit Figaro Beneteau, marquée par un calendrier remanié, avec une Solitaire printanière, mais aussi le retour d’anciens cadors du circuit, venus réviser leurs gammes face à la jeune garde.
En cet hiver marqué par une succession de dépressions, c’est peu dire que les marins de la classe Figaro Beneteau ont passé du temps sur l’eau à mouiller le maillot ! Et pour cause : avec une Solitaire du Figaro Paprec avancée au mois de mai (17 mai-7 juin), tous ont été assidus à l’entraînement, d’autant que le retour annoncé de plusieurs cadors de la discipline a ajouté “une bonne dose de piment en plus dans un plateau toujours très relevé”, se réjouit Éléonore de Grissac, secrétaire générale de la classe. Celle-ci enregistre “un nombre d’adhésions stable et une petite quarantaine d’intentions de participation aux quatre courses du championnat de France Elite de course au large“.
Dont celles, donc, de glorieux anciens, de Yoann Richomme à Nicolas Lunven en passant par Xavier Macaire, et, sur une partie des courses, Jérémie Beyou, Nicolas Troussel et Adrien Hardy, tandis que Loïs Berrehar, moins “ancien” que ses aînés (32 ans), revient sous les couleurs de Banque Populaire. “On ne s’était pas donné le mot, mais je sais pourquoi on est autant à y retourner : c’est là qu’on a grandi et on sait qu’on va retrouver la même chose, du match, du challenge, de la rigueur et de la difficulté. La vraie valeur de la classe Figaro, c’est qu’elle garantit tout ça. Tout le monde est à armes égales, une fois que tu as retrouvé le mode d’emploi, c’est le marin qui fait la différence”, explique Yoann Richomme.
“Je ne connais aucun ancien figariste qui dira « plus jamais », il y a une forme d’addiction. On se régale toujours autant dans cette série, le niveau est hyper élevé”, abonde Xavier Macaire, qui revient sous les couleurs de Snef pour célébrer dix ans de partenariat et disputera sa 12e Solitaire du Figaro. Autre revenant, Nicolas Lunven (PRB) nous confiait quant à lui il y a trois semaines : “C’est une classe à laquelle je suis resté très attaché, j’ai passé beaucoup de bons moments, j’ai aussi eu des déconvenues et des échecs, mais qui ont contribué à me faire grandir, car le Figaro, c’est du solitaire et de la monotypie, ça signifie que quand ça ne marche pas, c’est que tu n’as pas été bon et ça te pousse à progresser. Là, je me suis dit que c’était le bon moment pour revenir, sans être trop vieux“.
“Avancer la Solitaire,
ça change la dynamique”
Et dans quel état ces anciens ont-ils retrouvé le circuit, après quelques années d’abstinence ? “J’ai vraiment l’impression de retrouver la même intelligence collective et les mêmes profils qu’avant, ajoute Yoann Richomme, double vainqueur de la Solitaire en 2016 et 2019, date de sa dernière participation (et de la première du Figaro 3). Des jeunes pleins de talent qui démarrent, d’autres qui attaquent le « money time » sur leur troisième ou quatrième saison, des revenants… Ils vont nous donner du fil à retordre, c’est sûr, on espère leur en donner un peu aussi.”
Seul regret pour le skipper de Paprec, dont le nouvel Imoca est actuellement en construction, avoir manqué de temps pour s’entraîner. “Avancer la Solitaire en mai, ça change forcément la dynamique, mais si on ne veut pas de challenges, on ne fait pas de Figaro. Donc j’ai remis le doigt dans l’engrenage, je n’ai pas encore toutes les billes, mais j’espère monter dans le train de la compétition avec la Solo Guy Cotten, pour être bien au point dans trois mois”, s’amuse le deuxième du Vendée Globe 2024.
Ce changement de calendrier ne facilite pas non plus la tâche des bizuths sur le circuit, comme François Jambou, Pierrick Letouzé, l’ancien skieur croate Ivica Kostelic ou Quentin Mocudet, fraîchement débarqué du circuit Mini (deuxième de la Mini Transat 2025 en série), qui devront vite mettre le pied à l’étrier. “C’est sûr qu’on était en retard avant même d’avoir commencé, sourit ce dernier. J’aurais pu faire l’impasse sur la Solitaire cette année, mais je me dis que c’est toujours mieux de la disputer que de regarder les autres !”
“Les marins ont du mal
à trouver des budgets”
Pourquoi le départ de la Solitaire a-t-il été avancé de septembre à mi-mai ? “C’était une demande de l’organisateur, OC Sport, qui espère que ce créneau facilite la recherche de villes-étapes, la participation des partenaires et, plus généralement, la visibilité, répond Jean-Bernard Le Boucher, président de la classe. La période est difficile économiquement, on sait qu’il faut tester des choses, donc on est moteurs pour avancer ensemble.” Et ce dernier de préciser qu’en 2027, “il est fort probable que la Solitaire ait de nouveau lieu à l’automne, avec la Transat Paprec en début de saison”.
Reste qu’outre la conjoncture économique, la tenue prochaine des élections municipales ne facilite pas la tâche des organisateurs, au point que la ville d’arrivée de la Solitaire n’est toujours pas arrêtée, pas plus que le parcours du Tour Voile, couru depuis 2023 en Figaro et devenu un tremplin pour nombre de jeunes marins. “Dans l’ensemble, la classe Figaro s’en sort relativement bien, le lancement de l’Académie a porté ses fruits et nous a permis d’avoir un vivier de jeunes qui ont envie de continuer sur le circuit, estime Éléonore de Grissac. Qui ajoute cependant : “Mais on sait qu’il faut être vigilant et que c’est un moment charnière pour tout l’écosystème. Les organisateurs ont des difficultés, les marins ont du mal à trouver des budgets et il faut d’autant plus les accompagner.”
Confronté à ces difficultés, Arno Biston, 3e de la dernière Solitaire du Figaro Paprec sur Article 1, confie : “J’avais un peu l’espoir de trouver un budget complet après mes bons résultats l’an passé, mais ce n’est pas le cas. Tout faire avec un petit budget, même avec la meilleure volonté du monde, ça ne marche pas, alors j’ai dû faire des choix stratégiques : je ne ferai que les courses en solo sur mon bateau et je m’associerai à un autre skipper sur son bateau pour les courses en double. Ça m’aide aussi à préserver les voiles pour la Solitaire, tout en marquant des points pour le championnat. C’est dommage parce que ça fait moins de bateaux sur les lignes de départ, mais c’est la réalité du moment ! On a déjà l’avantage d’être une classe peu coûteuse par rapport à son importance dans le paysage de la course au large française.”
“Faire dix ans de plus
avec le Figaro 3”
“Notre manière de soutenir les marins, c’est aussi de garantir un bateau durable pour que les budgets ne soient pas exponentiels. On s’approche des dix ans du Figaro 3, notre objectif est de faire dix ans de plus avec, explique de son côté Jean-Bernard Le Boucher. Pour ça, on va lancer un gros projet pour venir conforter la monotypie, remettre à niveau le bateau sur des points qui doivent évoluer.”
Dans le même temps, la classe veut explorer de nouveaux territoires et formats, à l’image de la nouvelle course en double, inscrite au calendrier en fin de saison (24 août-7 septembre), entre Vendée et Portugal. “Elle partira de Port Bourgenay pour rejoindre Lagos en contournant Madère. Et la deuxième étape rejoindra l’île d’Yeu, donc on est au total sur au moins 13 jours de mer, dont 8-9 sur la première étape de 1 600 milles. Ce sera du vrai large, on avait vraiment envie de remettre un peu de voyage et d’aventure dans le programme”, explique l’organisatrice, Estelle Graveleau, ancienne secrétaire générale de la classe et qui avait déjà été à l’initiative de la Sardinha Cup (trois éditions en 2019, 2021 et 2022).
Et cette dernière d’ajouter : “La course comptera pour le championnat de France, avec un coefficient 3, donc ça permettra d’avoir du suspense jusqu’au bout de la saison. Le projet est ambitieux, mais on constate de l’intérêt partout où on va, et on a déjà 22 déclarations d’intention. Tout n’est pas gagné, mais le pari est lancé.”