Loïs Berrehar

Loïs Berrehar : “L’objectif, c’est faire de la compétition en solitaire”

De retour cette année sur le circuit Figaro Beneteau en attendant la mise à l’eau dans un peu plus d’un an de son futur Imoca, Loïs Berrehar s’est distingué sur la Solo Guy Cotten, première course de la saison, en remportant jeudi soir la grande course de 240 milles. Cinquième au général d’une épreuve remportée par Paul Morvan, le skipper de Banque Populaire (32 ans) revient sur la course et évoque son projet Imoca.

Avant de rentrer dans le détail de la course, raconte-nous comment s’est passée la reprise en Figaro cette année, sachant que tu n’as finalement quitté le circuit qu’une saison, en 2025 ?
En faisant le rétroplanning jusqu’au Vendée Globe avec l’équipe Banque Populaire en début d’année dernière, on s’était dit qu’il n’y avait finalement pas beaucoup de solitaire au programme, hormis en Imoca la dernière année (2028), donc on a étudié différentes possibilités et on s’est assez vite accordés sur le fait que la Solitaire du Figaro était top pour faire du solo. On a donc loué un bateau (celui d’Erwan Le Draoulec), qu’on a mis à l’eau le 15 janvier, à bord duquel j’ai participé à tous les entraînements à Port-la-Forêt cet hiver. L’idée était d’essayer de se rapprocher le plus vite possible du niveau de préparation que j’avais avec mon Figaro précédent (Skipper Macif), d’autant que je savais qu’il fallait mettre les bouchées doubles, avec la Solitaire dans seulement deux mois (départ le 17 mai). Et assez vite, j’ai été agréablement surpris, ça revenait plutôt bien et ça matchait bien avec les autres à l’entraînement à Port-la-Forêt.

Dans quel état d’esprit étais-tu au moment d’attaquer cette Solo Guy Cotten ?  
Je savais que c’était la première et dernière épreuve en solo avant la Solitaire. Donc dans ma tête, je me disais que ce serait bien d’être dans le coup. Et dès le départ du premier côtier, j’ai vu que je n’étais pas trop loin de la vérité, je suis bien parti, j’avais une bonne vitesse. Ça ne s’est pas très bien terminé, mais c’était la preuve qu’on avait fait du relativement bon travail.

Tu termines effectivement 27e et 21e sur les deux côtiers, pas forcément les résultats que tu attendais. Comment as-tu réagi au soir de la deuxième manche ?
Sur le premier, je me suis fait piéger dans un grain, j’ai ensuite fait des mauvais choix, c’était un peu la spirale descendante. Et le lendemain, j’ai fait une faute sur un concurrent que j’ai dû réparer en faisant un 360, je n’ai pas été très bon. Donc j’étais déçu, mais je n’étais pas en mode “il n’y a rien qui va”. C’est pratiquement la seule année depuis que je fais du Figaro que je ne vise pas le championnat de France (Elite de course au large), donc je n’étais pas abattu, en me disant que ces résultats allaient faire foirer mon championnat.

“Je pense que l’expérience a payé”

Et comment s’est passée cette grande étape de 240 milles ?
Je prends un départ correct, pas incroyable, ensuite, j’arrive à avoir une bonne vitesse et un bon placement sur le premier bord au près jusqu’à l’Occidentale. Je fais une petite erreur en fin de nuit qui me fait perdre mon avance, je contourne quand même la bouée d’Audierne en tête. Et après, au portant, le bord a été intéressant, avec des petites différences de vitesse, des gars qui ont bien performé, notamment Paul (Morvan), qui a fait un empannage payant à l’intérieur, un peu plus nord. Non seulement il allait vite, mais en plus, il avait un meilleur angle, ce qui lui a permis d’être presque un mille devant.

Comment as-tu fait pour revenir ?
Ça s’est joué sur le contournement de Groix, je pense que c’est l’expérience qui a payé. L’angle du vent, les risées, l’enchaînement, la fatigue, ce sont des trucs que je connais quand même un peu par cœur sur ces bords. Donc je me suis mis à la barre, j’ai réglé le bateau comme il fallait et je me suis mis Paul en ligne de mire, j’ai réussi à le doubler deux milles de l’arrivée. Après, cette étape a été dure. J’ai une espèce de capacité à me faire mal quand il le faut, mais celle-là m’a fait assez mal, avec une houle énorme, une mer croisée horrible, je me suis plusieurs fois cogné dans le bateau, c’était vraiment dur à vivre. D’où ma satisfaction à l’arrivée, on a passé du temps à bosser cet hiver pour se remettre à niveau, moi à naviguer dans le mauvais temps, les gars de l’équipe à bricoler, j’étais content que ça paie.

Quel est ton regard sur la concurrence après cette course ?
Pendant que je faisais de l’Imoca l’année dernière, certains ont énormément progressé en Figaro, la concurrence est franchement affûtée et il a fallu se donner à fond pour gagner cette étape. Aujourd’hui, il y a des tout jeunes qui sont impressionnants, je pense à Tom Goron, il a à peine 20 ans (19), on a plus de dix ans d’écart, ça me fait bizarre ! Paul Morvan pareil, je ne le connaissais pas, il est vraiment solide, et dans les moins jeunes qui ont aussi bien progressé, il y a Hugo Dhallenne, qui est tout le temps dans les bons coups, il est très fort.

“Un bel avant-goût du bébé !”

Et qu’as-tu pensé de ceux qu’on appelle les « anciens » (Yoann Richomme, Jérémie Beyou, Nicolas Lunven, Xavier Macaire, Adrien Hardy), revenus se frotter aux jeunes sur le circuit et qui, pour certains, ont souffert sur cette Solo Guy Cotten ?
Ça n’a pas été évident pour eux, mais pour moi non plus ! Je parlais de dix ans d’écart de génération entre moi et les jeunes, là, c’est dix ans dans l’autre sens, donc vingt ans ou plus, je suis vraiment admiratif de leur démarche. De leur part, c’est hyper honorable et respectueux pour le circuit de revenir se confronter à un bateau qui est difficile – franchement, les conditions qu’on a eues sur la grande course, c’était hard ! Les mecs, ils ont chacun gagné deux ou trois fois la Solitaire, plein de trucs en Imoca, et ils ont l’humilité de se remettre à l’exercice du Figaro. Et ils ne sont pas à la rue, loin de là, plusieurs aux alentours du top 10 (Jérémie Beyou 10e, Nicolas Lunven 11e, Adrien Hardy 12e). Il faut comprendre que nous, on a beaucoup d’heures de vol sur le bateau, pas eux, mais je pense que sur la Solitaire, après trois fois quatre jours de course, ils seront là.

Cette Solitaire, c’est vraiment un gros objectif pour toi ?
L’objectif principal, c’est de faire de la compétition en solitaire. Le fait de revenir en Figaro est une opportunité en plus de pouvoir essayer de la gagner, mais ce n’est pas l’objectif en soi ; le projet, c’est de construire un bateau pour le Vendée Globe qui est la priorité. Maintenant, je vais prendre le départ avec une top équipe et un top bateau, je ne l’ai pas encore gagnée, donc oui, j’en ai très envie.

Parlons justement du projet Imoca, comment avance-t-il ?
Tout va bien, l’équipe est en train de se structurer, le bateau est en construction depuis deux mois, on a passé la première phase de cuisson, c’est hyper enthousiasmant. D’autant plus que dans le hangar d’à côté, il y a TRR et Malizia (sisterships, les trois teams collaborent, voir notre article) qui en sont à trois ou quatre mois de la mise à l’eau, les bateaux ont pris forme, j’ai pu rentrer dedans, ça donne un bel avant-goût du bébé ! Malizia sera à l’eau début juillet, j’ai trop hâte d’aller tirer quelques bords dessus. De notre côté, on continue à réfléchir aux éléments qui ne sont pas encore partis en fabrication, on n’a pas encore tout choisi en ce qui concerne les pilotes, l’électronique, les voiles, pas tout à fait fini de designer nos futurs foils…

Tu disais que tu étais pressé d’aller naviguer sur Malizia, ça signifie que tu vas courir avec eux l’été prochain, notamment The Ocean Race Atlantic ? Puis The Ocean en début d’année prochaine ?
Tout n’est pas encore complètement calé en termes de programme, mais j’ai envie de faire un max de trucs avec eux, oui. Et le but est d’aller naviguer dans les mers du Sud en Imoca, idéalement en course sur le sistership de mon futur bateau.

Photo : BPCE / Qaptur

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