Figaro PRB

Nicolas Lunven : “C’était le bon moment pour revenir en Figaro”

PRB a annoncé le 15 janvier dernier son engagement en 2026 sur le circuit Figaro Beneteau aux côtés de Nicolas Lunven. Un retour aux sources pour le sixième du dernier Vendée Globe (sous les couleurs de Holcim PRB), lui qui compte neuf participations à la Solitaire, dont deux victoires (2009 et 2017). Après quelques entraînements “dans les pattes”, le skipper de 43 ans se confie à Sailorz.

Avant de parler de Figaro, revenons sur ton année 2025 en Imoca, as-tu mis du temps à te remettre de ton premier Vendée Globe ?
Non, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir eu du mal à me relancer, car assez vite, une fois passée l’euphorie de l’arrivée, il a fallu se replonger dans le chantier de l’Imoca en vue de notre programme 2025 qui était exclusivement en équipage, ce qui nécessitait des adaptations. Je n’ai pas eu cette période, qu’on entend chez certains coureurs, de post Vendée Globe difficile, avec une baisse de motivation, du mal à se remettre en selle physiquement. Le fait d’avoir eu une feuille de route précise a beaucoup joué. Si à l’arrivée, je n’avais rien eu à faire, je suis sûr que j’aurais passé des semaines à glandouiller dans mon canapé à me dire que c’est difficile de se remettre du Vendée Globe !

Et quel bilan dresses-tu de votre saison Imoca sur Holcim PRB ?
Il n’est pas trop mal, on a fait troisièmes de la Course des Caps et troisièmes de The Ocean Race Europe, avec une pointe de déception sur le tour de l’Europe parce qu’on ambitionnait de faire un peu mieux. Maintenant, on est tombés sur plus fort que nous, en l’occurrence Biotherm qui a survolé les débats, on s’est bagarrés très fort avec Paprec, ça s’est joué à une place près sur le dernier inshore, c’était un bateau match.

Holcim PRB a mis fin au projet Imoca après The Ocean Race Europe, comment as-tu reçu la nouvelle ?
D’abord, ils ne nous avaient jamais rien promis pour la suite, donc on ne peut pas parler de retour en arrière ou de promesses non tenues, la communication a toujours été très claire et réglo sur ce point. Malgré tout, il y a toujours une forme de déception quand un tel projet s’arrête ; jusqu’à l’été, on a espéré continuer, mais assez vite après le tour de l’Europe, ils ont commencé à nous dire que ça allait être plus compliqué que prévu. Et fin octobre, ils nous ont annoncé qu’ils ne souhaitaient pas continuer pour un ensemble de paramètres qui leur appartient.

“Il ne faut pas s’interdire
d’être ambitieux”

Comment s’est dès lors concrétisé ton projet de retour en Figaro ?
C’est un truc qui me trottait dans la tête depuis un moment et qui a commencé à mûrir plus sérieusement l’été dernier. C’est vrai que le fait que Yoann Richomme ait annoncé son retour m’a encore un peu plus titillé. J’ai alors commencé à en parler avec PRB, l’idée a fait son chemin assez vite chez eux, puisqu’ils sont revenus vers moi à l’automne pour me dire que c’était OK. Entre mon envie d’y retourner et l’opportunité d’un calendrier resserré avec la Solitaire en mai cette année, le projet a plu en interne.

Yoann Richomme sera effectivement de la partie cette saison, tout comme Loïs Berrehar, Jérémie Beyou fera des courses d’avant-saison (pas la Solitaire), Nicolas Troussel aimerait s’aligner, d’autres anciens sans doute aussi, cela signifie que le Figaro, c’est une case qui ne se referme jamais quand on y a goûté ?
Ces retours me font penser à l’époque où j’ai commencé (en 2007 pour lui), il y avait plein d’anciens vainqueurs qui revenaient, ça semble se dessiner comme ça cette année, c’est sympa. Voir quelqu’un comme Jérémie, qui évolue depuis des années en Imoca, revenir en Figaro en attendant la remise à l’eau de son bateau, c’est un bon signal et une bonne image pour la classe. Personnellement, c’est par elle que j’ai appris à faire du solitaire et de la course au large, j’ai disputé neuf Solitaire, ce n’est pas quelque chose que tu peux mettre de côté en disant : “C’est du passé, je n’y reviendrai plus“. C’est une classe à laquelle je suis resté très attaché, j’ai passé beaucoup de bons moments, j’ai aussi eu des déconvenues et des échecs, mais qui ont contribué à me faire grandir, car le Figaro, c’est du solitaire et de la monotypie, ça signifie que quand ça ne marche pas, c’est que tu n’as pas été bon et ça te pousse à progresser. Là, je me suis dit que c’était le bon moment pour revenir, sans être trop vieux, sachant que je reprends presque les bases, parce que je n’ai quasiment pas fait de Figaro 3, j’avais couru la toute première course du bateau, la Sardinha Cup en 2019, puis un Tour de Bretagne avec Alan Roberts (en 2021).

Et tu le trouves comment ce bateau ?
Pas facile. Je trouve que l’ergonomie n’est pas très bien fichue, tout est dur à bord, ce n’est pas un bateau où tout est fluide, facile à faire avancer, mais le fait que le challenge soit difficile à relever le rend plus excitant, ça m’oblige à me remettre en question et à sortir de ma zone de confort. Pour l’instant, je n’ai fait que trois entraînements, je ne me suis pas senti complètement largué, mais il y a quand même du boulot pour être aux avant-postes.

Justement, tu reviens sur le circuit avec quelles ambitions ?
Avec humilité face au challenge qui se présente à moi, mais je me dis aussi qu’il ne faut pas s’interdire d’être ambitieux. Le plateau s’annonce relevé, avec mon copain Yoann, Loïs Berrehar aussi, moins vieux que nous mais qu’on connaît depuis pas mal d’années, et beaucoup de jeunes très sympas et talentueux. C’est aussi le fait d’aller se confronter à ces jeunes qui me fait du bien, ça apporte de la fraîcheur.

“Envie de faire
un autre Vendée Globe”

Ta saison s’arrêtera-t-elle à la fin de la Solitaire ? Et si oui, quelle sera la suite pour toi ?
Oui, ma saison de Figaro s’arrêtera en juin. Pour la suite, je peux juste te dire que je vais encore naviguer, mais je vais laisser les gens communiquer en temps et en heure, je ne veux pas leur couper l’herbe sous le pied.

Dans son communiqué annonçant le retour en Figaro, PRB parle de “projet volontairement resserré et limité à une saison, pensé comme une étape de transition, sans préjuger du futur engagement de PRB dans la voile”, cela veut-il dire que vous échangez d’ores et déjà sur l’avenir ?
Non. Pour le moment, c’est un engagement pour un an, il n’y a pas de calculs ou quoi que ce soit pour la suite. Je ne peux pas présager de quoi demain sera fait et je ne sais pas si le projet voile continuera ou pas, il n’y a aucune réflexion en cours.

As-tu toujours pour ambition de revenir sur le Vendée Globe ? Et travailles-tu en ce sens ?
Le premier s’est plutôt bien passé, on a réussi à cocher pas mal de cases avec l’équipe, donc oui, ça me donne effectivement envie d’en faire un autre. Maintenant, la réalité, c’est que je n’ai pas beaucoup de temps pour chercher des sous. La question que je me suis posée l’année dernière, c’est : “Est-ce que je ne fais pas de Figaro pour enchaîner les rendez-vous avec des sponsors potentiels, au risque de ne pas trouver ? Ou est-ce que, comme j’ai l’opportunité de naviguer, je mets le ciré et j’y vais ?” Sachant que c’est selon moi difficile de faire les deux, quand tu navigues en Figaro, tu n’envoies pas des dossiers, tu ne décroches pas ton téléphone. Donc, il y a quatre mois, il fallait que je me décide et j’ai tranché. Maintenant, si un sponsor m’appelle pour me proposer un projet Vendée Globe, je ne vais pas lui dire non, mais je ne suis pas en recherche active.

Photo : Guillaume Le Corre / polaRYSE

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