La première étape de la Solitaire du Figaro Paprec a été remportée par Tom Dolan, devant Loïs Berrehar et Paul Morvan. Sailorz revient dessus avec trois spécialistes du Figaro, les skippers Gildas Mahé et Gaston Morvan, l’entraîneur du pôle Finistère de Port-la-Forêt, Erwan Tabarly.
Cette étape initiale aura proposé aux 36 solitaires un mix de conditions bien résumé par Gaston Morvan, quatre Solitaire à son actif, dont une 3e place en 2024 : “Ils ont été cueillis direct, avec des conditions dures pendant trois jours avant un changement de configuration radical, à savoir du tout petit temps le long des côtes espagnoles, il fallait vraiment réussir à s’adapter.”
Le long bord de près pour descendre le golfe de Gascogne aura été bien engagé, faisant dire à Gildas Mahé (onze participations, 2e en 2019) : “Ils ont eu 30 nœuds max dans le passage du front, mais c’était surtout la mer qui était dure, pas très haute mais très serrée. Ce sont des bateaux qui mouillent énormément, à l’intérieur comme à l’extérieur, donc pour le confort à bord et le repos, ce n’était pas évident.”
Fait notable de cette étape, la direction de course a pris la décision de juger l’arrivée au pied du cap Finisterre, à 50 milles de la ligne initialement fixée à Vigo, en raison du très petit temps qui risquait de considérablement rallonger le temps de course. “Si on avait été au bout, ça aurait fait une étape vraiment longue avec une nuit de plus et de la récup en moins, approuve Erwan Tabarly (seize Solitaire, 3e en 2011). Et je trouve que c’était bien d’arrêter avant que ça parte « en saucisse ». A l’arrivée, on a un classement qui correspond bien à ce qui s’est passé sur l’eau et récompense ceux qui ont le mieux navigué.”
Au jeu des petits décalages
En termes de stratégie, cette étape entre Perros-Guirec et Vigo n’aura “pas été très fun à suivre“, pour reprendre les mots de Gaston Morvan, qui explicite : “Je ne pense pas qu’ils se soient vraiment régalés, il n’y avait pas de gros choix, c’était plus une course de vitesse, avec de petits décalages à faire. Et à la fin, il fallait réussir à trouver les petites risées.”
Après un premier tronçon jusqu’à Wolf Rock que la flotte a franchi groupée (36 bateaux en 7 milles), la descente du golfe de Gascogne aura tout de même été marquée par des décalages en latéral dont l’issue a longtemps été incertaine. “Avec les fichiers qu’ils avaient avant de partir, il y avait un risque de tomber dans du vent faible en arrivant en Espagne. A priori, ceux qui étaient positionnés un peu plus ouest avaient la possibilité d’éviter un peu plus cette molle. Au final, ça ne s’est pas complètement passé comme ça, et finalement, ceux qui sont arrivés par dessous s’en sont mieux sortis“, explique Erwan Tabarly.
“Tom mérite amplement
cette victoire”
Parmi eux, Tom Dolan (Kingspan), qui a remporté sa troisième étape sur la Solitaire (après 2023 et 2024). “Il y a un an, il était arrivé blessé à Vigo où il avait dû abandonner, là, il arrive en vainqueur, c’est plutôt sympa. Et puis, sportivement, il a été devant du début à la fin, il mérite amplement cette victoire“, poursuit Erwan Tabarly. “Il ne fait pas la différence sur de gros choix, mais il a été super précis sur ses placements. J’ai l’impression que les autres se sont beaucoup regardés, alors que lui a fait une trace à la Tom Dolan, un peu plus autodidacte“, salue quant à lui Gaston Morvan.
Gildas Mahé, qui travaille à l’année avec l’Irlandais, vainqueur de la Solitaire en 2024, ajoute : “Tom était dans de bonnes dispositions au départ. Il avait confiance en sa vitesse au près dans la brise, donc il voulait jouer, mais sans prendre trop de risques, il a bien réussi à appliquer le schéma qu’il s’était fixé.” Au prix, poursuit ce dernier, de petits décalages qui, finalement, ont fait la différence : “Un premier en Manche qui a payé parce qu’il n’avait pas pris un bon départ et est passé troisième à Wolf Rock. Un second dans la descente et un dernier à la fin, que j’ai d’ailleurs trouvé un peu risqué par rapport à Arnaud Biston qui était retourné se mettre derrière la meute au cap Finisterre. Tom a réussi à garder ce petit décalage pour aller vers la porte, c’est le moment où il a mis le curseur risque le plus haut.”
Et Gildas Mahé de conclure sur le vainqueur : “L’autre point que j’ai remarqué, c’est qu’il a vraiment trouvé les manettes du bateau. On a changé le gréement il n’y a pas longtemps et on s’est dit après le Trophée BPGO, qu’on a fait ensemble, qu’on avait été un peu extrêmes dans certains réglages, donc on a décidé de revenir à quelque chose d’un peu plus standard, j’ai l’impression que ça a bien payé.”
Les favoris presque
tous dans le coup
A l’arrivée, les écarts sont loin d’être négligeables, puisque Tom Dolan compte 33 minutes et 34 secondes d’avance sur son dauphin, Loïs Berrehar (Banque Populaire), 41 minutes et 54 secondes sur Paul Morvan (Foricher-French Touch), seuls les six premiers étant dans la même heure. “Il a su creuser des écarts, ce n’est pas rédhibitoire pour les autres, mais certains sont déjà assez loin”, note Erwan Tabarly.
Derrière l’Irlandais, pas de grosses surprises sur cette première étape, puisque quasiment tous les prétendants à la victoire finale sont dans le top 10. Loïs Berrehar “conforte son statut de favori en étant juste derrière, toujours dans le match”, note Erwan Tabarly, alors que selon, Gaston Morvan, “ce n’était pas forcément l’étape qui lui correspondait le mieux dans le sens où il n’y a pas eu de bords rapides de glisse, il s’en sort bien et je pense qu’il est content de faire deuxième”.
Un Gaston Morvan qui se félicite forcément de la troisième place de son petit frère Paul, après un départ raté. “J’étais un peu inquiet, parce qu’il était un peu en dessous en vitesse, mais il s’est bien refait et a très bien navigué sur les vingt dernières heures, notamment dans la molle, où il avait vraiment un gros plus en vitesse par rapport aux autres.” Une fin d’étape qui fait dire à Erwan Tabarly : “Paul a progressé cette année dans sa façon d’attaquer au bon moment, mais aussi de savoir bien gérer les moments où ça va moins bien. Là, il a su garder du jus pour se remobiliser sur la fin et faire quelques empannages aux bons endroits.”
Tom Goron,
le malheureux de l’étape
Nos experts saluent aussi les bonnes prestations de Martin Le Pape (Paprec), “quatrième en ayant pris la barre du bateau à la dernière minute”, note Gildas Mahé, et de Nicolas Lunven (PRB), cinquième, dont Gaston Morvan dit : “Il est grave dans le match ! On s’attendait tous à ce qu’il soit là car même s’il n’a pas navigué sur le Figaro depuis longtemps, il a bien bossé cet hiver, il a clairement été un des animateurs. Je pense que quand il y aura de gros choix stratégiques à faire, il pourra s’exprimer encore mieux que sur cette étape qui était un peu figée en trajectoires, il va se passer des choses.”
Dans ce top 10, manque à l’appel Tom Goron (Xplorassur), 15e car pénalisé d’entrée par une panne de pilote qui l’a obligé à rentrer au port. “Comme il y avait peu d’options et que les écarts de vitesse sont très faibles au près entre les meilleurs, il a ramé pour revenir. Il espérait que la molle allait faire tourner l’étape en vrille au niveau des côtes espagnoles, mais les premiers ont été peu ralentis, il a traîné son boulet jusqu’au bout avec lui“, constate Gildas Mahé.
Qui ajoute : “Son problème de pilote, l’électronicien l’a réglé en dix minutes, ce n’était pas grand-chose. Tom n’a pas su le faire tout seul en mer, c’est peut-être la leçon qu’il devra en tirer. Les gars travaillent beaucoup à l’entraînement sur des millimètres de réglage, et là, ce qui l’a pénalisé, c’est de mal connaître son deuxième pilote. Maintenant, dans le stress du départ, c’est compréhensible, c’est plus difficile de mettre ses neurones en place.”
“C’était dur de le voir sur les images du parcours côtier galérer avec son pilote, ça l’a bien handicapé, mais il va nous faire de grandes choses sur les étapes à venir“, assure Erwan Tabarly. La prochaine s’élance dimanche de Vigo, en route directe vers Pornichet.