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Tom Goron, portrait d’un talent précoce

Une traversée de la Manche en Optimist à 12 ans, un titre de champion d’Europe de 29er à 16 ans, des débuts en Figaro à 17 et une première victoire sur le circuit pour fêter ses 18 ans, Tom Goron s’avère un phénomène de précocité dans l’univers de la voile de compétition. Entre le Spi Ouest-France, qu’il a remporté à bord de PRB, et le Trophée BPGO qu’il courra encore avec Nicolas Lunven (départ le 18 avril), Sailorz s’est intéressé à son cas.

Tient-on en Tom Goron un futur François Gabart ou Tom Laperche, autres exemples de précocité passés ces vingt dernières années par la case Figaro ? L’intéressé n’ose pas la comparaison, mais reconnaît avoir été inspiré par le premier. “C’est le marin que j’ai toujours suivi, il m’a fait rêver quand j’étais enfant”, confie-t-il.

La comparaison ne s’arrête pas là, puisque, comme le vainqueur du Vendée Globe 2012, celui qui fêtera ses 20 ans le 10 mai “a baigné dedans”, pour reprendre les mots de Jeanne Grégoire, directrice du pôle Finistère de Port-la-Forêt, qui a accueilli le phénomène alors qu’il n’était même pas majeur. Entre compétition dès 7 ans en Optimist et croisières familiales tous les étés en Muscadet et sur le Kelt 29 du papa Nicolas, ancien bon spécialiste de match racing, Tom Goron a très vite fait de l’eau salée son terrain de jeu –”François Gabart a fait un tour de l’Atlantique sur un Kelt 39″, sourit-il pour en finir avec le parallèle.

Tom a même tiré ses premiers bords dès l’âge de 2 ansNous avions un grand terrain avec un étang près de Dinan, sur lequel il naviguait en Optimist”, précise le paternel, enseignant en électro-technique dans un lycée professionnel, qui n’a jamais empêché son benjamin (il a une grande sœur) de s’adonner à sa passion, bien au contraire. La preuve ? “Un jour à la maison, il descend de sa chambre et me dit : « Papa, j’ai vu la vidéo d’une fille qui a traversé la Manche en Optimist, tu crois que je pourrais faire pareil ? ». On a étudié la faisabilité et on a organisé la traversée.” La fille en question n’est autre que Violette Dorange, autre phénomène de précocité – “la seule avec Tom qu’on a accueillie au pôle alors qu’elle était encore mineure”, note Jeanne Grégoire -, qui a bouclé cette traversée en 2016 à 15 ans. Tom Goron en avait… 12.

 “Tout ce qu’il a fait, il l’a décidé”

Deux ans plus tard, il décide de lui-même de partir en sports-études pour trois ans au pôle Espoirs de La Baule“Tout ce qu’il a fait, il l’a décidé, confirme son père. Je me souviens de lui au centre nautique de Saint-Suliac, à côté de Saint-Malo, il se posait la question de quel support il allait choisir pour son sport-études. On a été ensemble aux portes ouvertes des différents pôles, mais à la fin, c’est lui qui a choisi La Baule, pour le 29er et l’encadrement.”

Il en ressort trois ans plus tard, titre européen et bac en poche, avec l’envie affirmée de se mettre au large, plus que de poursuivre dans la filière olympique. “Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas continué en olympisme car il avait brillé en 29er, indique à ce propos Nicolas Lunven, qui a fait appel cette année à Tom Goron sur le circuit Figaro. Sa réponse a été très pragmatique et logique : il estimait qu’il n’avait pas le gabarit pour faire 49er ou les autres séries olympiques qui lui plaisaient, et surtout, il ne se voyait pas investir autant de temps pour, au final, prendre le risque de ne pas faire les JO. Il pensait qu’il avait plus de moyens de s’exprimer en course au large. A17 ans, il a eu la lucidité de se poser les bonnes questions, c’est la preuve d’une certaine maturité.”

Le hasard faisant bien les choses, Navaleo-Les Recycleurs Bretons, qui l’accompagne depuis 2017 et a déjà sponsorisé des marins en Figaro (Simon Troël, notamment), accepte de l’accompagner sur le circuit. Il va alors toquer à la porte du pôle Finistère, Jeanne Grégoire se souvient : “Thomas Coville était présent ce jour-là, il me raconte qu’il a pris en voiture un petit jeune en trottinette sur la route départementale parce qu’il trouvait ça dangereux et que quand il lui a demandé où il allait, il avait répondu : « Au pôle ». C’était Tom !” Qu’est-ce qui a poussé la direction à accepter sa candidature, alors qu’il n’avait que 17 ans ? Son CV, son envie parce qu’il venait de lui-même et tout seul, mais aussi des recommandations. Un ou deux ans plus tôt, Matthieu Richard [ancien spécialiste de match racing, cadre technique à la FFVoile, NDLR] m’avait appelé en me disant : « J’ai un petit jeune qui va venir en course au large, tu vas en entendre parler ». Après, ça aurait pu ne pas marcher.”

 Objectif victoire sur la Solitaire

Sauf que dès sa première année, en 2024, Tom Goron se fait remarquer. “On a très vite vu à l’entraînement qu’il maîtrisait le bateau”, confirme la directrice du pôle. S’il “prend des bâches” (les mots sont du marin) sur ses premières courses, le jeune Breton se sent très vite à sa place sur le circuit et notamment sur la Solitaire, qu’il termine à la 14e place (3e bizuth). “C’est la course sur laquelle j’ai pris le plus de plaisir, je me suis découvert, confie-t-il. L’année 2025 sera celle de la révélation, avec une deuxième place sur la Solo Guy Cotten, une victoire sur la Solo Maître CoQ, qu’il fête pour ses 18 ans, et une place de septième sur la Solitaire (dont une deuxième sur la dernière étape).

Comment expliquer une progression aussi rapide ? “Je n’ai pas vraiment d’explication, s’interroge Nicolas Goron, si ce n’est que dans tous les sports qu’il a essayés, le vélo, le skate, il a toujours mis beaucoup de pugnacité, il a été capable de rester des heures et des heures, de tomber plein de fois, pour finir par réussir.” Tom Goron a, lui, son avis : “Je pense que j’apprends vite et que je commets rarement deux fois les mêmes erreurs. Et surtout, je suis très bien entouré. Quand tu t’entraînes tous les jours au pôle avec les meilleurs, les Basile (Bourgnon), Loïs (Berrehar) ou autres, tu les regardes naviguer, tu les copies un peu, ça permet de vite progresser.”

Cette année, c’est donc aux côtés Nicolas Lunven que cette progression se poursuit. “Quand l’hiver dernier, je me suis projeté sur la saison, j’ai demandé à quelques personnes de me faire une liste de gens avec qui je pourrais naviguer en double. Son nom est ressorti quasiment à chaque fois, raconte le skipper de PRB. Avant d’ajouter à propos d’un choix d’ores et déjà validé – deuxième sur le Trophée Laura Vergne, victoire sur le Spi Ouest-France : “Je cherchais quelqu’un qui connaissait bien le Figaro 3. Tom a un fonctionnement voile légère, très axé sur les sensations, la vision du plan d’eau à l’instant présent, le gagne-petit. Il est en plus humainement très facile, c’est exactement ce qu’il me fallait.”

Le duo va s’attaquer au Trophée Banque Populaire Grand Ouest (800 milles en double, départ le 18 avril de Concarneau), avant de se retrouver en mai en confrontation sur la Solitaire du Figaro Paprec. Pour sa troisième, Tom Goron participation peut-il viser un podium ? “L’année dernière, il n’a pas concrétisé, parce qu’il s’est endormi à la fin des deux premières étapes, mais je le sens super armé pour ça, notamment parce qu’il navigue avec Nicorépond Jeanne Grégoire. Le seul bémol, c’est qu’il court derrière son budget.” Ce que confirme le skipper : “Je n’ai toujours pas de sponsor, donc je risque de partir en mode très dégradé, je ne suis pas sûr de pouvoir racheter des voiles”. Un paradoxe pour un marin qui fait l’unanimité et se projette forcément plus loin : Mon grand rêve, c’est de gagner la Solitaire, ensuite, il y a forcément le Vendée, j’espère que ça deviendra un objectif, pourquoi pas en 2032 ?”

Photo : Gilles Dedeurwaerder / Solo Guy Cotten

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