Elodie BONAFOUS

Élodie Bonafous : “Je suis exactement là où je voulais être”

Après une première saison réussie en 2025 à bord de son Imoca Association Petits Princes-QuéguinerÉlodie Bonafous (30 ans) aborde 2026 en confiance. Alors qu’elle s’apprête à disputer sa première course en solitaire en Imoca, la 1000 Race – une boucle de 1 000 milles qui s’élance de Port-la-Forêt le 3 mai à 13h00 et arrive à Concarneau -, la navigatrice fait le point sur un projet qui répond pleinement à ses attentes.

Avec le recul, quel bilan tires-tu de la saison 2025 ?
Il est très positif. Je mesure ma chance de disposer d’un Imoca bien né, bien construit, avec des systèmes fiables et éprouvés. C’était un critère clé dans notre volonté de construire chez MerConcept. Nous étions aussi convaincus dès le départ qu’un sistership de Macif était le bon choix pour ce projet, et cela s’est confirmé. Au-delà du temps de navigation gagné, cela apporte une vraie confiance mentale. Et cette confiance change tout : tu sais que tu peux tirer sur la machine sereinement, tu n’as pas une épée de Damoclès au-dessus de la tête en permanence. Sur des prototypes purs, les premières courses servent souvent à essuyer les plâtres. Nous, on a pu découvrir et exploiter notre Imoca sans subir trop d’avaries ni de gros ajustements.

Deuxième place sur la Course des Caps, victoire sur la Rolex Fastnet Race : les bons résultats ont été immédiats…
La Course des Caps a été exigeante, engagée, et je valorise presque autant notre performance sur cette épreuve que la victoire sur la Fastnet. Mais, forcément, une première place a une saveur particulière, surtout après une belle bagarre face à une référence comme Charal. À la fin de l’été 2025, on était clairement sur notre petit nuage, tout en restant lucides et concentrés sur la suite. Au final, la seule déception est venue de la Transat Café L’Or, disputée avec Yann Eliès : une petite avarie nous a obligés à faire escale et à nous éloigner de nos objectifs initiaux.

C’était essentiel de bien t’entourer pour cette saison d’apprentissage ?
Oui, à la fois pour les réglages et la performance, mais aussi pour la gestion technique, ce que j’appréhendais le plus. Je savais faire de la régate et de la course au large, mais maîtriser une machine aussi complexe, c’était le gros morceau. Avoir Yann Eliès à bord a énormément aidé. J’ai aussi pu m’entourer d’autres très bons marins comme Pascal Bidégorry, Gaston Morvan ou Basile Bourgnon. Cela représentait un investissement financier pour le partenaire, il ne faut pas se le cacher, mais c’était un choix cohérent.

Le convoyage retour de la Transat Café L’Or en faux solo, entre la Martinique et la Bretagne, a-t-il été un moment clé pour toi ?
Oui, complètement. En début d’année, j’appréhendais beaucoup cette navigation. C’était le moment de couper le cordon avec Yann. En solo, on ne peut compter que sur soi-même et mentalement, ça change tout. Au fil de la saison, cette appréhension a disparu. J’étais prête, et même très excitée à l’idée de convoyer mon bateau en faux solo. Je me suis mise en mode course, j’ai vraiment bourriné. Je voulais tester les limites du bateau en solitaire et mon rythme à bord. Ce convoyage a été instructif et il m’a mise en confiance. J’ai subi quelques petites galères, mais j’ai su les gérer seule. Je faisais vraiment corps avec le bateau. Le repos restait le point le plus compliqué, mais pour le reste, je me sentais très à l’aise, dans mon élément.

“Remettre le bateau à l’eau
le plus tôt possible”

En quoi a consisté le chantier hivernal ?
Nous avons réalisé une révision complète des systèmes, pour repartir sur des bases saines et maîtrisées. L’objectif du chantier hivernal n’était pas de faire de grosses optimisations. Ce n’est pas la philosophie financière du projet aujourd’hui. La seule véritable évolution a été l’installation de panneaux solaires, en lien avec les règles de jauge visant à limiter la quantité de carburant embarqué. Mon objectif était très clair : remettre le bateau à l’eau le plus tôt possible pour maximiser le temps de navigation. On a aussi fait un chantier le plus court possible pour permettre à l’équipe de souffler un peu. Elle avait énormément travaillé, et comme on n’a pas un effectif très important – notamment pour des raisons de budget – il y avait un vrai enjeu à laisser tout le monde récupérer.

Qu’en attends-tu de la course d’ouverture de la saison 2026, la 1000 Race, ta première épreuve en solitaire en Imoca ?
Je souhaite avant tout valider le travail réalisé en faux solo. Je ne me fixe pas d’objectif sportif précis. L’idée, c’est de faire le parcours “proprement” : anticiper les manœuvres et les choix stratégiques, bien connaître mon bateau et le faire avancer à un niveau de performance raisonnable. Je ne vais pas chercher à être à fond en permanence. J’aborde cette course un peu comme la fable du lièvre et de la tortue : avancer de manière régulière, sans faire d’erreur. Si je valide tout ça, le résultat sera déjà satisfaisant.

Le plateau de la 1000 Race est réduit, avec seulement sept marins inscrits. Tu le regrettes ?
C’est un peu décevant, bien sûr, car cela enlève une partie du challenge sportif. Pour la classe Imoca, on aurait évidemment préféré être plus nombreux au départ. A titre personnel, comme je considère cette course avant tout comme un entraînement, ça ne me dérange pas plus que ça. On va pouvoir monter progressivement en intensité.

Viendra ensuite la Vendée Arctique…
J’appréhende presque plus cette course que la Route du Rhum. Le Rhum se dispute sur une route qu’on connaît relativement bien. La sortie de la Manche puis le golfe de Gascogne peuvent être délicats, mais ensuite on retrouve des schémas plus classiques, plus maîtrisés, donc moins incertains. À l’inverse, la Vendée Arctique propose un parcours que je ne connais pas. Il va falloir monter très au Nord, avec une particularité majeure : nous devrons franchir le cercle polaire arctique (66° Nord) à la longitude de notre choix. Les conditions météo risquent d’être très dures, et il faudra faire énormément d’analyse et de routage pour décider où passer. L’objectif ne sera pas seulement d’atteindre ce point, mais aussi d’anticiper le retour, avec les bons angles et les bons enchaînements météo. L’exercice s’annonce complexe. Cette course sera très ouverte, et probablement assez déroutante. Je ne sais pas encore exactement comment je vais gérer ça.

“Le projet suit le plan
que j’avais en tête”

La Route du Rhum sera l’événement majeur de la saison. Comment comptes-tu l’aborder, sur les aspects sportifs mais aussi événementiels ?
Si je me projette après trois ou quatre jours en mer, dans mon rythme, je me sens sereine. Honnêtement, ce que je crains le plus, c’est la gestion de l’avant course. Ce n’est pas forcément mon point fort. J’adore partager ma passion, échanger, être disponible, mais cela demande énormément d’énergie et peut générer du stress. Pourtant, une fois la course lancée, il faudra réussir à se mettre dedans très vite. Côté sportif, aujourd’hui je ne suis pas capable de me fixer un objectif de place sur la Route du Rhum. J’ai un bateau performant et je suis très compétitrice, donc je ne vais pas venir pour subir. Si je navigue à 100 % du potentiel du bateau, je serai dans le game.

Tu sembles suivre à la lettre la feuille de route qui mène au Vendée Globe 2028…
Oui, le projet suit le plan que j’avais en tête dès le départ, sur un cycle de quatre ans. Je suis exactement là où je voulais être. J’ai la chance de beaucoup naviguer, d’être bien entourée et d’évoluer dans une équipe qui me correspond. Au début, certaines étapes me semblaient très lointaines. Le Vendée Globe me paraissait un sommet immense. Jour après jour, ce sommet se rapproche. C’est une progression par paliers, où chaque choix compte et s’inscrit dans une logique de long terme. C’est un vrai luxe de pouvoir construire ce projet dans la durée, de manière structurée.

Photo : Jean-Louis Carli

Sailorz est le média
expert de la voile de compétition

Sailorz by Tip & Shaft

Sailorz décrypte la voile de compétition chaque vendredi, par email :

  • Des articles de fond et des enquêtes exclusives
  • Des interviews en profondeur
  • La rubrique Mercato : l’actu business de la semaine
  • Les résultats complets des courses
  • Des liens vers les meilleurs articles de la presse française et étrangère
* champs obligatoires


🇬🇧 Want to join the international version? Click here 🇬🇧