Ocean Fifty

La classe Ocean Fifty à guichets fermés

Malgré trois chavirages sur la Transat Café l’Or, la classe Ocean Fifty, dopée par la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, aborde la saison avec les onze bateaux de son numerus clausus et reprend la main sur son championnat pour “monter en gamme” et prolonger son attractivité.

Un hiver pour panser les plaies. Après une Transat Café L’Or marquée par les chavirages de LazareKoesio et Elvest (ex-Inter invest) dès la première nuit de course, la classe Ocean Fifty et tous ses skippers ont été forcément très marqués, selon Luke Berry, skipper de Le Rire Médecin-Lamotte“Il y a eu beaucoup d’échanges collectifs, de débriefings. Ce n’est pas anodin, surtout avant une saison qui va être axée sur le solitaire et la Route du Rhum, avec beaucoup de bizuths au départ. C’était indispensable de le vivre collectivement.”

Dernier signe de cet épisode douloureux, l’annonce par Audrey Ogereau de sa décision de renoncer à s’aligner au départ de la Route du Rhum sur Koesio, estimant que les planètes ne sont plus alignées pour y aller avec confiance“. Contacté par Sailorz, Erwan Le Roux, co-skipper du bateau, qui cherche à compléter son budget pour la saison, affirme que “le bateau va être inscrit au championnat et à la Route du Rhum, mais on ne sait pas encore avec qui et comment il va s’appeler”.

Cette actualité est la seule ombre au tableau pour une classe Ocean Fifty qui fait le plein cette année, et en a même été pour cela critiquée. Particulièrement véhément, Damien Seguin, qui a cherché à construire un Ocean Fifty neuf et en a été empêché par le numerus clausus voté en 2022, a ainsi affirmé mi-mars dans Pos. Report que “la classe ne fonctionne pas, on ne peut pas y rentrer, il y a beaucoup d’intérêts personnels qui viennent se mêler à des intérêts collectifs”.

Notre rôle, protéger
l’écosystème financier”

“Ses mots sont forts, la seule réponse qu’on a à lui faire, c’est qu’on ne l’a jamais empêché de rentrerrétorque Sébastien Rogues, coprésident de la classe. Quand il a cherché à nous rejoindre, il y avait deux bateaux à vendre. C’est le process qu’a suivi le team Sodebo, et avant lui Upwind et beaucoup d’autres. C’est un marin incroyable, qu’on aime tous, mais il voulait rentrer avec ses règles à lui, et ça, ça ne marche pas.” 

Et ce dernier d’ajouter, à propos du numerus clausus : “C’est bien sûr tentant de se dire que, vu que tout va bien pour nous et qu’on est à guichets fermés, on pourrait ouvrir à quinze bateaux sans problème, mais qu’est-ce qu’on fait dans deux ans si on en a quatre sur les ronds-points ? Notre rôle, c’est de protéger l’écosystème financier, pour le faire durer. C’est justement dans les moments où tout va bien qu’il faut rester solide sur ses appuis, parce que si la classe se porte bien et que de beaux annonceurs nous ont rejoints, c’est grâce à nos décisions difficiles.”

Ce constat est partagé par nombre de membres de la classe, à commencer par Erwan Le Draoulec, qui confirme que le projet Lazare n’aurait jamais pu voir le jour sans le numerus clausus, c’est ça qui a donné confiance à nos investisseurs”. Après un hiver consacré à sa reconstruction, le marin, qui a remis à l’eau son Ocean Fifty en début de semaine, se félicite : Notre énorme défi technique et économique est relevé. La situation économique d’aujourd’hui n’est pas parfaite, mais on a de quoi faire la saison. Globalement, tout a été mis en œuvre pour qu’on se relève le plus vite et le plus efficacement possible.”

Retour en Méditerranée

Avec son équipage composé de Clarisse Crémer, Davy Beaudart, Antoine Lauriot Prévost et Tanguy Leglatin, le marin de 29 ans prendra dans quelques semaines la direction de la Méditerranée, comme ses neuf comparses de championnat – Laurent Bourguès ayant obtenu une dérogation de la classe pour rester en Atlantique avec Mon Bonnet Rose, faute de budget.

Annulée l’an passé suite au désistement de dernière minute de la ville de Toulon, l’étape sudiste aura bien lieu cette fois avec les deux premiers Acts des Ocean Fifty Series dont la classe sera elle-même l’organisatrice : à Sainte-Maxime du 28 avril au 3 mai, puis à Ajaccio du 5 au 9 mai. Pour la première fois, la mixité sera imposée (au moins une femme à bord), tout comme l’inscription d’un impact carbone au championnat, avec un point accordé à l’équipage le plus vertueux.

“Là aussi, ce sont des choix forts qui ont été votés démocratiquement, au terme de beaucoup de débats, toutes les voix comptent et tout est dit librement, je peux vous le garantir ! sourit Sébastien Rogues. Ces choix demandent un effort financier conséquent pour les teams, car l’inscription a dû être augmentée, mais tout le monde a conscience que c’est un investissement pour monter en gamme et montrer nos atouts.”

Satisfaire les partenaires

Recruté cet hiver pour piloter cette reprise en main en tant que directeur d’Ocean Fifty Sailing, nouvelle filiale en charge du développement de la classe, Mathieu Baule sera chargé de cette feuille de route ambitieuse : “On veut donner davantage de dimension au format Grand Prix, créer une vraie expérience d’hospitalité.” Il aura aussi pour mission de trouver un partenaire titre pour la classe – entre 400 000 et 600 000 euros par an, en échange de visibilité sur les onze bateaux et sur les villages, ainsi que jusqu’à 150 places embarquées sur les Grands Prix.

“Aujourd’hui, il y a peut-être des critiques sur la classe, mais personne ne critique nos bateaux, parce que tout le monde sait qu’on a des outils incroyables, y compris pour l’activation partenaires. Quand un sponsor y goûte, il ne veut plus rien faire d’autre !” explique Luke Berry, qui devrait cette année, avec ses 33 partenaires, faire naviguer 600 personnes et proposer plus de 800 visites de son trimaran

“La course au large est un sport coûteux, sans ticketing, sans droit TV, rappelle Sébastien Rogues. Nous, on pense à ceux qui nous font vivre. Notre objectif, c’est de leur donner satisfaction en proposant à la fois les grandes transatlantiques qui font rêver, et un format de Grand Prix hyper spectaculaire, inspiré de SailGP mais avec des coûts bien plus maîtrisés, tout ça avec onze bateaux capables de gagner.”

Le “mini laboratoire” Sodebo Fifty

Lisser les différences de performance entre les bateaux de différentes générations, voici en effet un autre enjeu majeur de la classe. L’arrivée de Sodebo dans le circuit pourrait ainsi faire office de mini laboratoire, l’ex Ocean Fifty de Christopher Pratt ayant été assez radicalement transformé cet hiver, avec notamment un mât neuf et une nouvelle structure. “Ça a été génial de voir l’équipe bichonner ce bateau de légende, l’ancien Crêpes Whaou ! de Franck-Yves Escoffier, mis à l’eau en 2009, confirme son skipper, Léonard Legrand, qui sera accompagné sur les Grands Prix de Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Charlotte Yven, François Duguet et Charles Defontaine. Cette transformation est aussi très cohérente avec notre ADN chez Sodebo. On avait fait pareil avec Geronimo, qui va encore accomplir un exploit sous peu avec Guirec Soudée.”

“Le chemin pour arriver à une flotte homogène n’est pas simple, il y a beaucoup de questions auxquelles on n’a pas de réponses, mais ce chantier va nous donner des indicationsse réjouit quant à lui Baptiste Hulin, vainqueur des Ocean Fifty Series 2025 sur son plan VPLP de 2017. “Ce qui est sûr, c’est que la suite de la saison se courant en solitaire, les différences de performance entre les bateaux seront lissées, en particulier sur la Route du Rhum“, ajoute le Malouin, qui a remporté la dernière Transat Café L’Or devant Solidaires en Peloton (2017) et Le Rire Médecin-Lamotte (2009).

Une Route du Rhum sur laquelle la grande majorité de la flotte sera bizuth, preuve du renouvellement d’une classe à propos de laquelle “l’ancien” Erwan Le Roux confie : “Ce qu’on veut, c’est anticiper l’après Rhum et ne pas avoir de trou d’air. Mais aujourd’hui, je suis hyper rassuré de voir les évolutions, et je salue le changement de gouvernance qui nous a apporté de la fraîcheur dans les débats. On ne veut pas d’un scénario comme les MOD70 [le circuit, lancé au début des années 2010, avait très vite périclité, NDLR] c’est tout l’intérêt de limiter notre croissance pour mieux maîtriser nos fondamentaux.”

Photo : Noémie Catalano

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