Baptiste Hulin

Baptiste Hulin : « J’ai envie d’aller chercher d’autres grandes victoires »

Quatre ans après une première Route du Rhum-Destination Guadeloupe en Class40 (18e), Baptiste Hulin (29 ans) fait partie des 11 marins qui, le 1er novembre, prendront le départ de la transat en solitaire en Ocean Fifty. L’occasion pour Sailorz d’échanger avec le skipper de Viabilis Océans, Malouin d’adoption et vainqueur de la Transat Café L’Or il y a un an.

Peux-tu nous dire ce que t’a apporté ta victoire sur la Transat Café L’Or 2025 avec Thomas Rouxel ?
Déjà, ça nous a montré qu’on était capables de gagner, et ça, c’est quand même quelque chose de très fort et positif pour toute l’équipe. Il y avait déjà de l’énergie dans ce projet, mais cette victoire nous en a donné encore plus. Et sportivement, c’est sûr que ça donne de la légitimité, de la confiance. Après, je n’oublie pas que les quatre premiers sont arrivés en 45 minutes, je n’ai pas envie de dire que la pièce est tombée du bon côté – on a quand même été chercher cette victoire sur une option finale -, mais on n’a pas terminé avec trois jours d’avance. Ça montre en tout cas que cette classe est dense avec un niveau très homogène.

Tu es arrivé dans ce projet Viabilis Océans en 2024 après Pierre Quiroga, qui avait été initialement choisi, as-tu justement l’impression que cette victoire t’a permis de devenir complètement légitime dans cette classe Ocean Fifty, d’être considéré comme l’égal des autres ?
Il faut demander aux autres ! (Sourire) Mais c’est vrai que je suis arrivé dans une posture pas très facile, mon background était sûrement plus léger que celui de Pierre ou d’autres skippers de la classe. Après, j’ai mis énormément d’énergie pour prendre en main ce bateau, j’ai construit mon projet en ouvrant les œillères, en allant chercher de l’expérience chez des gens qui m’ont tous beaucoup apporté, comme Corentin Horeau, Léonard Legrand, Yann Eliès ou Thomas Rouxel, je pense que cette démarche a été payante. Thomas a été particulièrement important, nous avons navigué un an ensemble, ça a été vraiment de la transmission, et il continue de m’accompagner, aussi bien sur l’eau qu’à terre, puisqu’il est dans ma cellule de routage. Il m’apporte beaucoup de sérénité et de confiance. Après, je reste très humble et prudent, je ne me repose pas du tout sur mes lauriers, mais j’espère que c’était le début d’une belle histoire, j’ai envie d’aller chercher d’autres grandes victoires.

« Quasiment tous les bateaux
peuvent aller chercher un podium »

Ça tombe bien, la Route du Rhum arrive, peux-tu nous raconter comment tu as organisé ta saison ?
Nous n’avons pas participé aux deux premiers actes de la saison, parce que nous avons procédé à une réorganisation stratégique du projet (auparavant géré par BE Racing) en montant notre propre structure avec Arnaud Gotreau, le président de Viabilis. Nous avons remis à l’eau le 12 juin, nous sommes tout de suite descendus à La Rochelle pour installer une deuxième ligne de pilote, et dans la foulée, je suis parti faire mon premier solo en passant par le Fastnet, une mise en jambes qui m’a mis en confiance, si bien qu’au départ de la Dream-Cup, j’étais hyper serein. La course est partie sur les chapeaux de roues, dans de l’air au portant, tout ce que le bateau et le marin aiment, on s’est retrouvés très vite dans le paquet de tête, ce qui était vraiment l’objectif que je m’étais fixé, parce que c’étaient des conditions engagées qu’on est susceptibles de retrouver sur la Route du Rhum. J’ai terminé quatrième, mais au vu du peu de préparation, c’était comme une petite victoire. Ensuite, on n’a pas sorti le bateau de l’eau cet été, on a essayé de saisir tous les petits créneaux possibles dès qu’il y avait de l’air pour naviguer dans plus de 20 nœuds. Et la semaine dernière, on a terminé cette préparation avec les 24h Ultim, je t’avoue que je suis assez déçu de ma septième place, ce n’est pas du tout ce que j’étais venu chercher. Mais ça nous a permis de bien identifier ce qu’il fallait améliorer dans notre fonctionnement, c’était la première fois qu’on testait notre cellule de routage au complet, je pense qu’on aura appris de nos erreurs et qu’on ne les reproduira pas sur la Route du Rhum. Maintenant, les dés sont jetés, le village ouvre dans trois semaines et c’est parti !

Vous serez neuf bizuths sur onze sur une transat en solitaire en Ocean Fifty au départ du Rhum, cela dit quoi de cette classe ?
Ça veut dire qu’il y a eu un sacré renouvellement ! Mais aussi qu’il y a des jeunes qui poussent fort. On l’a vu sur la Drheam-Cup, c’était certes une course de « seulement » 3 jours, mais on arrivait tous à maintenir en solitaire un rythme et des performances qu’on faisait en double sur la Transat Café L’Or. Ça montre bien que tout le monde a passé un cap en confiance et que personne ne va rien lâcher. Les Basile (Bourgnon), Pierre (Quiroga), Léo (Legrand), Mathieu (Perraut), qui étaient avec moi dans le groupe de tête, vont tous être des concurrents sérieux sur le Rhum. Et ce sera pareil pour ceux qu’on a peut-être un peu moins vus, notamment les deux briscards Erwan (Le Roux) et Thibaut (Vauchel-Camus), qui ont beaucoup plus d’expérience que nous. Et il y a aussi Anne-Claire (Le Berre), Erwan (Le Draoulec), Luke (Berry)… je pense que quasiment tous les bateaux peuvent aller chercher un podium et qu’on est 4-5 à pouvoir gagner.

« L’objectif est de repartir
sur un cycle de quatre ans »

Qu’est-ce que représente la Route du Rhum pour toi, qui es installé à Saint-Malo depuis cinq ans ?
C’est vraiment un événement à part. Quand les politiques disent qu’on sent de l’effervescence dans la ville à l’approche de l’événement, ce n’est pas juste un message de communication, c’est vraiment ça. La ville se transforme. Je ne suis pas Malouin de naissance (il est né à Cholet), mais le village m’a toujours fait rêver, j’ai des souvenirs, enfant, de tous ces bateaux au pied de la cité corsaire, c’était juste dingue. Il y a une énergie qui se dégage, une pression qui monte petit à petit jusqu’au jour du départ où on est portés par tout le public qui vient nous encourager. C’est magique de vivre ça. Et je suis très content que ça se passe à la maison, parce que ça reste mon quotidien. Sur un événement aussi important, avec un village qui dure presque deux semaines et sur lequel tu peux perdre de l’énergie, ça met des petits points de confiance en plus de rentrer le soir à la maison, d’avoir ses repères. On va essayer de capitaliser là-dessus au maximum.

Si tu devais retenir une image du Rhum quand tu étais plus jeune ?
Celle qui m’a bluffé, c’est la victoire de Franck Cammas sur Groupama 3, je revois cette photo où il a l’air vraiment tout petit à l’avant de ce bateau énorme, construit à la base pour de l’équipage. J’ai aussi des souvenirs un peu plus effrayants de la Route du Rhum 2018, avec des premiers fronts qui avaient fait beaucoup de dégâts, des chavirages… C’était une sensation un peu apocalyptique, même à terre, ça mettait la boule au ventre. J’étais encore assez jeune à cette époque, je ne me projetais pas encore à faire de la course au large, mais cette édition avait été assez impactante psychologiquement.

Cette boule au ventre, tu l’auras au départ le 1er novembre ?
Tout le travail que j’ai accompli ces trois dernières années avec les gens qui m’ont entouré, c’est justement pour vaincre cette peur, cette épée de Damoclès du chavirage qui existe toujours en Ocean Fifty. Aujourd’hui, je peux avoir de l’appréhension – et je pense qu’elle est nécessaire pour naviguer sur nos bateaux – mais pas de la peur. Si on part dans de grosses conditions, je serai bien évidemment très vigilant, mais en même temps serein.

Vous projetez-vous déjà sur la suite avec ton partenaire ?
En s’associant en début d’année avec Arnaud Gotreau, l’idée n’était pas de mettre la clé sous la porte à l’arrivée en Guadeloupe. Donc l’objectif est de repartir pour quatre ans et de faire évoluer ce projet pour que le cycle 2 soit un peu différent, on pourrait éventuellement l’ouvrir à d’autres partenaires.

Tu repartirais avec le même Ocean Fifty ?
On a aujourd’hui un bateau de 2017, qui, sur les quatre dernières années, a fait un podium sur toutes les grandes courses au large. Donc j’ai envie de te dire que ça dépendra du résultat du Rhum : si ça ne marche pas et qu’on estime qu’il n’est plus capable de gagner de telles courses, on adaptera la stratégie.

🆕 Enregistrez Sailorz comme une de vos sources préférées

Photo : Adrien Cordier / Wind4Prod

Sailorz est le média
expert de la voile de compétition

Sailorz by Tip & Shaft

Sailorz décrypte la voile de compétition chaque vendredi, par email :

  • Des articles de fond et des enquêtes exclusives
  • Des interviews en profondeur
  • La rubrique Mercato : l’actu business de la semaine
  • Les résultats complets des courses
  • Des liens vers les meilleurs articles de la presse française et étrangère
* champs obligatoires


🇬🇧 Want to join the international version? Click here 🇬🇧