Après un hiver marqué par des records autour du monde, les Ultim se projettent vers la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, qui, une première pour la classe, pourrait réunir jusqu’à huit trimarans. Entre la sortie de Gitana 18 et l’annonce du lancement de deux nouveaux bateaux, la classe vit une période inédite, malgré un programme réduit en 2026 suite au report de l’Odyssée Ultim.
La saison 2026 s’annonçait prometteuse pour la classe Ultim, avec la perspective d’aller explorer la Méditerranée au printemps et de jouer à guichets fermés sur la Route du Rhum. Elle a pourtant mal commencé avec l’annonce, le 19 février, du report de l’Odyssée Ultim, nouvelle course en équipage, initialement prévue du 29 avril au 10 mai 2026 au départ d’Antibes.
“Nous avions à la fois un problème de budget et de plateau, explique Patrick Gilliot, secrétaire général de CapMed, organisateur de l’épreuve. Nous avons travaillé sur un événement ambitieux, qui nécessitait des fonds importants, notamment en raison des coûts portuaires très élevés en Méditerranée. Nous avions réuni 80 % du budget [qu’il ne souhaite pas communiquer, NDLR], ce qui n’était pas suffisant pour se lancer.” D’autant que côté plateau, Gitana 18 et Sodebo Ultim 3 n’étaient pas prêts pour participer, ce qui réduisait le plateau à trois bateaux, SVR Lazartigue, Banque Populaire XI et Actual Ultim 4, un nombre insuffisant au regard des coûts engagés par les organisateurs qui misent sur une nouvelle fenêtre en octobre 2028.
Pour Samuel Tual, patron d’Actual et président de la classe Ultim, ce report est “une grosse déception” et illustre la nécessité de bâtir un programme solide, ce que la classe rappelle régulièrement, mais ne parvient pas à faire sur la durée. “C’est essentiel d’avoir des courses majeures, comme la Route du Rhum, l’Arkea Ultim Challenge ou la Transat Café L’Or, mais aussi des épreuves complémentaires, notamment en Méditerranée. Nous travaillons assidûment à la mise en place d’un calendrier structuré sur quatre ans.”
Trois Ultim en Méditerranée
Les trois équipes pressenties sur l’Odyssée Ultim vont toutefois se rendre en Méditerranée sur la même période, chacune ayant maintenu les opérations de relations publiques prévues. Un regroupement est même programmé entre elles à La Seyne-sur-Mer, du 6 au 9 mai. “Il s’agira à la fois d’une exhibition et d’un entraînement partagé. Cela permettra de combler le vide”, indique Yves Le Blevec, directeur du team Actual.
Pour SVR Lazartigue et Banque Populaire XI, le “match amical” débutera dès le convoyage entre la Bretagne et la Méditerranée, que les deux teams envisagent de faire ensemble. “Nous allons quasiment remettre à l’eau une V2 de notre Ultim, avec une nouvelle paire de foils et des nouveaux safrans. Ce convoyage aux côtés d’un concurrent sérieux donnera une première indication de nos performances”, souligne Antoine Gautier, en charge du projet SVR Lazartigue chez MerConcept.
La première épreuve sur laquelle des Ultim se retrouveront en 2026 sera la Drheam-Cup en juillet, à laquelle comptent participer SVR Lazartigue, Sodebo Ultim 3 et Actual Ultim 4. La présence de Gitana 18 reste incertaine, tandis que Banque Populaire XI n’y sera pas, pour cause de chantier d’été. En septembre, un stage est programmé au pôle Finistère de Port-la-Forêt, avant les 24H Ultim à Lorient en solitaire, dernière répétition avant le Rhum.
Huit au départ du Rhum ?
Une Route du Rhum qui s’annonce exceptionnelle pour la classe. Cinq skippers seront, sauf aléas contraires, présents à coup sûr : Charles Caudrelier (Gitana 18), Armel Le Cléac’h (Banque Populaire XI), Tom Laperche (SVR Lazartigue), Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Anthony Marchand (Actual Ultim 4). Trois autres pourraient les rejoindre, dont un qui ferait ses grands débuts en Ultim, issu de la classe Imoca et sur le point d’acquérir Actual Ultim 3 (ex Macif, plan VPLP mis à l’eau en 2015). “C’est en bonne voie, les discussions avancent de manière positive, assure Yves Le Blevec. Si tout se passe comme prévu, le bateau devrait naviguer sous ses nouvelles couleurs en juin.”
Guirec Soudée, qui vient de battre le record du tour du monde à l’envers, a quant à lui affiché, sitôt le pied posé à Brest, sa volonté de participer à la Route du Rhum et, plus tard, à l’Arkea Ultim Challenge, mais doit pour cela trouver un nouveau sponsor, son contrat avec MACSF étant arrivé à son terme en même temps que son tour du monde.
Quid d’Idec Sport et d’Alexia Barrier ? “Le bateau devait être confié à un autre skipper, mais finalement ce n’est pas le cas, répond la navigatrice, qui a bouclé le Trophée Jules Verne avec son équipage 100 % féminin fin janvier. J’aimerais être au départ à Saint-Malo, mais je ne sais pas encore si ce sera possible. Le CIC, Sopra Steria et Richard Mille continuent à me soutenir, j’attends des réponses des autres partenaires, notamment d’Idec. Je ne me mets pas la pression, je reviens d’un gros projet, si je fais la Route du Rhum, tant mieux, sinon, ce ne sera pas un drame. Nous en saurons plus dans les jours à venir.”
Gitana 18, “la grande inconnue”
Quoi qu’il arrive, le match pour la victoire s’annonce serré. “On fait tout pour en faire partie, annonce notamment Greg Evrard, team manager de Sodebo. D’où les améliorations apportées à l’issue du Trophée Jules Verne, avec notamment une nouvelle paire de foils et probablement une nouvelle dérive. Nos camarades auront un niveau de jeu très élevé. La grande inconnue, c’est Gitana 18. On leur fait confiance pour avoir très bien travaillé sur les étapes de conception et de construction. Le potentiel du bateau est très élevé, encore faut-il pouvoir l’exploiter. Désormais, leur challenge réside dans le timing de mise au point.”
Antoine Gautier abonde : “Gitana 18, ce sera un peu la surprise du chef. Il y a tellement d’incertitudes quant à ce bateau qu’on a du mal à se positionner par rapport à lui. Du coup, notre priorité est de faire en sorte d’être devant Sodebo, Actual et Banque Populaire.” Quand aura lieu la première confrontation avec le plan Verdier, qui navigue au large de Lorient depuis le début du mois de mars ? “Nous sommes actuellement dans une phase de mise au point qui va nous mener jusqu’à la fin de l’été, avec une première échéance sportive qui sera les 24H Ultim”, nous répond-on au sein du Gitana Team, qui attend les foils du bateau “dans les semaines à venir”.
Antoine Gautier se montre en tout cas très enthousiaste sur le niveau atteint aujourd’hui par la classe : “Je travaille dans le milieu de la course au large et des Ultim depuis un bon moment et je n’ai jamais connu un tel niveau d’évolution des bateaux et d’engagement des équipes.” Cette effervescence n’est pas près de s’arrêter. Banque Populaire a effectivement annoncé la construction d’un nouvel Ultim (voir notre article), d’autres pourraient-ils suivre ? “Forcément, ça attire l’attention, mais aujourd’hui rien n’est acté du côté de Sodebo, répond Greg Evrard. Il y aura très probablement un Ultim aux couleurs de Sodebo sur la Route du Rhum 2030. L’actuel ou un nouveau ? On ne sait pas encore. Ce n’est pas une décision anodine.”
Pour Antoine Gautier, les choses sont claires : “En 2030, on ne pourra pas être performant avec le bateau actuel. Gitana 18 et Banque Populaire 19 marquent une rupture et inaugurent une nouvelle génération de bateaux volants. Cela donne des idées, mais pour le moment, la priorité absolue est de reconduire notre partenariat [qui expire fin 2026, NDLR] pour que Tom Laperche puisse prendre le départ de l’Arkea Ultim Challenge 2028.”
Argo, c’est parti !
En attendant, un autre trimaran est tout juste annoncé, pour le propriétaire américain Jason Carroll, qui navigue depuis des années sur le MOD70 Argo. Il s’agira d’un plan VPLP, construit chez Multiplast, qui a reçu le go mardi soir. “Le but est de lancer la phase de construction d’ici la fin de l’année, elle devrait durer environ deux ans, ce qui nous amènera à une mise à l’eau début 2029“, confie à Sailorz Chad Corning, project manager. Le bateau sera dans un premier temps dédié aux records en équipage : “Nous aurons plusieurs objectifs majeurs : l’Atlantique Nord, les 24 heures et la Route de la Découverte, poursuit ce dernier. Ensuite, à mesure que le bateau gagnera en maturité et en fiabilité, nous envisagerons un Trophée Jules Verne, probablement deux à trois ans après la mise à l’eau.”
Ce plan VPLP pourra-t-il un jour intégrer la classe Ultim ? “Ce n’est pas l’objectif à ce stade, répond le project manager. Il ne sera pas engagé face aux autres Ultim, sauf peut-être sur certaines courses, comme la Fastnet Race. Maintenant, comme le trimaran est conçu pour potentiellement intégrer la classe, ça reste une option pour l’avenir.“
Pour Quentin Lucet, architecte naval associé chez VPLP, “le fait de concevoir dès le départ un bateau de taille Ultim optimisé pour les records en équipage ouvre des perspectives intéressantes en matière de design. Ce projet s’inscrit aussi dans une collaboration qui s’annonce riche entre les cultures anglo-saxonne et française, il va nous permettre de pousser le développement de la plateforme, et donc la performance associée, un cran au-dessus de ce que qu’on peut voir aujourd’hui dans la classe Ultim. C’est une dynamique très positive.”