Après avoir bouclé fin janvier 2026 le Trophée Jules Verne en 57 jours, 21 heures et 20 minutes à bord d’Idec Sport CIC avec The Famous Project CIC, un équipage exclusivement féminin, Alexia Barrier a annoncé jeudi sa participation à la Route du Rhum Destination Guadeloupe. L’occasion pour Sailorz de revenir sur l’organisation de ce nouveau chapitre.
“Je serai la première femme à courir dans la classe Ultim sur la Route du Rhum, a annoncé jeudi Alexia Barrier avec enthousiasme. Même si ce sera ma deuxième Route du Rhum [15e en Imoca en 2018, NDLR], c’est comme si c’était la première car l’enjeu sportif est gigantesque et nous arrivons de nouveau comme les petits poucets avec un petit budget et une petite équipe, mais avec l’ambition de bien faire.”
Comment la décision de courir la Route du Rhum (départ le 1er novembre depuis Saint-Malo) a-t-elle été prise ? “À l’arrivée du Trophée Jules Verne, tous les partenaires étaient vraiment contents de ce que l’on venait de réaliser et on sentait chez eux l’envie de poursuivre l’aventure, mais on ne savait pas comment faire exactement, on a mis cinq mois à dessiner les traits de ce nouveau chapitre“, raconte la skippeuse.
Avant de préciser : “Plusieurs options étaient sur la table et nous avons traversé une petite période de flottement. Entre notre volonté de nous lancer sur le circuit Ultim, de se tourner vers un programme de records à l’international, mais aussi l’envie commune d’aller sur la Route du Rhum, nous avons pris notre temps pour réfléchir à un programme cohérent qui réponde aux besoins de chacun. Personnellement, j’avais hâte de refaire du solitaire et j’estimais que partir en solo sur un Ultim faisait partie de la progression que j’avais envie de suivre. Nous avions aussi besoin de savoir ce que souhaitait faire Idec Sport, le propriétaire du bateau.” En attendant de ficeler son projet, Alexia Barrier avait fait part à OC Sport Pen Duick de sa volonté d’être au départ de la Route du Rhum et avait eu la confirmation qu’elle pourrait pour cela bénéficier d’une wild card.
L’ex Actual Ultim 3 envisagé
Parmi les options étudiées par l’équipe, figurait le changement de bateau pour un plus récent. L’acquisition de l’ex-Actual Ultim 3, trimaran finalement racheté par Louis Burton avec son nouveau sponsor Armand Thiery, a notamment été envisagée. “C’était très tentant, mais au-dessus de nos moyens, précise Alexia Barrier. Par ailleurs, il faut savoir être raisonnable dans le contexte actuel et l’idée est de rester sur un budget abordable pour nos partenaires et pour ceux qui voudraient nous rejoindre. Notre budget, qui est de 1,8 million d’euros pour notre programme 2026, est équivalent à ceux du milieu de tableau de la classe Imoca, sachant qu’on a la chance de faire partie de la classe reine de la course au large.”
Un budget pris en charge par les trois partenaires de The Famous Project CIC, qui se sont finalement tous réengagés. “Alexia bouscule les codes et contribue à faire avancer toute une discipline. Nous sommes fiers de l’accompagner dans cette nouvelle aventure”, explique dans le communiqué de presse Eric Pasquier, vice-président du conseil d’administration de Sopra Steria, tandis que Patrice Lafargue, président du groupe Idec, salue “cette façon d’aller chercher ce que personne n’a encore osé faire”.
Joint par Sailorz, Laurent Métral, directeur général adjoint en charge des ressources humaines et de la communication du CIC, confie quant à lui : “La Route du Rhum est un projet qui nous convient pleinement. Nous soutenons ce projet autant pour sa dimension sportive – c’est une course mythique qu’Alexia va courir sur un bateau qui a déjà un beau palmarès – que pour cette volonté d’entrepreneuriat au féminin.”
“L’objectif est de grandir progressivement”
Le projet est toujours à la recherche de partenaires pour accompagner la Sudiste sur la transat en solitaire : “Idéalement, nous aurions besoin de 800 000 euros supplémentaires pour être plus à l’aise, précise-t-elle. Nous aimerions faire évoluer l’électronique, changer plus de voiles et renforcer notre petite équipe d’une douzaine de personnes.”
Des partenaires sont également recherchés pour les années à venir car l’équipe se projette notamment sur deux tours du monde en 2028, l’Arkea Ultim Challenge (départ en janvier) et le Trophée Jules Verne en fin d’année, et aimerait équiper son Ultim de nouveaux foils, d’une casquette géante, de la fibre optique et d’un peu plus de technologie. “Notre objectif est de grandir progressivement vers des budgets plus importants afin d’avoir les mêmes armes que les projets masculins en termes de bateau et d’être prêts lorsqu’il y aura des opportunités d’achat”, explique Alexia Barrier.
Avant d’ajouter : “Un pool de partenaires vient d’être créé à Brest sous le nom de Brest Oceans Leaders afin de faire briller ce territoire sur lequel on s’est installés il y a un an et de donner la possibilité à de nombreuses entreprises de faire partie de l’aventure via des tickets d’entrée de 1 000 à 50 000 euros.”
“Terminer pas trop loin des autres”
Le bateau, qui sera mis à l’eau le 3 août, est actuellement en chantier à Brest. Au programme : “Le changement de notre grand-voile, que l’on a éclatée dans la tempête Ingrid à deux jours de l’arrivée du Trophée Jules Verne, la réparation de notre foil tribord et un travail sur l’ergonomie du bateau, détaille la navigatrice. On va couper les colonnes de winch et rehausser le plancher pour que je sois plus à l’aise pour les manœuvres et on prévoit de regrouper cuisine, couchette et station de navigation sous la casquette pour que je n’aie pas à descendre dans le bateau. De mon côté, j’ai 100 jours de préparation physique, mentale et nutrition pour arriver au taquet, confie Alexia Barrier. C’est pour moi le plus gros challenge, car le reste, la navigation, ça ne me fait pas peur.”
Avant d’effectuer son parcours de qualification de 1 200 milles en solitaire la troisième semaine d’août, Alexia Barrier va s’entraîner avec trois de ses équipières du Trophée Jules Verne – Dee Caffari, Annemieke Bes et Molly Lapointe – ainsi qu’avec les navigateurs Brian Thompson et Loïck Peyron, qui viendront l’accompagner quelques jours. Et la skippeuse de souligner que “l’objectif sera de comprendre comment on manœuvre en solitaire un aussi gros bateau avec mon gabarit“. Quid de son objectif sportif sur la Route du Rhum? “Je sais que c’est un gros match, notamment au départ où il peut y avoir des manœuvres dans du vent fort, répond Alexia Barrier. Donc l’idée sera de rester appliquée pour se servir de cette expérience dans le futur et de terminer pas trop loin des autres en Guadeloupe.”
Photo : The Famous Project