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Audrey Ogereau : “Je crois beaucoup aux planètes qui s’alignent, ou pas”

Deux semaines après avoir annoncé qu’elle renonçait à la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026 à la barre de l’Ocean Fifty KoesioAudrey Ogereau a été sélectionnée par K-Challenge pour la Women’s America’s Cup 2027. Autant de raisons pour Sailorz de s’entretenir avec la navigatrice de 33 ans.

Commençons par ton annonce de renoncer au Rhum, peux-tu nous en expliquer les raisons ?
C’est une décision qui n’a pas été facile à prendre. Comme je l’ai dit dans mon message sur les réseaux, toutes les planètes ont d’abord été alignées pour moi en 2023 et en 2024, avec des projets super, entre la Women’s America’s Cup et l’Ocean Fifty Koesio, le genre de projet dont tout le monde rêve surtout pour quelqu’un comme moi, pas issue de la course au large. Erwan (Le Roux) m’avait bien prise sous son aile, tout était en place pour progresser et arriver au départ de la Route du Rhum 2026 avec un bon niveau de confiance. Et puis, petit à petit, sont arrivées des difficultés qui ont fait qu’on n’a pas réussi à passer des jalons importants.

Quelles difficultés ?
Ça a commencé par la Transat Jacques Vabre 2023, on abandonne à La Corogne, donc je ne finis pas ma première transat. Ensuite en 2024, surtout pour des raisons de planning – la Coupe m’a pris beaucoup de temps -, je ne cours pas la Route des Terre-Neuvas, donc encore une occasion ratée de faire de l’offshore. On revient en 2025, et notamment par manque de budget, je ne peux pas participer à certains entraînements et à quelques formations météo. Je voulais aussi faire toute la saison en Figaro pour me familiariser au solitaire, ça n’a pas été possible, même si j’ai couru la Transat Paprec avec Quentin Vlamynck, une super expérience. Et l’année se finit par le chavirage sur la Transat Café L’Or, qui me fait encore rater l’occasion de boucler une transat en Ocean Fifty. Au fur et à mesure de tous ces petits coups, je me dis que c’est quand même bizarre, que ça ne veut pas…

“La persévérance c’est bien,
mais elle a ses limites”

Ce chavirage a-t-il été traumatisant pour toi ?
Non, pas plus que ça. Je n’ai pas eu peur, parce qu’on était à l’intérieur, on a réagi tout de suite, sans trop réfléchir, en suivant le process sécurité. Je pense que j’ai vraiment réalisé quand j’ai été hélitreuillée en voyant le bateau à l’envers, mais plus sur le mode : Waouh, on a flingué notre saison 2026, en fait ! Très vite, je me suis dit : “Bon, c’est comme le vélo, quand tu tombes, il faut remonter dessus rapidement”, et j’ai eu la chance de pouvoir faire le convoyage retour sur Le Rire Médecin. Au fur et à mesure des jours, je reprends confiance, sur un bateau en plus super fiable, mais juste après les Açores, sur un mauvais concours de circonstances, arrive un événement un peu bénin, mais qui me fait encore réfléchir.

C’est-à-dire ?
Dans une vague, je me prends la manivelle de winch dans le visage et je me casse les deux dents de devant. Je prends alors le kit pour réassainir ma bouche et faire un pansement pour éviter la surinfection, mais pendant ce temps, je gamberge un petit peu en me disant qu’il peut quand même arriver des trucs pas cool. Je m’imagine sur le Rhum faire une boulette, en étant finalement assez peu aguerrie, parce que ce genre d’incident, plus tu es préparée en amont, mieux tu le gères. Tout ça fait son petit chemin dans la tête, et début 2026, je vois qu’on est encore à la recherche de fonds pour faire la saison. Le chantier prend du retard, on ne sait pas combien de jours d’entraînement je vais pouvoir faire, sachant que je n’ai encore jamais navigué seule sur le bateau, et plus on avance, plus je me dis que je ne peux pas y aller en n’ayant fait que cinq ou six jours de navigation en solo. Je crois beaucoup aux planètes qui s’alignent, ou pas, et là, ça faisait quand même une succession de signaux, plus ou moins importants, qui m’ont finalement conduite à cette décision. La persévérance c’est bien, mais elle a ses limites.

Quand as-tu annoncé la décision à Erwan et Koesio ? Et comment ont-ils réagi ?
J’ai dû me décider un mois avant mon message sur les réseaux sociaux (en date du 20 mars), ce n’était pas facile à annoncer, parce qu’il y a forcément la peur de décevoir, Erwan, le sponsor, l’équipe, l’entourage. Avec Erwan, on est vraiment très proches, on échange beaucoup, donc je pense qu’il le savait presque avant moi, c’est d’ailleurs ce qu’il m’a dit et il a très bien compris. Pendant tout le projet, il m’a toujours rassurée pour que, justement, je ne vive pas avec cette pression, en me disant que si je ne le sentais pas, même au dernier moment, il trouverait une solution. Pour Koesio, c’est la même chose, je m’entends extrêmement bien avec Pierric Brenier, le président, et quand je lui ai annoncé, il m’a dit : “C’est ton choix, ne te prends pas la tête avec l’image que tu peux donner, tout le monde s’en fout, ce sera oublié rapidement et tu rebondiras sur d’autres projets.” Franchement, j’ai vraiment de la chance qu’ils aient accueilli ça avec autant de bienveillance.

Tu vas quand même continuer à naviguer avec Koesio ?
Je ne vais pas communiquer à la place d’Erwan, mais il y a bon espoir que le bateau soit fin avril sur les Grands Prix en Méditerranée et sur le Rhum, c’est l’objectif, et personnellement, j’ai toujours envie de naviguer sur le bateau sur les inshore et les offshore en équipage réduit, je me sens très bien dans cette équipe.

“J’ai hâte de rebarrer
le bateau à 40 nœuds !”

En attendant, les planètes s’alignent de nouveau, puisque tu fais partie de la sélection annoncée jeudi par K-Challenge pour la Women’s America’s Cup, peux-tu nous raconter comment ça s’est fait ?
J’ai répondu à l’appel à candidatures et j’ai été retenue pour effectuer les sélections. On était 18 filles à se relayer sur le simulateur, le jeu vidéo AC Sailing, on a passé des tests physiques, techniques et de connaissances sur le vol, également des entretiens, c’était dense mais très intéressant. Et j’ai appris mercredi que j’étais sélectionnée. Je suis super contente parce que j’ai adoré naviguer sur ce bateau en 2024 et franchement je n’ai qu’une hâte, c’est le rebarrer à 40 nœuds !

Finalement, est-ce un projet qui te correspond plus ?
Disons que c’est un projet où j’ai plus les bases, parce que j’ai été bercée dans l’inshore et la régate au contact, alors que l’offshore, je ne connaissais pas avant 2023. J’adore aussi le haut niveau technologique de par mon profil d’ingénieure mécanique. En 2024, j’avais beaucoup aimé revoir les schémas hydrauliques, les vérins, mettre les mains dans l’huile… Maintenant, ça ne veut pas dire que je ne retournerai pas faire de l’offshore, mais après 2027, parce que j’espère que ce projet va durer le plus longtemps possible. On avait été très frustrées de notre prestation en 2024, cette fois, on a un peu plus les dents qui rayent le parquet !

Photo : Orient Express Racing Team

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