The Ocean Race Atlantic

The Ocean Race Atlantic : tests à tous les étages

Six équipages mixtes s’élancent mardi 1er septembre de New York sur la première édition de The Ocean Race Atlantic à destination de Lorient. Entre organisation et enjeu sportif, Sailorz vous en dit plus sur cette nouvelle course des Imoca Globe Series.

A l’origine de The Ocean Race Atlantic, annoncée en juillet 2024, il y avait la volonté de la FNOB (Fundació Navegació Oceànica de Barcelona), qui avait organisé trois éditions de la Barcelona World Race (de 2007 à 2015), de ressusciter une course Imoca qui s’était déroulée en juin 2014, en amont de la troisième et dernière Barcelona, l’Imoca Ocean Masters New York to Barcelona Race« Ils nous ont contactés en 2024 pour relancer ce concept, confirme Johan Salén, codirecteur, avec Richard Brisius, de The Ocean Race. Il y avait beaucoup d’intérêt de la part de Barcelone, qui était alors sur le point d’accueillir la Coupe de l’America. »

Cet intérêt ne va pas résister au temps, puisqu’un peu plus d’an après l’officialisation de la course, Barcelone a fini par rompre le contrat, en septembre 2025« C’est essentiellement lié à changement d’équipe à la FNOB, la nouvelle ne voulait pas continuer, poursuit Johan Salén. On a eu d’autres candidatures en Espagne et en Italie, mais comme on n’avait pas beaucoup de temps pour se retourner, la solution la plus évidente a été de s’entendre avec Lorient, où beaucoup de choses étaient déjà en place. Tous les teams étaient d’accord, on a contractualisé en mars dernier. »

Caroline Olagne Vieille, ancienne directrice adjointe du team Initiatives Cœur, élue en avril dernier conseillère déléguée de Lorient Agglomération à la maritimité et au nautisme, explique de son côté : « Barcelone ne pouvant accueillir la course, l’organisateur s’est naturellement tourné vers nous. Comme Lorient a la volonté de faire rayonner son territoire à l’international, cela concerne aussi bien le tourisme que notre écosystème unique au monde autour de la voile, ça s’est fait sans trop de difficultés. »

Une répétition générale
en vue de The Ocean Race

Concrètement, contrairement à New York qui, comme partout aux Etats-Unis, ne finance rien – il en coûte même environ 500 euros par jour et par bateau pour une place à la Brooklyn Bridge Park Marina – l’agglomération s’est engagée via un marché de prestation de services à hauteur de 200 000 euros pour une épreuve qui, selon Johan Salén, s’appuie sur un budget « entre 2 et 3 millions d’euros selon ce qu’on met dedans ». Et représente pour l’organisateur un investissement : « On avait un peu d’argent de Barcelone, on a quelques partenaires, on s’appuie aussi sur des réserves qu’on avait constituées, on voulait vraiment tester ce concept pour le futur.« 

The Ocean Race Atlantic sera également une répétition générale en vue de The Ocean Race monde, qui s’élancera en janvier 2027 d’Alicante. « On va tester à la fois notre équipe d’organisation, d’une cinquantaine de personnes, mais aussi un système de caméras fixes connectées à Starlink pour faire des émissions live », indique le codirecteur de la course.

Côté plateau, six équipages de quatre marins (plus un reporter embarqué) seront au départ de New York mardi, un nombre assez restreint qui fait dire à Johan Salén : « On aurait aimé en avoir deux ou trois en plus, le contexte n’est pas facile pour trouver des partenaires et beaucoup d’équipes Imoca sont très focus sur la Route du Rhum. »

Le président de la classe Imoca, Antoine Mermod, estime pourtant que les deux étaient compatibles : « Traverser l’Atlantique Nord, a priori à haute vitesse au portant, est un excellent galop d’essai en vue de la Route du Rhum, qui va être un sprint. Après, certains ont toujours le stress de casser avant le principal objectif de la saison, ce n’est pas encore complètement rentré dans les mœurs de faire deux transats en huit semaines. Maintenant, pour ceux qui sont présents, dans un contexte de rentrée avec pas beaucoup d’autres courses, c’est positif médiatiquement parlant, ils vont avoir une bonne place pour raconter des histoires. »

Une stricte mixité

Et en particulier des histoires de mixité : pionnière en la matière – elle avait été la première à imposer une femme à bord sur le tour du monde 2017-2018 -, The Ocean Race a cette fois été plus loin, puisque les équipages sont 100 % mixtes – deux hommes, deux femmes. « C’est un engagement fort, un levier très concret dans l’ouverture de la course au large aux femmes, on aurait toutes rêvé d’avoir ce genre d’opportunité quand on a commencé la voile », se félicite Caroline Olagne Vieille.

Déjà bien engagé dans cette démarche sur la dernière édition du tour du monde en équipage à bord de BiothermPaul Meilhat, au départ de The Ocean Race Atlantic sur le même bateau désormais baptisé United by the Ocean, s’en réjouit aussi, mais voit plus loin : « Ce qui va être intéressant, c’est de voir si, après cette course, il y aura plus d’équipières à bord ou d’équipages mixtes sans que cela soit obligatoire. »

Francesca Clapcich, skippeuse de 11th Hour Racing Team, ajoute : « Cette règle est positive, même si elle est presque une contrainte pour moi, car quand j’avais réfléchi à mon équipage, je voulais plus de femmes, on m’a dit que ce n’était pas possible et qu’il fallait que ce soit 50/50 ! Mais c’est la preuve que nous avons aujourd’hui de nombreuses navigatrices très talentueuses, avec une bonne expérience de l’Imoca : aucune des équipes qui participent à la course ne vous dira qu’elle a eu du mal à en trouver, la difficulté était plus de choisir lesquelles. C’est vraiment la preuve que le niveau monte chez les femmes. »

Deux bateaux neufs très attendus

The Ocean Race Atlantic en fournira sans doute la preuve, avec donc six bateaux au départ, dont deux nouveaux, DMG Mori Global One (plan Verdier) et Malizia 4 (plan Antoine Koch Océan), mis à l’eau respectivement le 30 juin et le 7 juillet derniers, et dont les designs sont très différents (voir notre article).

Quels sont les premiers retours à bord des deux nouveaux Imoca ? Pour Will Harris, qui vient de terminer le convoyage de Malizia 4, mais naviguera à bord de 11th Hour Racing Team (ex Malizia 3) sur The Ocean Race Atlantic, ils sont extrêmement positifs : « Je pense qu’on peut vraiment parler de nouvelle génération, avec des bateaux qui, quand ils seront bien au point, voleront quasiment en permanence. En quelques semaines, on a déjà trouvé des modes d’utilisation full foiling à la barre, grâce au système de safrans proche de celui de Charal, qui amène beaucoup de stabilité, et la forme de la carène avec les deux bouchains qui aident à ne pas passer sous les vagues, mais sur les vagues ! » Et le Britannique d’ajouter : « Comme le bateau décolle plus tôt, les gains de vitesse sont importants. On en est encore au stade de la découverte, mais au reaching avec de bonnes conditions de mer, il est capable d’aller 40 % plus vite que les polaires de Malizia 3. »

Quid de DMG Mori Global One, au concept très différent, avec le fameux bustle sous la coque, sorte de coque centrale de trimaran destinée à limiter la surface mouillée et à permettre au bateau de rebondir sur les vagues plutôt que d’enfourner ? « Ça a l’air de très bien fonctionner dès que le bateau monte sur ses foils, répond Nicolas Lunven, qui fait partie de l’équipage de Kojiro Shiraishi. C’est plus compliqué au près et dans le petit temps, parce que ça ajoute de la surface mouillée et le bateau a moins de couple de redressement qu’une forme de carène classique. Mais on n’en est qu’au début, on a encore du temps pour trouver le bon mode d’emploi. Ce qui va être très intéressant, c’est de se confronter sur cette transat avec Malizia 4 ou le bateau de Paul (Meilhat) qui est très polyvalent, en espérant qu’on ait du portant pour vraiment se comparer et confirmer le gros potentiel du bateau à cette allure. »

Quatre des six bateaux présents sur la transat sont à ce jour officiellement inscrits sur TOR monde – 11th Hour Racing Team est focalisé sur le Vendée Globe et le projet de Conrad Colman n’est pas confirmé -, dont United by the Ocean, mené par Paul Meilhat et Mariana Lobato, qui ont pris le risque de se lancer sur la traversée de l’Atlantique. « On n’est pas du tout dans la même démarche que sur TOR Europe l’année dernière, on était alors dans une fin de cycle, donc un niveau d’efficacité maximal et un projet arrivé à maturité ; là, on en entame un nouveau avec The Ocean Race en janvier comme horizon, explique Paul Meilhat. On n’a donc pas du tout le même niveau de préparation technique, pareil pour l’équipage, mais le plus important pour nous était d’être là, c’est un pari, on veut montrer qu’on a un projet génial pour embarquer des partenaires. »

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Photo : Theophile Wannebroucq

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