Le DMG Mori Sailing Team a annoncé cette semaine l’arrivée auprès de Kojiro Shiraishi de Sam Davies et Nicolas Lunven, avec dans le viseur The Ocean Race Atlantic l’été prochain et The Ocean Race en janvier 2027. L’occasion pour Sailorz d’en savoir plus sur le projet Imoca nippon.
Après trois Vendée Globe consécutifs, dont les deux derniers sous les couleurs de DMG Mori (abandon en 2016-17, 16e en 2020-21, 24e en 2024-25), Kojiro Shiraishi et son partenaire ont à peine attendu l’arrivée de l’édition 2024-2025 pour se projeter sur la suite et lancer une campagne 2025-2028 plus ambitieuse. “Quand j’ai terminé le Vendée Globe il y a un an, on s’est dit avec DMG Mori qu’on voulait lancer un nouveau projet, mais différent, raconte ce vendredi matin à Sailorz le skipper de 58 ans, tout juste arrivé à Lorient en provenance du Japon. La Whitbread, devenue la Volvo puis The Ocean Race, m’a toujours intéressé, on s’est donc mis d’accord pour s’aligner sur cette course et pour construire un nouveau bateau.”
Le Japonais, qui avait lancé un plan VPLP pour le Vendée Globe 2020 (toujours en vente), se met alors en quête d’un architecte et jette son dévolu, après en avoir consulté plusieurs, sur Guillaume Verdier. “Notre première rencontre date d’avant le départ du Vendée Globe 2024, il est venu à notre bureau sans cahier ni présentation, on a juste eu une discussion sympathique, je ne pensais pas qu’il accepterait notre projet, raconte-t-il. Vu qu’il a conçu des bateaux qui avaient beaucoup gagné, je lui ai demandé si ça ne le dérangeait pas si je n’entrais pas forcément dans cette case, il m’a répondu que ce qui lui plaisait dans notre projet, c’est d’avoir la liberté de s’exprimer, c’était une bonne surprise pour moi.”
Construit, comme le précédent, chez Multiplast, ce nouveau DMG Mori, entouré du plus grand secret, arrivera le 9 mars dans le hangar du team à Lorient, la mise à l’eau étant prévue courant juin. “DMG Mori étant une entreprise de technologie, on s’est mis comme challenge d’innover et de faire un bateau technologique, qui, peut-être, va servir à l’évolution de l’Imoca, j’ai hâte de voir comment ça va marcher”, explique Kojiro Shiraishi.
Jacques Caraës s’est laissé convaincre
Et pour l’aider à faire marcher cette nouvelle machine dont la carène est très attendue, ce dernier a choisi de s’entourer, d’abord en confiant les manettes du projet à l’expérimenté Jacques Caraës, nommé team manager en remplacement de de Charles Euverte, parti à l’issue de la campagne précédente. “Entre le bateau neuf, The Ocean Race et le Vendée Globe 2028, on a mis la barre très haut, je savais bien que moi tout seul, je ne pourrais pas arriver à tirer le meilleur de ce bateau. Donc je me suis donc dit qu’il fallait construire une équipe solide, raconte le skipper. Le poste de team manager est le plus important, j’avais réfléchi à la question avant le départ du Vendée Globe et, dès l’arrivée, j’ai contacté Jacques que je connaissais depuis mon premier en 2016, puisqu’il était alors directeur de course. J’ai tout fait pour essayer de le convaincre, je ne sais pas combien de fois je l’ai relancé !”
L’insistance du Japonais a fini par convaincre « Jaco », 66 ans, de s’engager dans un poste nouveau pour lui. “C’est vrai que Kojiro m’a beaucoup sollicité, sachant que j’avais décidé d’arrêter la direction de course, commente ce dernier. A un moment, je me suis dit que c’était difficile de refuser ce nouveau challenge, avec un bateau neuf, un projet ambitieux axé sur l’équipage et un côté humain important.”
Nommé l’été dernier, l’ancien directeur de course du Vendée Globe s’est immédiatement attelé à “restructurer l’équipe”, précisant : “Comme il y avait eu des départs, ils avaient laissé un gros trou dans la raquette au niveau du management, on a du coup redéfini l’organigramme.” Dans l’équipe technique d’abord, avec le recrutement, aux côtés de Léo Gonin, responsable composite et du suivi du chantier chez Multiplast, des expérimentés Stan Delbarre (boat captain) et Yvan Joucla (gréement), qui travaillaient auparavant pour Yannick Bestaven.
Nicolas Lunven et Sam Davies
de nouveau réunis
Dans l’équipe navigante ensuite, l’objectif étant de composer un équipage en vue de The Ocean Race Atlantic à l’été 2026 (départ le 2 septembre de New York à destination d’un port européen pas encore annoncé), puis de The Ocean Race. D’où l’annonce cette semaine des arrivées au sein du DMG Mori Sailing Team de Nicolas Lunven, “en charge de l’optimisation sportive et technique” et de Sam Davies. “J’ai assez vite contacté Nico, car il a désormais beaucoup d’expérience sur les Imoca à foils et est quelqu’un de très posé, explique Jacques Caraës. Avec la barrière de la langue, qui reste un sujet pour notre équipage [Kojiro Shiraishi parle très peu anglais, NDLR], je savais que son tempérament pouvait coller avec celui de Kojiro.”
Joint par Sailorz, le marin de 43 ans, que nous avions interviewé il y a deux semaines sur son projet Figaro avec PRB, explique : “Les contacts avec Jacques remontent à l’été dernier, j’ai ensuite rencontré Kojiro à l’automne pour finaliser et j’ai commencé à collaborer avec l’équipe depuis Noël. Ce qui m’a séduit ? L’idée de continuer à naviguer en Imoca et de courir The Ocean Race, un bateau qui s’annonce assez novateur, mais aussi, le fait de travailler avec Jacques, que j’apprécie et respecte beaucoup.”
Quant à Sam Davies, c’est fin 2025 qu’a été entérinée son arrivée dans l’équipe. “L’année dernière, je me suis vraiment focalisée sur le projet Initiatives Cœur et la transmission avec Violette (Dorange), même si j’avais dans un coin de la tête cette idée de continuer à naviguer en compétition en équipage, raconte-t-elle. C’est finalement pendant le convoyage retour de la Transat Café L’Or que je me suis dit que j’aimerais bien faire The Ocean Race Atlantic cette année, j’ai alors envoyé mon CV à plusieurs équipes, Jaco m’a appelée tout de suite et m’a aussi parlé de The Ocean Race, et le lendemain du retour, je suis allée le voir.” Pour ce dernier, “la bienveillance et la compétence de Sam ont fait que ce choix s’est fait assez naturellement, comme avec Nico, elle allie expérience, performance, mais aussi échange et faculté à transmettre“.
“Mon quatrième et
dernier Vendée Globe”
La skippeuse britannique (51 ans) se réjouit de renaviguer avec Nicolas Luven, qui a couru avec elle la Jacques Vabre en 2021 – “Notre duo avait bien marché”, souligne-t-elle – elle va du coup jongler en 2026 entre accompagnement de Violette Dorange, jusqu’en juin avant la mise en l’eau de DMG Mori, puis du retour de The Ocean Race Atlantic à la Route du Rhum, et le projet nippon, animée par “le rêve de naviguer sur un bateau neuf qui pousse le design et la performance plus loin, c’est une opportunité incroyable”.
Le reste du futur équipage ? “On aura en interne Alexandre Demange, qui a fait un podium sur la dernière Mini Transat avec la DMG Mori Sailing Academy (3e en proto), répond Jacques Caraës. On va tester cette année une jeune Japonaise, Arisa Moriya, qui a fait le tour du Japon avec Kojiro et a une motivation étonnante, si ça se passe bien, elle pourrait faire quelques étapes de The Ocean Race. Et il nous reste deux jeunes à recruter, un garçon et une fille qui ont déjà navigué en Imoca, on va finaliser le choix très vite avec Kojiro.”
Interrogé sur les objectifs de l’équipe sur The Ocean Race – qui ne compte à date que deux teams ayant officialisé leur participation, DMG Mori Sailing Team et Malizia –, le skipper japonais répond : “Le Dr Mori (patron de DMG Mori) nous a dit que ce serait bien de faire des podiums sur chaque étape.” Et l’intéressé de conclure, lorsqu’on l’interroge sur la suite du programme, à savoir le Vendée Globe 2028 : “Ce sera mon quatrième et dernier, j’aurai 61 ans, donc ce sera un gros challenge, mais l’expérience sur The Ocean Race avec Nico et Sam va me permettre d’apprendre plein de choses.”